Grenfell Tower en flamme

GRENFELL TOWER, le regard du préventionniste

Le 14 juin 2017, dans la Grenfell Tower, un immeuble de 24 étages du quartier de Kensington à Londres, un incendie se déclenche qui demeure un cas des plus intéressants pour les préventionnistes. En effet, la propagation s'est développée à l'extérieur de la tour activée par un revêtement très inflammable. L'embrasement ultra rapide de l'édifice fera 71 morts et 74 blessés. Fort de ces constatations, le bureau prévention fait un état des lieux sur la réglementation pour que ce type de drame ne se reproduise pas en France. Allo 18 - Le Mag vous livre ici ses conclusions.

Retour en image sur la catastrophe

Le quotidien britannique The Guardian a repris des vidéos amateur de l’incendie de la Grenfell Tower et les a compilées en temps réel. Cette timeline est primordiale pour les préventionnistes et les observateurs professionnels parce qu’elle montre l’extrême vitesse de la propagation.

Vidéo en anglais © The Guardian 2017/YouTube

Description du batiment

Grenfell Tower avant incendie

DR

La Tour Grenfell (67,30 m), située dans le district de North Kensington à l’Ouest de Londres, constitue un immeuble de grande hauteur à usage de logements sociaux dont la majorité des occupants appartient à la classe ouvrière.

L’immeuble de 24 étages a fait l’objet d’un permis de construire obtenu au début des années 70 et la construction s’est achevée en 1974. Il comporte 120 logements accueillant environ 600 personnes. Il est géré par la Kensington and Chelsea Tenant Management Organisation (KCTMO), la plus grande organisation de gestion par colocataires du pays, sous la supervision du conseil de Kensington et Chelsea.

En 2016, l’immeuble a fait l’objet d’importants travaux de rénovation, dont l’amélioration de l’isolation thermique extérieure (ITE), la mise en place de fenêtres à double vitrage et l’installation d’un nouveau système de chauffage. Cet immeuble ne dispose pas d’installation d’extinction de type « sprinkleur ». Il comprend une unique cage d’escalier, encloisonnée avec des portes d’origine (1972) et présentant en partie supérieure un évent permanent.

Les circulations horizontales sont désenfumées mécaniquement avec amenée d’air naturelle par la cage d’escalier. Le bâtiment est doté d’une installation de gaz collective avec une colonne montante se trouvant dans la cage d’escalier.

Analyse des faits

L’incendie s’est déclaré au 4e étage et pourrait trouver son origine au niveau d’un réfrigérateur. Le feu s’est rapidement propagé aux circulations du niveau, et par l’extérieur jusqu’au dernier niveau. A la lecture de plusieurs publications, il semble que l’ITE soit à l’origine de cette propagation fulgurante.

Le revêtement était constitué de panneaux d’isolant de 150 mm « Celotex 5000 » fixés sur la façade et couplés à un bardage composé de panneaux « Reynobond » (classé M1 par le LNE).

Ces panneaux sont des plaques « sandwich » de quelques millimètres constituées de 2 feuilles de métal rigidifiées par une âme de plastique alvéolaire (polyéthylène). Le complexe isolant présentait des espaces vides recoupés verticalement et horizontalement.

Propagation du feu sur Grenfell Tower

6 Report of doctor Barbara LANE, Grenfell Tower, fire safety investigation - section 10, routes of vertical and horizontal firespread throught the building envelope, 12th april 2018

Le complexe isolant présentait des espaces vides recoupés verticalement et horizontalement.

Report of doctor Barbara LANE, Grenfell Tower, fire safety investigation - section 8, the external wall – materials and construction, 12th april 2018

L’embrasement aurait été accéléré d’une part par la chute des plaques d’aluminium mettant à nu le polyéthylène, d’autre part par le vide dont le recoupement présentait des défauts importants. L’incendie aurait eu au passage la puissance nécessaire à l’allumage des huisseries en PVC. Il se serait propagé dans les appartements à chaque étage, notamment par l’intermédiaire des jointures latérales entre les fenêtres et le gros oeuvre en béton constituées de matériaux aux qualités de réaction au feu insuffisantes. Il est par ailleurs fait état de travaux en cours de rénovation des réseaux de chauffage et de gaz, sans qu’à ce stade des ruptures d’isolement ne soient clairement mises en avant dans le phénomène de propagation.

En outre, il a été constaté un problème de fermeture de certaines portes ayant une fonction d’isolement et un degré de résistance au feu des portes palières et d’escaliers trop faible pour constituer une barrière à la propagation du sinistre. Les traces de feu dans l’escalier mettraient en évidence des températures supérieures à 150°C.

Enfin, des défaillances du système de désenfumage/ventilation des circulations horizontales communes ont été identifiées. Là encore, il faut être prudent sur les conclusions à en tirer en matière de propagation.

Plan de niveau sur Grenfell Tower

Report of doctor Barbara LANE, Grenfell Tower, fire safety investigation – Appendix I, Flat entrance and stair fire doors, requirements and provisions, 12th april 2018

Et en France ?

En France, la réglementation incendie des bâtiments à usage d’habitation est fondée sur des textes datant de 1960, 1970, 1982 et 1986 (modifié en 2015). Les Immeubles de Grande Hauteur (IGH) de la classe A relèvent quant à eux d’arrêtés publiés en 1967, 1977 et 2011.

A partir de 1988, au travers de la réglementation thermique (RT), les exigences de performance thermique des bâtiments (RT 88, RT 2000, RT 2005, RT 2012) se sont traduites par une augmentation progressive des épaisseurs d’isolants. On est ainsi passés d’une quasi absence de matériaux d’isolation thermique avant 1982, à environ 8 à 10 cm à partir de 2002 (effets des RT 2000 et RT 2005). Aujourd’hui, l’épaisseur moyenne d’isolation est de l’ordre de 15 cm. Cette épaisseur peut toutefois atteindre 40 cm.

Les règlements de sécurité contre les risques d’incendie dans les ERP (voir notre Grand Format sur le sujet) et les IGH prévoient, chacun en ce qui les concerne, des prescriptions concernant l’accrochage des panneaux de façade afin d’éviter, en cas d’incendie, le passage des flammes ou des gaz chauds d’un étage à l’autre, même en cas de déformation des panneaux.

L’instruction technique (IT) 249 relative aux façades introduite en 1982, constitue un document de référence. Elle précise les conditions d’application des prescriptions réglementaires dans les ERP et les IGH. En 2010, ce document a été complété, notamment en abordant la notion de Masse Combustible Mobilisable associée à des solutions techniques réputées satisfaisantes. Par ailleurs, la possibilité de faire réaliser des essais par des laboratoires scientifiques permet désormais de valider les solutions sortant du cadre établi.

Différentes notes de la direction Générale de la Sécurité Civile et de la Gestion des Crises (DGSCGC), complètent ce dispositif, de façon spécifique pour des systèmes d’isolation thermique extérieure par enduit sur polystyrène expansé (ETICS-PSE) et pour les façades en bois.

la possibilité de faire réaliser des essais par des laboratoires scientifiques permet désormais de valider les solutions sortant du cadre établi.

Photo DR

S’agissant des IGH, la règlementation a toujours interdit les matériaux combustibles en parement de façade, à l’exception des menuiseries. De ce fait, le risque d’embrasement des façades dans ce type d’immeuble est très faible.

En ce qui concerne les bâtiments d’habitation, la part de marché de l’ITE dans la construction neuve est de 25 % en 3e famille et 50 % en 4e famille (1). L’ITE est par ailleurs particulièrement présente sur le marché de la rénovation.

L’arrêté du 31 janvier 1986 modifié, relatif aux constructions neuves, décrit des exigences en matière de réaction au feu des matériaux et de C+D(2), qui sont insuffisantes au regard du retour d’expérience. Il n’impose pas l’application de l’IT 249, mais renvoie seulement à quelques définitions de ce document.

La circulaire du 13 décembre 1982 relative aux travaux de rénovation des bâtiments construits avant 1987, formule un principe de non aggravation du risque et renvoie seulement à un paragraphe de l’IT 249 dans sa première version de 1982. Point positif, un courrier co-signé par le ministère en charge du logement et le ministère de l’intérieur le 30 septembre 2015, recommande l’application complète de cet IT (version de 2010) pour les bâtiments d’habitation neuf des 3e et 4e familles. Cependant, il apparait opportun de l’appliquer aussi aux immeubles existants. Il peut donc être considéré que depuis 2015, les ITE des bâtiments d’habitation de 3e et 4e familles apportent un niveau de sécurité relativement satisfaisant, même si le courrier cité supra n’est qu’une recommandation. Pour les constructions réalisées avant cette date, la situation est plus incertaine et liée aux choix qualitatifs des maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre. Le feu de la tour Mermoz à Roubaix en 2012 (3), a ainsi mis en évidence une propagation rapide par une façade rénovée constituée de panneaux aluminium du même type que ceux de la tour Grenfell.

 

Par ailleurs, quel que soit le référentiel utilisé, et en l’absence de contrôle systématique en habitation, la qualité de la construction repose bien évidemment sur la compétence des entreprises spécialisées. Le centre scientifique des techniques du bâtiment (CSTB) a dressé en juin 2017 une évaluation de la règlementation habitation qu’il juge insuffisante et proposé des mesures de renforcement. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé une réforme sans toutefois en préciser l’échéance et le contenu. Le projet de loi portant évolution du logement, de l’aménagement et du numérique (ELAN), qui prévoit la création des immeubles de moyenne hauteur (IMH), pourrait initier un pan de cette réforme.

Un recensement national des bâtiments présentant un niveau de risque similaire à celui de la tour Grenfell est en cours.

(1) Rapport de mission évaluation de la réglementation sécurité incendie en habitation, CSTB, 29 juin 2017

(2) C : distance verticale séparant 2 ouvrants en façade – D : distance horizontale entre le plan extérieur des éléments de remplissage et le nu extérieur de la façade, à l’aplomb des baies superposées.

(3) Incendie survenu le 14 février 2012 dans un bâtiment de 4e famille et ayant entraîné le décès d’un résident. Suite à ce feu, les éléments de façade de 3 immeubles de Roubaix ont été déposés et remplacés par des revêtements en aluminium composés d’une âme minérale

Un commentaire

  1. bonjour,
    merci pour votre article,très éclairant, j’ ai personnellement été un des premiers intervenants de la tour Mermoz a Roubaix, opérationnelle nous avons appris et compris que pour ce type de bâtiment constitue de ce revêtement, le 1er moyen hydraulique devait être en façade et plus par l intérieur…….

CRÉDITS

BSPP - Bureau Prévention

Un commentaire

  1. bonjour,
    merci pour votre article,très éclairant, j’ ai personnellement été un des premiers intervenants de la tour Mermoz a Roubaix, opérationnelle nous avons appris et compris que pour ce type de bâtiment constitue de ce revêtement, le 1er moyen hydraulique devait être en façade et plus par l intérieur…….

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