HISTOIRE – Focus sur la section conservation du patrimoine (2/2) : La chasse aux champignons

La conservation des documents d'archives peut parfois s'avérer délicate. Le fonds historique qui était stocké à Masséna a dû en partie subir un traitement spécifique anti-fongique avant d'être remisé à Saint-Ouen. Voyage au pays des conservateurs.

Il y a quelques années, le site de Masséna a fait l’objet de travaux de réhabilitation de grande ampleur. Le schéma directeur prévoyait alors un transfert des archives stockées au second sous-sol de Masséna vers le site de Saint-Ouen. L’ensemble comptait un fonds constitué d’archives contemporaines, d’archives historiques auxquelles venaient s’ajouter des ouvrages de l’ancienne bibliothèque officiers, le tout avoisinant les 929 mètres linéaires. Au début de l’année 2012, une infiltration d’eau a entrainé une élévation importante de l’humidité relative dans l’espace de stockage. Le 23 août, une visite sur le site de Masséna a permis de réunir les premières informations en vue d’une évaluation de l’état sanitaire du fonds historique (rapports d’intervention, etc). L’humidité relative se situait alors à un niveau extrêmement élevé au vu des relevés thermo-hygrométriques électroniques indiquant une humidité relative à plus de 70 % Hr1 pour une température comprise entre 23 et 25 °C.

Risques potentiels pour les archives

Stockées dans des conditions environnementales dégradées, les archives de la Brigade constituées de matériaux organiques (papier, cuir, parchemin, colles, textiles), étaient fortement exposées au développement de micro-organismes. En effet, les deux conditions minimales pour leur développement étaient réunies : une humidité relative (1) élevée et la présence d’un substrat nutritif. A cela s’ajoutait un manque de ventilation du local ainsi qu’une température élevée favorisant l’accroissement des micro-organismes.

 

L’observation des documents par sondage montrait que seules les reliures semblaient atteintes. Un dépôt poudreux blanchâtre était présent sur une grande quantité du fonds. Il a été constaté par ailleurs que certaines reliures étaient pigmentées. Une coloration allant du dépôt verdâtre à l’orangé révélait qu’une dégradation chimique des matériaux était en cours (déchets acides générés par les moisissures).

Dans ce cas précis, si une action n’était pas entreprise rapidement, la dégradation des archives risquait de s’accélérer et d’être irrémédiable.

Mesures conservatoires d’urgence

Dans un premier temps, il était impératif de toucher aux archives contaminées avec toutes les précautions d’usage. Les manipulations ont été effectuées avec des gants en latex non poudrés. Le nettoyage mécanique à l’aide de chiffons était quant à lui à proscrire au risque de faire pénétrer le mycélium (2) au cœur de la matière et de rendre le traitement encore plus difficile.

Dans un second temps, ont été évalués les mètres linéaires, le type, la disposition ainsi que l’implantation des rayonnages devant être mis en place sur le site de Saint-Ouen pour accueillir l’ensemble du fonds. Cette phase était primordiale car elle conditionnait le bon déroulement du chantier des archives. Celui-ci ne pouvait débuter sans que le lieu d’accueil définitif soit aménagé.

D’autre part, il était nécessaire de déterminer le type ainsi que l’ampleur de l’infection. La visite du local avait permis de constater que celle-ci était limitée aux seules couvertures. Il restait donc à effectuer une étude par dénombrement pour en connaitre l’étendue précise. Ce travail a permis de déterminer le mode opératoire de traitement. Le procédé de la micro-aspiration des documents a été retenu. L’ensemble de l’analyse a donné lieu par ailleurs à une évaluation du temps de traitement mécanique sur chacune des pièces, de fixer la durée globale du chantier des collections et de déterminer le nombre d’opérateurs nécessaires.

Enfin, une chaine opératoire de traitement a été définie selon un protocole dont l’élaboration, l’application et le suivi scientifique ont été assurés par l’officier spécialiste.

Connaître son ennemi pour pouvoir lutter efficacement

Une série de prélèvements des souches présentes a été effectuée afin de déterminer en laboratoire le type de moisissures affectant les archives et leur viabilité. Il s’agissait des souches Aspergillus (3) et Pénicillium

Les moisissures prélevées dans les archives de la Brigade étaient actives (vivantes) et certains documents encore humides nécessitaient un séchage ainsi qu’un traitement chimique, curatif et non préventif, à l’oxyde d’éthylène. Le protocole de traitement devait impérativement être élaboré par un spécialiste qui ferait le lien entre le maitre d’ouvrage et le prestataire effectuant l’opération. L’action de l’oxyde d’éthylène sur les matériaux constitutifs des archives n’est pas neutre. Si le protocole n’est pas observé, notamment en termes de respect des conditions environnementales pendant le traitement et de respect des périodes de désorption obligatoire pour les documents, le résultat peut s’avérer funeste pour les collections. Cela peut également avoir un impact sur la santé des personnes manipulant les documents. La rémanence du traitement étant quasi inexistante, en cas de nouvelles infiltrations d’eau dans les futurs locaux de stockage, une nouvelle infection pouvait être à craindre. Il était primordial d’offrir sur le site de Saint-Ouen des réserves présentant de parfaites conditions sanitaires (humidité relative inférieure à 60 %, nettoyage régulier visant à éliminer le substrat nutritif (poussière) nécessaire au développement des moisissures, ventilation…etc.).

Tous ces paramètres ont été pris en compte pour organiser le chantier.

 

Le chantier des collections

 

  1. Les archives historiques encore humides ont été évacuées au rez-de-chaussée de Masséna sur chariot, avant d’être placées dans une pièce dévolue au séchage.
  2. Les archives sèches ont été directement conditionnées dans des cartons, avant que ces derniers ne soient palettisés et filmés.
  3. Après séchage, les archives dites « humides » ont été placées dans des cartons, qui ont été placés sur des palettes et filmés.
  4. L’ensemble des archives a été transféré chez un prestataire spécialisé en vue de son traitement à l’oxyde d’éthylène.
  5. Par la suite le fonds traité a rejoint un site près de la caserne Masséna pour le lancement du chantier des collections d’archives (micro-aspiration, stockage et localisation). Ce chantier, supervisé par l’officier spécialiste, a été assuré par deux techniciennes de préservation durant huit mois (mars à octobre)
  6. Parallèlement, une estimation quantitative et qualitative du mobilier du site de Saint-Ouen a été faite par l’officier spécialiste.

A la fin de l’année 2013, l’ensemble du fonds a été transféré sur le site de Saint-Ouen.

Afin d’en assurer à terme la consultation, les archives ont été stockées selon un système de classement méticuleux et de localisation préalablement défini. Des listes de colisage des documents ont été élaborées lors des opérations du chantier des collections, de la phase de micro aspiration et des transferts. Il a fallu également garder à l’esprit qu’un suivi sanitaire des archives stockées sur le site Saint-Ouen devait être effectué régulièrement en contrôlant et en dépoussiérant les nouvelles acquisitions par exemple. Conjointement un examen fréquent des conditions environnementales du local de stockage devait également être réalisé.

Shéma de l'opération

Un long travail de classement depuis 2013…

Les rapports d’intervention les plus anciens, aux couvertures en cuir, ont fait l’objet de conditionnement spécifiques, individuels, dans des boîtes de conservation au Ph neutre. Ces boîtes sont fabriquées sur mesure.

A partir des années 1950, les rapports d’interventions se présentent sous la forme de feuilles, conservées dans des classeurs. Ces derniers ayant subis des dommages résultant de la forte humidité ont été supprimés et les rapports ont été classés dans des boîtes de conservation Ph neutre de format standard A4. Les informations relatives au contenu ont été reportées sur la tranche de chaque boîte.

Le saviez-vous ?

Le mot moisissure est employé pour désigner des champignons microscopiques dont la propagation se fait au moyen de spores. L’élimination des spores présentes dans l’environnement est généralement irréalisable. La plupart des moisissures dangereuses pour les archives et bibliothèques comportent deux structures différentes, l’une végétative, l’autre reproductrice. L’appareil végétatif se caractérise par une ramification de filaments incolores appelés hyphes. Ces hyphes, dont l’ensemble constitue le mycélium, poussent leurs ramifications à travers à travers le papier et sont absolument invisibles à l’œil nu. Leur présence précède le développement visible de la moisissure. L’hyphe produit des tiges connues sous le nom de conidiophores, qui produisent à leur tour des phialides, lesquels sont les éléments colorés de la moisissure. Il s’agit là de l’appareil reproducteur de la moisissure

L’Association des Amis du Musée des Sapeurs-pompiers de Paris

Depuis 2011, l’AAMSPP apporte son concours à l’accomplissement des missions du musée, notamment sur le plan des collections (enrichissement et restaurations). Dans ce but, l’association recherche et collecte des financements (subventions et mécénat).  L’adhésion est ouverte à tous : personnels d’active, retraités et civils extérieurs à la Brigade, passionnés par l’histoire et le patrimoine de celle-ci.

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CRÉDITS

Texte et photos : CNE Sandrine Beaujard-Vallet

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