Damien Gre­nèche —  — Modi­fiée le 6 août 2021 à 01 h 17 
Incendie de l'opéra-comique en 1887

Web-série — La langue française est prompte à créer de nouvelles expressions. Parfois, les pompiers en sont le sujet. La lune aussi, mais l’association des deux locutions n’est pas toujours flatteuse…

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Le 25 mai 1887, le ciel de Paris rou­git, l’Opéra-Comique brûle. Il est 21 heures, le feu éclate dans les cou­lisses de la salle Favart. Tout le beau Paris est pré­sent. Le spec­tacle se conclut par un der­nier tableau explo­sif et macabre. Un acte non pré­vu par l’auteur. Les spec­ta­teurs affo­lés courent dans tous les sens en hur­lant. Ceux qui n’ont pas réus­si à trou­ver la sor­tie se réfu­gient sur les toits, les bal­cons, et autres cor­niches pour ten­ter d’échapper aux flammes et aux fumées. Ce soir-là, le Régi­ment fait hon­neur à ses valeurs et au cou­rage de ses hommes, indé­niables depuis… des lunes, en sau­vant plus de 200 per­sonnes. Et pour­tant, cette catas­trophe porte atteinte à la répu­ta­tion pro­fes­sion­nelle du corps. Il y a de quoi tom­ber… de la lune !


Convo­qué, par le conseil muni­ci­pal de la ville de Paris, le 7 juin, le colo­nel Cous­ton avoue devant un par­terre d’élus accu­sa­teurs et en quête de réponses : « j’étais pom­pier comme la lune » paro­diant une expres­sion popu­laire de l’époque “Con comme la lune…”. Médu­sés par cette décla­ra­tion, tan­tôt jugée mal­adroite, tan­tôt pleine de bon­ho­mie mili­taire, les médias de l’époque ne parlent que de cela.

Une du journal Le Grelot


Der­rière cette phrase se cache une véri­té. Elle attaque le pom­pier-tech­ni­cien et non le pom­pier-sol­dat. L’expérience, ou plu­tôt l’inexpérience des hommes est remise en cause. On ne peut repro­cher le cou­rage et la témé­ri­té des sol­dats du Régi­ment si popu­laires, tant admi­rés par la popu­la­tion pari­sienne. Mal­heu­reu­se­ment, ces qua­li­tés sont jugées insuf­fi­santes par les élus et les jour­na­listes. Seule une longue pra­tique peut offrir de quoi ne pas être… dans la lune : la connais­sance exacte du dan­ger et les moyens effi­caces pour les com­battre. C’est exac­te­ment ce qui fait défaut chez les sapeurs-pom­piers de Paris.

« Quand j’ai été nom­mé colo­nel du régi­ment, je ne connais­sais pas l’a.b.c. du métier »

Colo­nel Couston


Cela concerne aus­si bien les jeunes recrues astreintes au ser­vice mili­taire pen­dant trois années ; que les offi­ciers arri­vant et repar­tant aus­si­tôt, pour la plu­part, dans les uni­tés de l’Infanterie. A peine ins­truit, à peine le temps de deve­nir pom­pier. C’est le mode de recru­te­ment qui est jugé res­pon­sable de cette situa­tion.
« Quand j’ai été nom­mé colo­nel du régi­ment, je ne connais­sais pas l’a.b.c. du métier » clame le colo­nel Couston.

Portrait photographique du colonel Couston du régiment des sapeurs-pompiers de Paris


Dans une période de l’histoire mar­quée par une vague d’antimilitarisme, les élus s’engouffrent dans cette brèche où le Régi­ment est pris dans une tour­mente polé­mique. Ces der­niers pro­fitent de la situa­tion pour récla­mer la mise à mort de l’organisation mili­taire et la consti­tu­tion d’un corps civil pla­cé sous l’autorité muni­ci­pale. De quoi… décro­cher la lune !


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