#BRIGADE INSIDE – Une journée de sauvetage-déblaiement

Durant deux semaines, l’aire de formation internationale cynotechnique-sauvetage-déblaiement de Villejust (91) a accueilli des sapeurs-pompiers du groupement des appuis et de secours (GAS). Au programme : formations dans la spécialité sauvetage-déblaiement et simulation d’une projection à l’étranger. La rédaction d’ALLO DIX-HUIT s’est plongée au cœur de ce stage aussi atypique qu’exigeant. Immersion… sous une pluie battante.

Jeudi 18 octobre, huit heures du matin. Sous un ciel sombre et une pluie capricieuse, perdu au milieu de l’Essonne (91), se cache le centre cynotechnique international de Villejust. Une petite forêt, un immense poste électrique et des champs à perte de vue, délimitent ses frontières. Aux extrémités de la zone, des monticules de gravats surplombent des bâtiments effondrés. Certains éléments ressortent du décor : restaurant abandonné, école délabrée, fast-food détruit, voitures sur les toits, tractopelle abandonnée, bus oublié, etc. Cet environnement post-apocalyptique, qui jalonne tout le pourtour de la base, lui donne l’impression d’être coupée du monde comme figée dans le temps.
Au cœur du centre, des tentes blanches, floquées BSPP, attestent la présence des pompiers de Paris. De nombreux militaires effectuent des allers-retours entre les zones de manœuvre et le campement. Depuis une dizaine de jours, ils vivent dans le centre, évalués au quotidien par leurs formateurs. Ce sont des hommes et des femmes du groupement des appuis et de secours, de la compagnie des appuis spécialisés (CAS). Affectés au groupe de recherche et sauvetage en milieu urbain (RSMU), au groupe d’intervention en milieu périlleux (GRIMP) ou au groupe cynotechnique (CYNO), ils se forment à la spécialité sauvetage-déblaiement (SD) pendant deux semaines entières.

Le point de ralliement pour les stagiaires est une berce d’appui recherche sauvetage (BARS), garnie pour l’occasion. Coussins de levage, scies, tronçonneuses, perforateurs, perceuses, ventilateurs, pompes, éclairages, barquettes, civières, échelles, treuils, pelles, harnais… Tout y est pour découper, forcer ou lever afin d‘atteindre une victime. Quatre logisticiens assurent au quotidien le travail de remisage afin d’optimiser le temps des stagiaires. Une fois leur matériel déposé ou récupéré, les binômes repartent vers leur chantier de manœuvre.

Hébergement, hygiène et alimentation spartiates, les participants sont placés dans les conditions de vie qu’ils pourraient rencontrer sur le terrain après une catastrophe.

GRANDEUR NATURE
Noyées dans les décombres, de fausses victimes attendent patiemment leurs sauveurs. Les stagiaires, en pleine recherche, enjambent les débris avec précaution. Posté en haut d’un monticule, le major Sylvain J., formateur référent du stage, observe attentivement le travail de ses élèves. « L’objectif de notre formation est de leur apprendre à rechercher, à localiser, à atteindre les victimes, puis à les dégager jusqu’à les ramener dans une zone non dangereuse, explique-t-il. Cela nécessite des compétences complémentaires parfois très différentes de la formation classique. » Pour ses stages, la Brigade dispose des niveaux d’agrément auprès de la direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC). Dans cette optique, le GAS conçoit et organise les stages SD de la Brigade, qui se déclinent en trois niveaux de compétence : SDE1 pour sauveteur déblayeur, SDE2 pour chef d’unité et SDE3 pour chef de section.

Sur la zone de manœuvre, une victime vient d’être découverte. Les premiers ordres se font entendre. Séisme, explosion ou encore glissement de terrain : les spécialistes SD peuvent être confrontés à de multiples cas de figure. « Ce stage contient une particularité : nous y formons simultanément les futurs chefs d’unité et les futurs sauveteurs, poursuit le major. Les futurs SDE1 se perfectionnent aux différentes techniques déployables sur le terrain et les SDE2 s’aguerrissent au commandement et à la prise de décision. »

S’il existe bien une marche générale des opérations, la spécialité sauvetage-déblaiement impose une grande capacité d’adaptation. « Nos stagiaires ont tout le matériel de la BARS à disposition, développe-t-il. C’est ensuite à eux de choisir les bons outils et la bonne manœuvre à employer pour remplir leur mission. » Sous une pluie battante, les pompiers se frayent un chemin dans les décombres. D’autres établissent consciencieusement les matériels qu’ils viennent de récupérer. « Une manœuvre SD peut durer cinq heures et être enchaînée après une courte pause. Bien au-delà des habitudes d’un pompier en compagnie d’incendie, insiste le major. Les conditions de travail s’avèrent particulièrement difficiles et éprouvantes. Ce stage permet à nos élèves de développer leur endurance physique et morale. » Après un travail de longue haleine, les stagiaires parviennent à extraire la victime. En dépit de la boue, de la pluie et de la fatigue, ils ont accompli leur mission.

Le major Sylvain J. testant différents matériels proposés par les entreprises.

UNE SIMULATION RÉALISTE
À 15 heures, toutes les manœuvres se terminent. Les stagiaires se réunissent sous la tente du réfectoire. Le repas est bien différent de ceux proposés en compagnie d’incendie. Au menu : rations militaires. « Chaque moment de notre quotidien est imprégné de cette rusticité. C’est le second intérêt de ce stage : créer une simulation des véritables conditions de vie en dehors du contexte habituel, à l’étranger par exemple, explique le major. Un spécialiste RSMU peut être déployé sur le terrain pour une durée d’environ deux semaines. Durant cette période, son alimentation, son hygiène et son hébergement seront plutôt spartiates. Il doit s’y préparer. » En parallèle de ces conditions de vie rudimentaires, les projections à l’étranger peuvent s’avérer particulièrement éprouvantes sur le plan psychologique. « En 2010, nous avons été envoyés sur le tremblement de terre à Haïti. C’était une véritable zone de guerre, des victimes à chaque coin de rue, le chaos total, se remémore-t-il sombrement. Plus récemment, en 2017, suite à l’ouragan Irma, deux détachements de la BSPP sont intervenus dans les Antilles au profit des populations françaises de Saint-Martin. Nous travaillions du matin au soir sans interruption. Pas de 24 h repos, pas de retour à la maison, aucun repère dans cet environnement. En recréant cette atmosphère difficile, nous préparons nos recrues aussi bien physiquement que mentalement à ce qui les attend une fois déployées. »

Sur le site, chacune des grandes tentes blanches assure un rôle précis, se substituant aux lieux de vie habituels des casernes. Chaque détail a été prévu, qu’il s’agisse d’hygiène ou de logistique. Les dortoirs disposent d’un sas pour faire sécher les tenues salies par les manœuvres, la salle d’instruction accueille du matériel informatique : ordinateur, imprimante et projecteur, et lors des repas, les tables sont dressées à l’image d’une compagnie d’incendie. Pour gérer cette vie de camp, quatre logisticiens travaillent au quotidien : gestion du matériel, des groupes électrogènes ou encore des rations, tout est anticipé minutieusement. « Ce type de déploiement est réalisable grâce à l’appui des différents bureaux de la BSPP, insiste le sous-officier. Le bureau organisation des systèmes d’information (BOSI) nous a affecté des matériels informatiques, des moyens de communication et de transmission. Le bureau soutien de l’homme (BSH) a fourni des moyens de couchage et des équipements individuels modernes et performants. Le RHL a géré l’alimentation de campagne, et le bureau maintien en condition opérationnelle (BMCO) nous a confié le matériel nécessaire aux missions de recherche et de sauvetage, conformément aux objectifs fixés par le contrat opérationnel du GAS. Tous ces moyens à disposition sont mobilisables pour toutes missions opérationnelles décidées par le COMBSPP ».

L’APRÈS-MIDI CHARGÉE
Dans l’après-midi, plusieurs véhicules civils entrent sur le site. Les formateurs ont profité du stage pour recevoir certains distributeurs de matériels. « C’est une opportunité de répondre à nos besoins de prospective et d’innovation en confrontant nos partenaires à nos réalités de terrain », explique le major J. Des hommes du BMCO, à l’origine des relations commerciales avec les entreprises, sont également de la partie. Rapidement, les démonstrateurs ouvrent leurs véhicules et sortent de multiples matériels. Après une rapide présentation de chaque produit, les tests démarrent et durent plusieurs heures. Utilisation de cisailles, de coussins de levage ou encore d’étais de stabilisation : tous les produits sont passés au crible par les formateurs. À l’issue, les commerciaux offrent des catalogues de produits aux militaires. « C’est aussi un moyen de connaître les nouveautés de ce secteur d’activité, argumente le major. Par la suite, nous identifierons les matériels qui nous intéressent et le BMCO se chargera de l’aspect commercial. »

Après une courte séquence de repos dans le courant de l’après-midi, les manœuvres reprennent, cette fois-ci orientées vers le forcement. Les stagiaires se répartissent à nouveau en équipes de travail et retournent vers les monticules de décombres. Le soleil se couche déjà et les opérations dureront ainsi jusque tard dans la nuit. « Nous avons des projecteurs pour travailler dans ces conditions. Il nous est déjà arrivé de terminer les opérations à trois heures du matin, s’amuse-t-il. Mais il n’y aura pas de grasse matinée, le réveil sera à 6 h 30 comme prévu. C’est aussi ça, la spécialité sauvetage-déblaiement : une endurance à toute épreuve ! ». Bon courage à eux !

LA SPéCIALITé “SEARCH AND RESCUE”

LA RECHERCHE

  • Évaluation
    Observation
    Renseignement
  • Sécurisation
    Éclairage
    Balisage
    Étaiement
    Main courante
    Télémètre
  • Localisation technique
    Imagerie vidéo
    écoute

 

LE SAUVETAGE

  • Accès à la victime
    Percement
    Découpe
    Levage, manœuvre de force
  • Dégagement
    Désincarcération
  • Conditionnement
    Immobilisation
  • Évacuation
    Technique de sauvetage

 

LE SAVIEZ-VOUS ?

Depuis juin 2017, date d’accréditation zonale, les militaires du GAS arborent sur leur tenue l’écusson “INSARAG FRA-B”, acronyme de “International search and rescue advisory group France, équipe BRAVO”. Créé en 1991 par les Nations Unies, INSARAG permet de coordonner l’engagement de différents pays sur une catastrophe humanitaire, en standardisant les méthodes de travail.
Cette accréditation est obtenue après 48 heures de mise en situation et d’évaluation capacitaire stricte. Chaque équipe certifiée doit être capable de se projeter en moins de 24 heures sur n’importe quel point du globe. Ceci en autonomie complète et sur une période allant d’une à deux semaines.

Un commentaire

  1. Bravo à tous et particulièrement à mon cousin le major Sylvain…

CRÉDITS

Texte : 1CL Maxime Grimaud

Photos : Louise Bracqbien

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