FEUX DE POUSSETTES, la naissance d’un drame

37 morts en douze ans. C'est le lourd tribut payé pour les feux de poussettes, à l'origine d'incendies meurtriers dans des halls d'immeubles, suite à des malveillances. Comment un simple accessoire de puériculture peut-il devenir la cause de telles tragédies ? Le Laboratoire Central de la Préfecture de Police (LCPP) s’est penché sur cette problématique.

Nommés à plusieurs reprises par les tribunaux sur des feux mortels impliquant des poussettes, les experts judiciaires du LCPP ont alors mené des études sur cette problématique ; études inexistantes jusqu’alors. « Les démarches débutent en 2007, après quatre incendies notoires sur le secteur de la Brigade pour lesquels il a rapidement été prouvé que des poussettes avaient été l’objet de mise de feu et engendré un sinistre mortel. », explique Aurélien Thiry, chef de la section ingénierie du feu au LCPP. Le constat est frappant : lorsqu’une ou plusieurs poussettes ont été mises à feu dans un hall d’immeuble, l’incendie a été d’autant plus virulent, qu’il a pris au piège les habitants.
Mais pourquoi ? Des éléments de réponse se trouvent d’abord dans la poussette elle-même. Faite de matières synthétiques (polymères thermoplastiques et/ou nylon principalement) bien plus légères, design et maniables qu’il y a trente ans, celle-ci est bien plus inflammable qu’auparavant. Elle est également bien souvent plus grande, augmentant ainsi la surface à brûler. « De plus, la grande majorité des retardateurs de flammes, potentiellement nocifs pour la santé, sont interdits dans la fabrication d’accessoires de puériculture, ajoute Aurélien Thiry. Enfin, la position verticale de l’objet, bien souvent replié en position de rangement, favorise la propagation vers le haut. »

La grande majorité des retardateurs de flammes, potentiellement nocifs pour la santé, sont interdits dans la fabrication d’accessoires de puériculture
Aurélien Thiry, chef de la section ingénierie du feu au LCPP

Comprendre pour agir

Trois essais sont réalisés en 2007 par le LCPP au sein du Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE) pour répondre à plusieurs questions : qu’est ce qui brûle, avec quelle intensité, quels sont les gaz toxiques émis ? Puis quatre autres tests sont menés au fort de la Briche à Saint-Denis en 2016, après l’incendie de la rue Myrha ayant provoqué la mort de huit personnes. Plusieurs modèles de différentes marques et tailles sont passés au crible et mis à feu. Il ne reste à la fin que l’armature métallique. Les conclusions révèlent rapidement certains éléments tels que le dégagement de chaleur très élevé, la cinétique de développement du feu très rapide, ou la fusion des matériaux… « Cette fusion provoque des feux de flaques via des chutes de gouttes de plastique enflammées et entraîne une propagation toujours plus précoce. », alerte le chef de la section ingénierie du feu.

Incendie rue Myrha

Incendie de la rue Myrha (Paris XVIIIe) en septembre 2015

Pourquoi autant de morts?

Simulation numérique de la température dégagée lors d'un feu de poussette au sein d'une cage d'escalier.

Lors des essais, l’une des mesures significatives a aussi été celle du pic de chaleur. « Le paroxysme du feu est atteint en moins de dix minutes, révèle Aurélien Thiry. Lorsque l’on y confronte les temps d’intervention minimum des sapeurs-pompiers et le délai de mise en eau, on explique assez logiquement que les secours se présentent sur une situation dégradée ». C’est notamment ce qui explique le nombre d’habitants, piégés chez eux ou dans la cage d’escalier avec l’impossibilité de se soustraire au sinistre. La majorité décède donc après avoir inhalé des fumées très épaisses et grasses, ajoutées à une chaleur indescriptible. « Une autre caractéristique commune à bon nombre de ces issues tragiques concerne l’état des bâtiments, vétustes, voire délabrés, témoigne Aurélien. Les matériaux et installations des immeubles sont alors directement mis en cause, favorisant une propagation rapide et inextricable. » La quantité de combustibles en contact direct avec les poussettes au rez-de-chaussée est aussi particulièrement caractéristique des immeubles haussmanniens. Lambris, bois, moquette, portes, escalier, palier et gaz des colonnes montantes souvent en plomb, sont autant d’éléments ajoutant un pouvoir calorifique au sinistre.

Le paroxysme du feu est atteint en moins de dix minutes
Aurélien Thiry

Devant les tribunaux

Les analyses du Laboratoire Central de la Préfecture de Police ont plusieurs buts : renseigner, enseigner, prévenir, protéger et instruire dans le cadre judiciaire. « Nos expertises permettent parfois de confondre un témoin ou un suspect dans une affaire criminelle car nos preuves scientifiques, obtenues par analyses, essais ou reconstitutions par ordinateur, peuvent être objectivement confrontées aux différents scénarii avancés par les parties », assure Aurélien Thiry, par ailleurs expert près la cour d’appel de Paris. Ces enquêtes permettent également d’échanger avec la Brigade pour améliorer continuellement les tactiques d’interventions et mieux se préparer au risque particulier. C’est également l’occasion de rappeler des règles de bon sens. Malgré le confort de laisser sa poussette dans le hall de son immeuble, les dangers liés à sa présence peuvent avoir des conséquences dramatiques, même si la responsabilité du propriétaire n’est pas engagée. « Tout comme pour une poubelle par exemple, la poussette s’apparente à un stockage et devrait en ce sens bénéficier d’un local protégé dédié et répondant à des règles d’isolement basiques, insiste pour conclure Aurélien Thiry. La simple présence d’une porte coupe-feu, équipée d’un ferme-porte, permettrait, en cas d’acte malveillant, que cette poussette ne propage un incendie à une vitesse incontrôlable ».

CRÉDITS

Texte

CCH Pauline Rossignol et Alban Sallé

allo18

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