HISTOIRES DE POMPIERS : DES FAITS DIVERS… TOUT L’ÉTÉ (7) — Des punitions à l’ordre du jour

Damien Gre­nèche —  — Modi­fiée le 24 août 2021 à 03 h 25 
fresque murale

Web-série — Nous l’avons vu lors des épisodes précédents, l’image populaire du sapeur-pompier de Paris est celle du héros et du bon samaritain. Mais il arrive parfois que les circonstances dégénèrent en écarts et en dérives de comportement. Dans ces cas-là, dans le monde militaire, la punition est au rendez-vous…

Le pom­pier de Paris est mili­taire. Il a donc des devoirs : esprit de sacri­fice, dis­po­ni­bi­li­té, dis­cré­tion, mais aus­si celui d’obéir aux ordres reçus et de res­pec­ter la dis­ci­pline ; et ce depuis le décret du 18 sep­tembre 1811. Les hommes sont « sou­mis aux lois, règle­ments et arrê­tés rela­tifs à la dis­ci­pline, police et jus­tice mili­taire ». De plus, il est pré­ci­sé que pour être reçu chez les sapeurs-pom­piers de Paris, il faut, entre autre, ne pas avoir eu de puni­tions dans le corps d’origine. On recherche donc des hommes irré­pro­chables ; et pour­tant, les archives offrent un point de vue un peu différent.

« les sapeurs de 1ère classe Albert et Cabas­sut sont remis sapeurs de 2ème classe à leur com­pa­gnie à la date du 21 cou­rant pour la conduite hon­teuse qu’ils ont tenue dans un incen­die en aban­don­nant le poste qui leur était confié pour aller boire dans un débit. Paris le 20 sep­tembre 1889. Le colo­nel, signé, Ruyssen ».

Mutés, cas­sés dans leur grade, tours de consigne, jours de pri­son. Cela fait éga­le­ment par­ti de la vie des sapeurs-pom­piers. Comme toute uni­té de l’Armée, des locaux dis­ci­pli­naires étaient amé­na­gés dans les casernes. On y trouve un poste de Police, des salles de dis­ci­plines, des pri­sons, des cellules.

Plan de la caserne Montmartre

Il faut savoir de la vie de cachots n’est pas de tout repos. Les déte­nus sont char­gés des cor­vées de quar­tier, et doivent suivre les classes d’instruction comme chaque sapeur. Que ce soit les cours de théo­rie comme les exer­cices de gym­nas­tique. Le tout sous la sur­veillance du ser­gent de semaine qui a la charge du ser­vice de la police et de la dis­ci­pline dans les enceintes de la caserne et postes de ville. Les clés des cel­lules sont soi­gneu­se­ment gar­dées par les offi­ciers. « Allez au trou » ! Mais pour quelle rai­son ? Les motifs prin­ci­paux sont les sui­vants : refus d’obéissance, absence, aban­don de poste, ivresse, et vol.

Fresque du “Vieux Landon”

Bien sou­vent, les sujets et la for­mu­la­tion des bul­le­tins de sanc­tion des XIX-XXe siècles inter­pelle l’œil nar­quois de l’individu de notre temps. C’est une autre époque !

La loi du Talion n’est pas une solu­tion. Le sapeur Rou­gier l’apprend à ses dépens. Il est sanc­tion­né de qua­torze jours de pri­son pour avoir cou­pé deux mèches de che­veux au per­ru­quier de la com­pa­gnie pen­dant son som­meil. Il n’avait cer­tai­ne­ment pas appré­cié sa der­nière coupe.

On ne joue pas avec la nour­ri­ture ! Com­bien de fois l’a‑t-on enten­du enfant. Sûre­ment pas assez pour les sapeurs Lam­bert et Mias, qui, après avoir été les adver­saires d’une bataille de lan­cers de nouilles et légumes, lors du repas du midi au réfec­toire, ont rem­por­té huit jours de prison.

« Il y a des gens qui ont la sus­cep­ti­bi­li­té de l’huître. On ne peut y tou­cher sans qu’ils se contractent » écrit le poète Paul-Jean Tou­let. Serait-ce à dire que le sapeur Bour­gi­gnon est un poil irri­table sur l’état de pro­pre­té de sa chambre ou que l’exigeante minu­tie du ser­gent char­gé de la revue des chambres est res­pon­sable de l’incident. Les faits sont les faits. Après avoir enten­du le reproche du gra­dé, le sapeur répon­dit : « il com­mence à me chier ». Per­mis­sions supprimées. 

Par­fois, il y a des jours, quand ça ne veut pas, ça veut pas. Le sapeur Jol­ly est un habi­tué des sanc­tions. Il faut dire qu’il a été muté en com­pa­gnie « dite dis­ci­pli­naire » pour de nom­breuses incon­duites où il rejoint le sapeur Léo­nard, grand cham­pion, qui tota­lise à lui seul 6 absences et 113 jours de puni­tions en deux années. Sous le coup de vingt tours de consignes, il réci­dive. Paroles outra­geantes envers un supé­rieur, mau­vaise volon­té dans l’accomplissement des cor­vées, il se dérobe à ces der­nières et part se cou­cher sur son lit avec ses bottes. Pour la hié­rar­chie, c’est la goutte d’eau qui fait débor­der le vase ! Il prend 20 jours de pri­son, puis deux conseils de dis­ci­pline plus tard, la puni­tion est por­tée à 60 jours.

En décembre 1887, les pom­piers défraient la chro­nique. Un fait inter­pelle au moins six quo­ti­diens pari­siens. La Lan­terne titre « rixe entre pom­piers et civils », « pom­piers trop gais » pour l’Observateur Fran­çais, ou encore « un fait regret­table » pour Le Vol­taire. L’histoire est ano­dine. Quatre sapeurs et un capo­ral de la caserne Châ­teau-Lan­don sortent gaie­ment d’un caba­ret (jusqu’ici tout va bien), quand sur­vient M. Ricard, mar­chand de foin, son com­mis et sa char­rette. On sent la chose arri­ver. Sti­mu­lé par un éclair, un pom­pier décide de grim­per sur la car­riole et de lan­cer une botte de paille sur la tête d’un de ses cama­rades. C’est alors que, dans l’euphorie la plus totale, une bataille s’engage jusqu’à ce que le char­ge­ment soit vide. Le mar­chand, mécon­tent de l’issue de la bataille, tente de s’interposer, en vain. Il est repous­sé vio­lem­ment par les hommes, bien déci­dés à s’amuser. Le com­mis par­ti cher­cher de l’aide, revint quelques minutes plus tard avec des gar­diens de la paix afin de réta­blir l’ordre et la dis­ci­pline. Les cinq pom­piers furent conduits devant le com­mis­saire San­ti­ni. On ose, alors, ima­gi­ner leur sanction !


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