Feu d'habitaion BSPP

FEU D’HABITATION, un danger omniprésent

Responsable sur le territoire de plus 800 décès par an, le feu d’habitation est un danger omniprésent au sein de chaque foyer. Avec le secteur d’activité le plus dense de France, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris possède une grande maîtrise de ces feux dont les conséquences peuvent être dramatiques, surtout de nuit. Règlementation, prévention, risques particuliers, doctrines et règles d’engagement... Analyse de l’habitation.

Feu d'habitation BSPP

Selon le code de construction et de l’habitation (CCH) et précisément de l’arrêté du 31 janvier 1986 : « Constituent des bâtiments d’habitation les bâtiments ou parties de bâtiments abritant un ou plusieurs logements, y compris les foyers, tels que les foyers de jeunes travailleurs à l’exclusion des locaux destinés à la vie professionnelle lorsque celle-ci ne s’exerce pas, au moins partiellement dans le même ensemble de pièces que la vie familiale et des locaux recevant du public ».

En somme, dans sa version simplifiée et certainement la plus proche de la réalité, un bâtiment à usage d’habitation est le lieu où l’on vit chaque jour, seul ou en famille mais surtout l’endroit où l’on dort en toute quiétude. Le terme habitation a été catégorisé, prenant en compte les structures bâtimentaires, mais aussi leur hauteur. Quatre classes « de famille » existent. Les habitations de première famille désignent les maisons individuelles ou mitoyennes s’élevant au maximum sur un étage. La deuxième famille représente les habitations individuelles ou collectives ne comptant pas plus de trois étages, tandis que la troisième famille, quant à elle, n’excède pas 28 mètres. Enfin, les bâtiments de quatrième famille concerne ceux dont la hauteur est comprise entre 28 et 50 mètres.

D’autres lieux de vie bien particuliers ne doivent pas être omis : les foyers de jeunes travailleurs. Souvent visités par les centres de secours territorialement compétents, ils cumulent en effet plusieurs vecteurs de danger, faisant d’eux une source de risques accrue et d’attention particulière pour les sapeurs-pompiers.

CE QUE DIT LA PRÉVENTION

« Plusieurs documents régissent la règlementation en matière d’habitation », explique le commandant Olivier Masson du bureau prévention de la BSPP.

D’un point de vue légal, le code de l’urbanisme fixe le cadre administratif  et  le code de la construction et de l’habitation décline les principes de sécurité incendie. L’arrêté du 31 janvier 1986, complète ce dispositif en fixant les moyens techniques constructifs à mettre en place. Le centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) est quant à lui, la référence scientifique.

Après le dépôt de demande de permis de construire, le bureau prévention de la Brigade est saisi par la mairie pour rendre un avis au titre de l’urbanisme. Il concerne notamment la desserte depuis la voie publique et peut demander la mise en place d’une voie échelle. à la réception, le bureau prévention participe à la visite de vérifications des règles constructives se concluant par la rédaction d’un avis technique relevant les anomalies. Aucune règlementation n’impose à ce jour la moindre visite de contrôle périodique à l’instar des établissements recevant du public (ERP). Il est donc difficile de répertorier sur son secteur des constructions parfaitement aux normes ou représentant des risques pour ses habitants. L’arrêté de 1986 complète les mesures constructives par rapport à celui de 1970, par l’imposition de l’encloisonnement des escaliers. « Deux portes existent désormais entre le logement et la cage d’escalier, une mesure qui diminue significativement la propagation des fumées chaudes », affirme le commandant Masson.

Feu d'habitation BSPP

Feu d'appartement à Aubervilliers

LA SÉCURITÉ INCENDIE

L’équipement nécessaire à la sécurité incendie pose inéluctablement un problème de coût, qui se répercuterait à terme sur les propriétaires ou les locataires. Certaines installations telles que des ferme-portes pour les logements sont déterminantes dans la progression d’un feu et ralentissent très nettement la propagation des fumées toxiques, plus souvent mortelles que les flammes elles-mêmes. Les bailleurs laissent donc le choix aux occupants de s’équiper, ou non ; l’aspect financier prime trop souvent sur l’aspect sécuritaire. Un autre équipement aujourd’hui obligatoire a démontré son efficacité ces dernières années : le détecteur avertisseur autonome de fumées (DAAF), peu coûteux et très simple d’installation (voir encadré). Le sergent-chef Julien Dapremont, du bureau planification opérationnelle de la BSPP partage son retour d’expérience : « Prenons un exemple des plus banals. Tout le monde dort, la casserole du repas est restée sur la plaque à induction, le chat monte, marche dessus et l’allume. En quelques minutes, la cuisine prend feu. Il n’y a pas de DAAF, les fumées envahissent tout l’appartement. Au réveil des parents, il est déjà trop tard. »

Feu d'habitation et daaf

LE DANGER PERMANENT

Feu d'habitation BSPP

À la maison, tous les risques sont réunis : le feu, le gaz, l’électricité, l’eau, les installations artisanales, le potentiel calorifique, le confinement, l’inadvertance, les enfants. La certitude d’être à l’abri et surtout la nuit ajoute un facteur aggravant. L’équipement aide beaucoup l’homme, mais il ne le prémunit pas. Il faut impérativement que la population prenne conscience qu’un court-circuit, une batterie défaillante, une bougie, une multiprise surchargée, une télé en veille, peuvent à tout moment provoquer un départ de feu. Une porte blindée fermée à clef, des fumées tellement épaisses que l’on ne voit pas à un mètre, des volets roulants électriques fermés et bloqués par la coupure du courant et toute la maison est piégée. Dans un immeuble, le même risque existe et cette fois-ci, il ne vient pas que de l’intérieur. Il faut aussi se protéger d’un incident venant d’un autre appartement. Pouvoir agir ou s’échapper est essentiel mais savoir rester en sécurité confiné à l’intérieur lorsque le foyer est ailleurs, c’est aussi sauver sa vie.

D’AUTRES LIEUX DE VIE

Les foyers de jeunes travailleurs multiplient quant à eux considérablement tous ces risques. Le foyer « Bara » situé sur la commune de Montreuil-sous-Bois (93) en est le parfait exemple. Alors qu’il ouvre ses portes en 1968 pour loger 280 personnes, il en accueille aujourd’hui plus de 1 000 de façon irrégulière. Une sur-occupation pouvant aller jusqu’à cinq personnes par chambre de 9 m² dans des conditions inquiétantes. « L’une des mesures prises par les pouvoirs publics est leur réhabilitation mais aussi comme dans le cas précis de ce foyer, l’ouverture de cinq structures accueillant au maximum 150 personnes pour le remplacer définitivement. Il est aussi de notre devoir d’agir en conséquence pour protéger ces personnes », confie avec conviction Gaylord Le Chéquer, adjoint au maire de la ville de Montreuil.

Au-delà des cas classiques catégorisés en habitation, d’autres lieux de vie alternatifs existent. Il s’agit des squats en plein air ou en sous-sol, mais aussi des camps éphémères. Leur complexité d’accès, leur exiguïté, leur insalubrité, la présence de matières dangereuses et l’absence de règlementation peuvent rendre le travail des secours difficile.

Feu d'habitation BSPP

Le foyer "Bara" à Montreuil et ses couloirs encombrés empèche la circulation des secours en cas d'incendie.

Feu d'instalation précaire à Epinay-sur-Seine

L’ENGAGEMENT DES SECOURS

cONCEPT FEU D'HABITATION

Lorsqu’un incendie se déclare dans un bâtiment à usage d’habitation, le volume d’engins prévu au départ des secours est toujours le même : le départ normal. Constitué de deux engins-pompes et d’un moyen élévateur aérien (échelle ou bras articulé) muni d’une ventilation opérationnelle (VO), sa règle d’engagement est stricte. Le premier engin-pompe dépasse l’adresse laissant ainsi la place à une ou plusieurs échelles en cas de renfort. Le deuxième engin-pompe se place au niveau d’un hydrant, bouche ou poteau d’incendie dans une rue adjacente si possible. L’échelle, quant à elle, se stabilise au plus près du sinistre. À l’arrivée des secours, la priorité reste à la reconnaissance. Quelle est la nature du feu ? Que concerne-t-il ? Le foyer est-il accessible ? Y a-t-il des personnes en danger immédiat ? Les sauvetages et mises en sécurité deviennent à ce moment précis la préoccupation des équipes, par les communications existantes ou par l’extérieur, aux moyens des échelles à mains ou aériennes. L’attaque intervient à son tour grâce aux engins préalablement alimentés et prêts à fournir l’eau aux équipes. Le débit d’eau utilisé, la manière dont les jets peuvent détruire ou détériorer un appartement sont autant d’éléments pris en compte par les intervenants. En fonction de l’ampleur du sinistre, le COS a toute la latitude de demander des moyens de renforcement tels qu’un groupe ou un renfort habitation (voir encadré).

Pour l’année 2016, sur le secteur de la Brigade, 88 % des décès causés par un incendie, ont eu lieu lors de feux d’habitation. Triste constat lorsque nous savons que la plupart d’entre eux auraient pu être évités ou stoppés à temps avant que le pire ne survienne (en adoptant de bons réflexes et en amont par la prévention). S’équiper d’un DAAF par exemple est un premier geste. Le moment venu, des actes responsables – comme refermer derrière soi la porte d’un logement en feu – minimiseraient considérablement les dégâts matériels et surtout épargneraient nombre de vies.

Quelques stats

Stats feu d'habitation

Les classes de famille d'habitation

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