Formation – Apprendre pour rester efficace et humble

Processus d’acquisition des savoirs, savoir-faire et savoir-être liés à un emploi, la formation permet à chaque individu de développer une ou plusieurs compétences. Toujours plus soucieuse quant à la qualité de sa réponse opérationnelle, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris articule et réajuste en permanence le cursus de formation dédié à son personnel, chaque jour plus sollicité. De la formation initiale, aux stages permettant d’occuper les fonctions les plus élevées, la BSPP s’appuie sur une structure cohérente, adaptée et pragmatique.

L’ORGANISATION GENERALE DE LA FORMATION A LA BRIGADE

La brigade de sapeurs-pompiers de Paris détient la particularité de former plus de la moitié de son effectif chaque année, et pour la plupart en interne. Lors de ces actions de formation, les hommes et les femmes acquièrent et développent de nouvelles compétences dans l’objectif d’évoluer au sein de l’Institution ou de se spécialiser dans leur emploi du quotidien. La formation interne émane du bureau ingénierie de la formation (BIF). Véritable échelon central, il conçoit et écrit la doctrine de formation, définit et organise les examens, et enfin, prépare les candidats de la Brigade aux différents concours « officiers ».

La conduite est réalisée par une quinzaine de centres de formation. Ces derniers sont permanents, isolés ou de circonstance. Le groupement formation instruction et de secours (GFIS), par le biais de ses deux compagnies (CDF 1 & 2), organise les actions définies par le BIF et en assure l’exécution. C’est au sein de ce groupement que sont délivrées les formations dites de « cursus » telles que celles acquises par les nouvelles recrues, les cadres mais aussi les futurs conducteurs d’engins-pompe. Le GFIS, certifié ISO 9001 depuis 2010, dispose d’infrastructures propres et de personnel lui permettant de mener à bien sa mission.

Le groupement des appuis et de secours (GAS), unité englobant l’ensemble des spécialités de la Brigade, assure quant à lui, la conduite des stages de spécialités ou d’adaptations à l’emploi pour lesquels des agréments sont détenus par l’Institution. Les centres de formation dits « isolés » ou de « circonstances » ne sont, par définition, pas rattachés aux structures précitées. Les unités, bureaux ou services agissent au profit du personnel de la Brigade, en fonction des besoins exprimés, en formant aux modules spécifiques d’adaptation à l’emploi (santé, prévention, télécommunication, etc.). Les sections formation instruction des six groupements ont également la charge de préparer leur candidat à l’avancement mais aussi à la reconversion. Elles sont en outre, chargées de contrôler l’entraînement des unités d’incendie via un programme complet de maintien et d’actualisation des acquis professionnels. Il permet d’entretenir les compétences individuelles de chaque personnel par un face-à-face pédagogique avec un sapeur-pompier qualifié. Ce maintien des acquis revêt une importance capitale car il est, avec la préparation opérationnelle, le garant de l’efficacité et de la sécurité du personnel en intervention. Enfin, les cellules formation instruction des unités (CFI) organisent la préparation opérationnelle permanente et préparent leurs candidats à l’avancement.

LA MISE EN FORMATION

La section mise en formation du bureau organisation ressources humaines répond aux besoins des groupements qui doivent être opérationnels dans de nombreux domaines par le biais de formations internes et externes. Son domaine de compétence concerne tous les sapeurs-pompiers, (militaires du rangs, sous-officiers, officiers) issus de la filière « SPP » ou des filières de « spécialistes ». Le budget alloué pour le plan de formation, également géré par cette section a pour but de trouver à l’extérieur les stages qui ne peuvent pas être suivis à la Brigade.

Commandé par un officier titulaire d’une formation en ressources humaines, elle se scinde en trois grands groupes et un pool.

Le groupe mise en formation interne (MEFI), est chargé de la mise en formation des sapeurs-pompiers filière « pompier » pour toutes les formations internes liées au calendrier des actions de formation et à l’avancement telles que le peloton des élèves caporaux, les épreuves d’accès pour devenir sous-officier, etc. La partie secourisme est également placée sous sa responsabilité, pour l’inscription et le suivi des stages premiers secours en équipe, formateur de formateur, BNSSA*, formations continues, en étroites relations avec le CFSAV*.

Le groupe mise en formation externe (MEFE), répond à l’organisation des formations d’adaptation, présentations aux différents examens du permis de conduire ainsi qu’aux stages techniques tels qu’échelier, conducteur engin-pompe… Il s’agit ici de compléter le cursus pompier en formant le personnel dans différents domaines : IMP*, ELD*, SIA*, SIS* aux risques chimiques, radiologiques, cynotechniques ou encore de répondre aux besoins en formations diverses : préparation au TOEIC, instruction aux tirs, BPJEPS ANN (maître-nageur sauveteur), etc. Les relations avec, les SDIS*, la PP* et la DGSCGC* sont fines et indispensables.

Le groupe mise en formation des spécialistes (MEF/SPE) travaille en collaboration avec la DRHAT*, pour placer le personnel spécialiste sur les différents stages dans les écoles de la Défense. Elle formule par ailleurs, les expressions de besoins en formation de cursus et d’adaptation des années à venir.

Le groupe budget, prépare quant à lui, le plan de formation, suit le budget alloué par le BPFB* et supervise le traitement de toutes les formations ENSOSP* (PRV2*, RCCI*, RAD 4* RCH4*…).

Enfin, un pool, regroupe toutes les informations et travaille au profit des différentes sections. Qu’ils s’agissent de requêtes, de mises à jour de la base RH, ou de l’édition des diplômes et attestations.

Les dossiers les plus sensibles sont suivis par une section commandement chargée des dossiers relatifs à la formation humaine des polytechniciens, au changement d’arme au profit des forces spéciales, aux épreuves de sélection professionnelle, aux stages officier de garde compagnie…

PARCOURS DE MDR… ÉQUIPIER EXPLORATION LONGUE DUREE (ELD)

Quand un jeune militaire du rang devient spécialiste en ELD

 

« Je voulais avant tout me dépasser et contribuer à aider le plus de victimes possible ! ». C’est en ces termes que le première classe Jérémy Kettemeyer, du centre de secours Blanc-Mesnil, explique les raisons qui l’ont motivé à accéder aux fonctions d’équipier ELD.

Deux ans de service minimum, des résultats sportifs excellents, un test écrit validé et un parcours physique impliquant des reconnaissances en situations concrètes : tels sont les prérequis indispensables pour intégrer la formation.

Après s’en être acquitté, le première classe Kettemeyer a donc suivi un stage intense de deux semaines. Au programme : de la théorie sur les matériels spécifiques, les concepts et techniques d’engagement ; mais surtout de la pratique, incluant de nombreuses manœuvres, reconnaissances en situations extrêmes, sauvetages en milieux confinés…

En outre, la fonction ELD implique d’intégrer le groupe d’extraction spécialisé (GES). À ce titre, un instructeur de la BRI* consacre une journée sur l’extraction d’une victime sous la menace possible d’un sur-attentat. C’est après une initiation à l’hélitreuillage que le candidat se présente face à l’ultime épreuve validant, ou non, sa qualification d’équipier ELD. Un parcours sportif suivi d’un sauvetage en fosse et d’un hissage de tuyaux en haut d’une tour d’environ 20 mètres, permettent aux examinateurs de tester le stagiaire. Les deux semaines éprouvantes s’achèvent alors devant un jury jaugeant les motivations et les qualités intrinsèques de chacun des postulants.

PARCOURS DE SOUS-OFFICIER… DESSINATEUR OPERATIONNEL (DO)

Dessine-moi un feu, je l’éteindrai

Depuis le jour où René Dosne a transformé ses dessins artistiques en croquis techniques, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris s’appuie sur des dessinateurs opérationnels pour prendre en compte et analyser les plus importants sinistres dans leur ensemble. Mais comment devient-on une « mine » d’information ?

Avant toute chose, il faut être certifié de la qualification « chef de garde incendie » et justifier d’une bonne expérience de terrain.

Passé ces prérequis, deux niveaux de compétence doivent être validés : le dessinateur opérationnel (DO) de niveau 1 et le DO2.

Le DO1 : deux mois durant, le candidat est testé sur ses capacités de vision et de retranscription en 3D. En utilisant l’e-learning, des échanges réguliers sont opérés entre un dessinateur confirmé et le stagiaire. Dès que cette première étape est validée, la deuxième phase commence…

Le DO2 : une semaine pour acquérir les techniques permettant de faciliter la « compréhension bâtimentaire ». Il s’agit concrètement d’identifier et de traduire les problématiques afin d’aider le commandant des opérations de secours et/ou l’officier poste de commandement dans leurs prises de décisions tactiquo-techniques. Par l’illustration des puits de lumière, des ventilations basses et hautes ou des accès, le DO doit être rapidement capable de renseigner un maximum d’éléments sur un plan simple, mais efficace.

Un examen final sanctionne le candidat, alors placé dans les conditions du réel. Confronté à un feu, il doit réaliser un croquis complet en 20 minutes, tout en respectant la charte au maximum. Il expose enfin les problématiques de l’intervention à un officier du bureau planification opérationnelle.

A l’heure actuelle, la brigade compte sept dessinateurs opérationnels dans ses rangs.

PARCOURS D’OFFICIER… FORMATION AUX FUTURS COMMANDANTS D’UNITE (FFCU)

Bien connaître, pour bien commander…

Placée sous la responsabilité du centre de formation des officiers (CFO), et en complément de la formation effectuée dans les écoles d’application comme celle du Génie à Angers, cette FFCU permet aux futurs commandants d’unité (CDU) de mieux appréhender les spécificités de la Brigade, en termes de fonctionnement, de gestion du personnel, de conservation du patrimoine… Ainsi, des intervenants de la majorité des entités de la BSPP se relaient durant onze jours pour présenter chacune de leurs prérogatives. Tous les domaines qu’un CDU se doit de maîtriser durant son temps de commandement sont au programme : détachements, positions statutaires, renouvellements de contrat, formations, communication, chancellerie, comptabilité, responsabilités pénales, etc. Pour finir, un entretien avec le général, commandant la BSPP, permet d’appréhender sa vision et ses objectifs à court, moyen et long terme.

LES NIVEAUX DE RESPONSABILITE ET DE FORMATION LIES AU CURSUS PROFESSIONNEL

Les militaires du rang :

N 1: sapeur servant ;

N 2 : chef d’équipe, gradé de jour ;

N 3: chef d’agrès, gradé d’encadrement.

 

Les sélections et les formations se font exclusivement au sein de la BSPP.

Les sous-officiers :

N 4 : chef d’agrès, adjoint chef de groupe ;

N 5 : chef de garde, chef de centre, chef de groupe.

 

Les sélections et les formations se font exclusivement au sein de la BSPP.

Les officiers :

N 6 : officier chef de garde, responsable d’un service en unité opérationnelle ;

N 7 : officier de garde compagnie, commandant d’unité ;

N 8 : officier poste de commandement, officier d’état-major ;

N 9 : officier supérieur de garde groupement, commandant de groupement ;

N 10 : officier colonel de garde, expert haut niveau.

 

Les formations sont dispensées en partie dans l’Armée de terre et en partie à la BSPP.

SERGENT-CHEF LAURA MANZONI, PREMIERE FEMME CHEF DE SECTION AU FORT DE VILLENEUVE-SAINT-GEORGES

« Nos journées de formateurs et chefs de section sont rythmées tel un centre de secours ! »

 

« Être la première femme « chef de section » au sein du groupement formation instruction et de secours (GFIS) n’a jamais été un objectif majeur pour moi, affirme le sergent-chef Laura Manzoni. Je suis à ce titre plutôt mal à l’aise quant à ce qualificatif… Néanmoins, je reste consciente que cela traduit une évolution importante et nécessaire pour l’Institution. Plus qu’une vitrine politique, un tel poste occupé par une femme permet non seulement aux jeunes recrues masculines d’appréhender encore mieux les conditions d’une vie mixte, dans leur futur centre de secours, mais aussi aux féminines, qui pourraient douter, que l’on peut arriver à de telles responsabilités. »

Incorporée en janvier 2004, le sergent-chef Manzoni s’appuie sur une carrière de plus de quinze ans de service, dont près de douze passés en compagnie d’incendie. Épanouie sur le terrain, elle découvre par la suite l’univers plus administratif de la section opération instruction du 2e GIS* en 2017. Un an plus tard, le commandement lui propose un poste de chef de section au GFIS. Elle accepte immédiatement, honorée par cette marque de confiance.

« J’ai tout de suite adoré !, assure Laura, toujours aussi enthousiaste aujourd’hui. Honnêtement, je craignais être vue comme « la femme » plus que le sergent-chef, mais j’ai tout de suite été rassurée. Accueillie par mes gradés, mes pairs et mes supérieurs comme un chef de section lambda, j’ai pu appréhender mes prérogatives sereinement. Tout s’est ensuite enchaîné jusqu’à l’arrivée de ma première section. Entendre 40 sapeurs répondre « bonjour chef » d’une seule et même voix au rassemblement restera un moment particulier…  Quelle responsabilité ! Avoir à sa charge la formation de jeunes désirant devenir des sapeurs-pompiers de Paris opérationnels, oblige à toujours rester exemplaire, attentive et rigoureuse, tout en générant cette adhésion et cette cohésion propres à la Brigade. Nos journées de formateurs et chefs de section sont rythmées tel un centre de secours. Encadrer les séances de sport, les manœuvres, l’étude des règlements ou les problèmes du quotidien nous impose une remise en question permanente, tant sur le fond que sur la forme. »

Au terme de sa première année à la tête d’une section et après avoir vu passer près de cinq contingents, le sergent-chef Manzoni confie avoir pris conscience de deux choses : dans un premier temps, ce poste est incontestablement « formateur » dans une carrière. Enfin, la présence d’un binôme mixte au sein d’une équipe de commandement est une plus-value évidente pour l’institution. Outre le fait de rassurer les recrues féminines, il a pour grand intérêt d’aborder au plus juste la vie sociale en caserne.

LE PILOTAGE

Un comité de pilotage (COPIL FORM), organisé au plus tard au début du mois de juin, réunit l’ensemble des acteurs de la Brigade afin de recueillir les informations susceptibles d’impacter de manière significative les programmes ou le parcours de formation du personnel. À la suite de ce comité, un procès-verbal et un relevé des décisions sont élaborés. Ce préambule est l’étape nécessaire pour la préparation du comité de direction (CODIR FORM) qui se tient en octobre de la même année. C’est lors de ce CODIR que toutes les propositions sont soumises à la validation du général, laissant ainsi le temps aux différents services de conduire leur travail d’ingénierie ou d’analyse.

Inspiré directement des procédés de management par la qualité, le pilotage de la formation permet :

–  l’évaluation permanente des actions et des parcours de formation par l’exploitation annuelle des retours d’expérience ;

–  le suivi par les sections ingénierie du BIF des décisions officialisées en COPIL et CODIR FORM ;

– Le suivi de la réalisation du calendrier des actions de formation (approche quantitative) et de la performance des centres de formation interne (approche qualitative).

POUR ALLER PLUS LOIN - LES TEXTES DE REFERENCE

Le Code de la défense précise que « la BSPP est habilitée à dispenser la totalité de la formation spécifique de sapeur-pompier à l’ensemble de son personnel et assure la formation générale des militaires du rang et des sous-officiers. Elle est agréée comme organisme de formation par arrêté du ministre de la Défense. Pour répondre à des besoins spécifiques à la formation de sapeur-pompier, ne relevant pas du ministre de la Défense, la Brigade peut être agréée par le ministre de l’Intérieur. Elle peut également appliquer les dispositions contenues dans les guides nationaux de référence prévus par l’article R 1424-52 du CGCT pour les formations pour lesquelles l’agrément n’est pas sollicité ».

Outre le code de la Défense, l’instruction des soldats du feu est régie par plusieurs textes publiés au journal officiel, notamment le décret 2008-1219 en date du 25 novembre 2008 codifie, l’instruction ministérielle n°953 relative a la formation individuelle des militaires du rang, l’instruction ministérielle n°954 relative a la formation individuelle des sous-officiers et l’instruction n°474/def/rh-at relative au domaine de spécialité « sécurité ». Au sein même de notre institution, deux bibles font référence a ce qui concerne d’une part l’organisation de la formation liée au cursus professionnel (ins 6.1) et d’autre part celle spécifique à l’emploi (ins 6.2).

LE CALENDRIER DES ACTIONS DE FORMATION

Véritable outil de programmation, le calendrier des actions de formation et le plan de charge sont les deux documents fondamentaux du système de formation BSPP. Diffusés chaque année en novembre, ces textes recensent respectivement l’ensemble des actions de formation conduites en interne ainsi que les charges qui en découlent comme celles liées aux fonctions d’instructeur, d’examinateur, de correcteur, etc. Se fondant exclusivement sur la prévision des effectifs à former et de leur répartition par groupement, le calendrier des actions de formation permet de mesurer les capacités annuelles des différents centres de formation internes. Son suivi est assuré par le bureau ingénierie formation, en liaison avec le BORH, la section mise en formation et les centres de formation de la Brigade.

L’AGREMENT TECHNIQUE DU RECRUTEMENT - LE COMPLEMENT D’EVALUATION MADE IN BSPP

Parce que pour intégrer les rangs de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, il faut pousser la porte d’un centre d’information de recrutement de l’armée de Terre et non celle d’un centre de secours. Parce que dans le parcours de recrutement, les candidats ne rencontrent que des hommes de kaki vêtus. Pas de bleu, pas de raccords de 110, pas de voûte, pas de face-à-face avec la planche. Parce qu’enfiler des bottes d’incendies est un accomplissement ultime pour certains, mais parfois une grande désillusion pour d’autres. Depuis le mois de mai 2018, l’agrément technique du recrutement, véritable complément d’évaluation à la sélection des futures recrues, a vu le jour au Fort de Villeneuve-Saint-Georges. Durant deux jours, la rédaction d’Allo Dix-Huit a suivi une session pas tout à fait comme les autres, où jeans et baskets sont exceptionnellement autorisés dans un lieu mythique de la Brigade.

 

Nous sommes en plein mois de novembre. Le rendez-vous est donné depuis quinze jours aux soixante candidats venus défendre leurs places. Ils ont entre 18 et 25 ans, sont issus de toutes les catégories sociales, et viennent de toute la France. Leur point commun ? Un stress palpable et diffus dans les rangs, une motivation à toute épreuve et le rêve de porter bientôt un matricule BSPP. Nous nous trouvons devant l’impressionnante caserne de Masséna. C’est ici que tout commence. « Mesdemoiselles, messieurs bonjour, vous avez tous réussi les épreuves en département l’évaluation de l’armée de Terre, voici pourquoi vous avez été convoqués pour la deuxième partie de votre sélection : l’agrément technique du recrutement de la Brigade. Les épreuves vont débuter dans quelques minutes, sachez dès à présent que votre évaluation a d’ores et déjà commencé. S’il devait exister un moment où sortir vos tripes donnerait un sens à votre vie, cet instant est arrivé. Bon courage à chacun d’entre vous ! » encourage l’adjudant Christophe Calleja du groupe recrutement du BORH.

Odeur de chlore et silence de plomb. Puis, les consignes sont données, les trois premiers sur les plots, le coup de sifflet retentit. C’est parti ! Chacun donne son maximum, crawl ou brasse, peu importe, ils doivent nager 100 mètres le plus rapidement possible, sortir de l’eau pour sauter d’un plongeoir de 3 mètres, puis récupérer un objet à 2,50 mètres de fond. Cette épreuve est capitale. « Parfois, certains indiquent être bon nageur et c’est une fois incorporés que nous nous rendons compte qu’ils ne savent pas nager ! Pour un sapeur-pompier, être à l’aise dans l’eau est indispensable. À n’importe quel moment, il peut être amené à secourir une victime de noyade. Grâce à cette épreuve, nous nous assurons du niveau de natation plus qu’honorable des candidats » martèle le caporal-chef Gaël Rochias du groupe recrutement du BORH.

Une fois dans le bus, les visages sont relativement apaisés, les esprits un peu plus détendus, et les jeunes commencent peu à peu à faire connaissance. Direction Villeneuve-Saint-Georges. Les discussions fusent, mais une seule question revient dans toutes les bouches… À quoi peut bien ressembler la mythique voûte dont tout le monde parle sur les réseaux sociaux ?

 

Arrivée à Villeneuve

Plus d’une demi-heure de route plus tard, nous y voilà. Les grandes grilles vertes s’ouvrent, deux sapeurs à l’instruction sont placés de part et d’autre de l’entrée, ils sont au garde-à-vous et saluent, regardant fièrement droit devant eux pendant que les candidats entrent dans le Fort. Les grilles se referment. Plus un bruit ne se fait entendre. Le groupe passe la voûte sans un mot. Il découvre avec curiosité le lieu où ils passeront potentiellement quatre mois, dans un avenir proche.

Pas le temps de rêvasser, c’est l’heure de l’épreuve des tractions. Tous se rendent au gymnase et passent un à un sous la barre fixe encouragé par le reste du groupe, désormais soudé. Un autre point positif à ce complément d’évaluation est justement de pouvoir apprécier une éventuelle progression depuis le passage en département évaluation. Côté féminin, c’est l’occasion de demander aux femmes de tirer un minimum de tractions puisque ce sera le cas durant la formation. En effet, les tests de l’armée de Terre ne prévoient malheureusement qu’un tirage à la poulie haute.

Il est 17 heures, la nuit est déjà tombée sur le Fort. La buée s’échappe des bouches, les mains sont frottées les unes contre les autres, tous sautillent sur eux-mêmes pour tenter de se réchauffer. Ils discutent, se donnent des conseils, tentent de se rassurer. La dernière épreuve physique est la plus redoutée. Le parcours pompier. Il ne s’agit ni plus ni moins d’une course contre la montre alliant endurance et force en utilisant du matériel spécifique au métier de sapeurs-pompiers de Paris. Tirage de dévidoir, parcours pieds et mains au sol, passage d’obstacle chargé d’un tuyau, progression sur une poutre lestée par deux bidons de cinq litres, traction à la force des bras et des cuisses d’un pneu monté sur une jante puis sprint final. La délivrance. La fin de ce rude parcours offre à chacun un profond sentiment de soulagement. « Maintenant, c’est derrière. J’ai tout donné, j’ai même vomi, nous confie un jeune candidat à bout de souffle. Si je n’intègre pas la BSPP, je saurai que j’ai donné le meilleur de moi-même et j’en suis déjà vraiment fier. »

Rassemblés sur la place d’armes nous entendons au loin un chant au ton grave. Toutes les têtes se tournent dans la même direction. Nous apercevons une section marcher au pas dans notre direction. Plus ils approchent, plus le chant est fort et impressionnant. Les jeunes civils deviennent alors des enfants devant un spectacle qui les laisse bouche bée dans un silence respectueux à l’arrivée de leurs aînés ; le ton est donné.

Après le repas, nous sommes réunis dans une salle de cours quand un jeune homme d’une vingtaine d’années entre et se présente. Il est en fin de période d’instruction et nous raconte avec beaucoup d’émotion ses quelques mois passés entre ces murs. Son discours est poignant, pas de langue de bois, pas de poudre aux yeux. « Mon adaptation ici a été très dure, je suis loin de ma famille, mes amis me manquent, je n’avais jamais travaillé avant et je prends aujourd’hui conscience du mot engagement. Le réveil « pique » tous les matins, les journées sont très chargées mentalement et physiquement. Je ne regrette pour rien au monde mon choix, mais je comprends mieux les conseils de mon CIRFA, me rabâchant d’arriver suffisamment préparé pour tenir le rythme ! Je vais bientôt être affecté en compagnie d’incendie, j’ai hâte de décaler pour la première fois, je me sens prêt. »

Une journée bien remplie

Après cette journée bien remplie, ils découvrent une très grande chambre dotée de lits superposés en enfilade. Il est l’heure pour certain d’apprendre à faire leur lit car pour la majorité, le nid douillet de chez papa et maman est toujours d’actualité. À 23 heures, extinction des feux.

Le lendemain matin, l’expression employée sur le réveil dans le speech de la jeune recrue prend tout son sens. Dès le lever, il faut faire sa toilette bien sûr, mais aussi plier ses draps, se rassembler pour le petit-déjeuner. Un rendez-vous important les attend ce matin. Le rassemblement entouré de toutes les sections du Fort. Moment solennel où chacun d’entre eux doit prendre conscience de l’emprunte militaire de la Brigade.

L’heure de vérité a sonné. Les chemins vont se séparer, l’unité doit se dissoudre pour l’entretien individuel final : « Numéro 12, entrez, fermez la porte et asseyez-vous. »

L’avis du recrutement

Depuis plusieurs années, nous sommes confrontés à un système de recrutement ne nous permettant pas de rencontrer les candidats que nous avons sélectionnés. Après un gros travail de tous les CIRFA de France, puis un passage en département évaluation excellemment réalisé, une note manquait. Si la réponse à la question « Ferait-il un bon militaire ? » était claire, la réponse à la question « Ferait-il un bon pompier ? » manquait. Nous exerçons un métier très spécifique, et nous avons adapté une batterie de tests venant compléter l’évaluation. Les buts sont multiples : affiner notre sélection d’une part, permettre aux candidats de nous livrer eux-mêmes leurs motivations, mais aussi offrir une dimension réaliste du Fort de Villeneuve-Saint-Georges et de ce à quoi ils doivent s’attendre. Pour eux comme pour nous, un vrai contact était nécessaire. À chaque session, nous perdons un ou deux jeunes qui se rendent compte que cette vie n’est pas faite pour eux.

 

Un commentaire

  1. Merci à toutes et à tous , votre dévouement est incommensurable. Vous possédez les vraies valeurs que beaucoup de personnes ignorent malheureusement.
    Je suis très fière d’avoir mon cousin et son fils parmi vous . Il a été éduqué de telle sorte que dans la vie on n’a pas que des droits mais aussi des devoirs !
    Respectueuses

    Anne Raynaud

CRÉDITS

SCH Guillaume CASADA

CCH Ludovic ROSENSTEIN

1CL Myriam JABALLAH


allo18

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