Le JARGON du sapeur-pompier : parlez-vous “pomplard” ?

Les rencontres d’ALLO DIX-HUIT — Joueur par nature, le pomplard use, et parfois même abuse, de termes et expressions qui reflètent la complexité de son univers et d’un sens de l’humour très particulier. L’étude des origines de notre jargon révèle ainsi la diversité des emprunts, des influences, des créations et explique la richesse d’un dialecte « pompier parisien » qui lui est propre. Flash-back sur la genèse de notre vocabulaire. Contrairement à l’adage, « le pompier de Paris va être surpris ! ».

La rédac­tion Allo18 —  — Modi­fiée le 29 avril 2021 à 12 h 57 

Le bri­ga­dou, homme des casernes de Paris et de la petite cou­ronne, côtoie au quo­ti­dien toutes sortes de popu­la­tions, pro­fes­sion­nel­le­ment bien sûr… Cette proxi­mi­té sou­vent exer­cée dans l’urgence néces­site de com­prendre dif­fé­rents lan­gages, ce qui n’est pas tou­jours réci­proque pour le pékin en face. À l’instar d’une langue vivante, le jar­gon du pom­plard a été lar­ge­ment influen­cé et enri­chie par les indi­vi­dus qui le pra­tique comme les nom­breux pays, ces per­son­nels issus d’une même région, et qui com­posent, par­mi tant d’autres, la bou­tique. Bien enten­du notre uni­té, forte de ses cam­pagnes mili­taires, de son his­toire et du bras­sage des ori­gines de nos offi­ciers et sous-offi­ciers (Lors des périodes du Bataillon puis du Régi­ment, de nom­breux sous-offi­ciers étaient issus de l’infanterie, de la Garde Natio­nale et plus glo­ba­le­ment de la « Verte »), a lar­ge­ment emprun­té au jar­gon pure­ment mili­taire. De ce fait, il est tou­jours agréable de faire un bon baroud, sur­tout avec un vieux chi­ba­ni der­rière ses bottes. Baroud étant une action de com­bat et chi­ba­ni un mot emprun­té à la langue arabe et qui signi­fie ancien.

SARCE, SARCEUSE ET SARCILLON…

Alors que n’importe quel sapeur-pom­pier rêve de faire un rif, on pour­rait pen­ser qu’il s’agit là d’un simple ver­lan du mot anglais Fire, et pour­tant… Rifler est avant tout un verbe jar­gon­neux emprun­té au vieux lan­gage pari­sien et qui dans un argot détour­né, celui des voleurs, signi­fie faire un feu. On retrouve éga­le­ment rifle pour dési­gner direc­te­ment le feu. Dans un autre genre, sarce, sur­tout uti­li­sé à la BSPP, désigne un sapeur-pom­pier, vieux en ser­vice qui a beau­coup d’expérience et qui connait bien les ficelles du métier. Il a don­né lieu à de mul­tiples décli­nai­sons comme sar­cillon, sar­çoun­net, sar­çi­fo­lot quand un jeune se prend pour un ancien. La racine de sarce semble être liée, là encore, à l’argot pari­sien, mais son ori­gine exacte reste encore à déter­mi­ner… On parle éga­le­ment de sar­ceuse pour dési­gner une fille de mau­vaise vie ou une femme très atti­rée par l’uniforme…

L’influence tech­no­lo­gique prend aus­si toute sa place dans notre lan­gage, c’est d’autant plus vrai que Paris a accueilli plu­sieurs expo­si­tions uni­ver­selles où le Régi­ment ne man­qua jamais de pré­sen­ter de nom­breuses inno­va­tions, mar­quant sa capa­ci­té à inven­ter et se renou­ve­ler. N’oublions pas éga­le­ment les évo­lu­tions de la fin du XIXe siècle comme la perche de feu emprun­tée à nos col­lègues de Chi­ca­go ou d’autres encore rap­por­tées par le major ingé­nieur Krebs comme le rouge ver­millon du Lon­don Fire Bri­gade. Ain­si, au cours du XXe siècle, des néo­lo­gismes tel que césa­ri­sa­tion pour la dés­in­car­cé­ra­tion appa­raissent ; on emprunte à l’univers de la plon­gée le terme de cape­ler pour le port de l’ARI (Appa­reil Res­pi­ra­toire Iso­lant) et l’écriture des règle­ments de pré­ven­tion a fait de nous des gars stables au feu (Un pom­pier stable au feu est une per­sonne de confiance, calme et aguer­rie dans son métier sur qui l’on peut s’appuyer) ou bien encore cou­pe­feu 3 heures.

jargon de sapeurs 2

TIENS D’AILLEURS LE FEU, PARLONS EN….

Le mot feu est employé pour qua­li­fier des maté­riels ou des effets : son­ne­ries de feu, tenue de feu, bottes de feu, battes à feu… Lorsque qu’il est asso­cié à un verbe, par exemple « aller » ou « par­tir » au feu, cela signi­fie d’une façon géné­rale être en com­pa­gnie d’incendie, « il part encore au feu ». De façon plus res­tric­tive par­tir au feu ne signi­fie pas sys­té­ma­ti­que­ment aller com­battre un incen­die. En revanche, par­tir pour feu désigne un départ immé­diat pour un motif incen­die et ensuite on est sur feu. Un pom­pier qui fait beau­coup de feux est un chan­ceux alors que d’autres ont l’impression de ne plus faire de feux. Pour les sapeurs-pom­piers le feu n’est pas qu’une résul­tante chi­mique, il est bien plus que cela… Un acteur, presque une per­sonne que fina­le­ment cha­cun retrouve régu­liè­re­ment et à qui l’on attri­bue des com­por­te­ments humains. Au début il est nais­sant, ensuite il se déve­loppe, par­fois il couve, il ronfle, puis les choses s’accélèrent : il s’embrase, ça sort par les fenêtres, ça dépote, ça crame ! Pour les sapeurs-pom­piers va fal­loir être car­ré, au taquet ! Ils vont cher­cher à lui ren­trer dedans et à lui cas­ser la gueule. Mais la bête est vicieuse, alors il s’échappe, il se barre, il se pro­page, il faut pour­tant l’arrêter, le com­battre… Alors on va éta­blir la LDT (Lance du Dévi­doir Tour­nant), mais méf’ qu’elle ne soit pas mal enga­gée, et puis der­rière on ira plan­ter des petites et pour­quoi pas une grosse (Désigne une lance à incen­die ayant un débit com­pris entre 500 l/​min à 1000 l/​min. Terme qui désigne éga­le­ment les Ensembles Grande Puis­sance (EGP) appe­lés « les grosses » de par leur impor­tante capa­ci­té hydrau­lique.) si besoin. Un feu, on le cir­cons­crit, on s’en rend maître et puis on l’éteint. Inévi­ta­ble­ment une langue est en per­pé­tuelle évo­lu­tion, l’apparition de nou­veaux mots chaque année dans les dic­tion­naires en témoigne et notre jar­gon n’échappe pas à cette règle. Paral­lè­le­ment, des expres­sions et des termes ont connu des modi­fi­ca­tions alors que d’autres dis­pa­rais­saient au gré de l’évolution des tech­no­lo­gies ou des techniques.

LES OREILLES DE MONSIEUR SPOCK

Le pétille­ment (Terme uti­li­sé pour décrire le bruit du feu lorsqu’il est atteint par le jet d’une lance), tou­jours audible lors d’une phase d’attaque et qui est décrit par le colo­nel Pau­lin dans son manuel n’est pour­tant plus uti­li­sée depuis long­temps ; dans le même genre l’avènement du casque F1 XF nous rap­pelle le rem­pla­ce­ment du 33, l’actuel casque de tra­di­tion en peau de loco­mo­tive, qui sou­vent par son manque de pro­tec­tion fit que plu­sieurs per­son­nels se brû­lèrent le car­ti­lage des oreilles. Cela don­na lieu au sobri­quet, qua­si dis­pa­ru, de Mon­sieur Spock. Le pom­plard est un client et fait montre d’une grande inven­ti­vi­té quand il s’agit d’enrichir son vocabulaire.

N’oublions pas les huiles, les per­son­nels d’état-major, qui, pour cer­tains ne man­que­ront pas d’arborer fiè­re­ment leurs pla­cards gar­nis de quelques tri­coises (Dans un jar­gon plus ancien, il dési­gnait par com­pa­rai­son les médailles pen­dantes pla­car­dées sur la poi­trine des mili­taires. En effet les cli­que­tis, consé­quence de l’entrechoc des tri­coises ran­gées dans les coffres des hip­po­mo­biles, fai­saient pen­ser au bruit des médailles por­tées sur l’uniforme. « T’as décro­ché une tri­coise ?! » était syno­nyme d’obtenir une médaille), décro­chées à la baraque à frites ou lorsqu’ils por­taient encore les bottes car fût un temps les ser­vices étaient en chaus­sures basses. Enfin, si aujourd’hui cra­cher désigne l’attaque d’un feu ou une lance en action, cela n’a pas tou­jours été le cas. En effet, au XVIIIe siècle, une pompe qui crache est une pompe défec­tueuse dont le pis­ton n’est pas étanche et qui laisse échap­per des gouttes d’eau. D’ailleurs ces chan­ge­ments ont par­fois du bon et faire la part du feu en est un exemple car il s’agissait pour cette pra­tique ancienne, anté­rieure au XVIIIe siècle, de détruire les bâti­ments mitoyens à celui sinis­tré afin d’éviter la pro­pa­ga­tion de l’incendie au quar­tier. Fina­le­ment le but du jeu pour le porte-lance reste encore de noir­cir les char­pentes et boi­se­ries pour leur don­ner l’aspect du char­bon éteint. Ça, tout le monde le com­prend car c’est un de nos plus vieux termes employés et il n’a pas chan­gé depuis le XVIIIe siècle. Vous avez tout pigé ou il vous faut un ordre de départ ? À moins que ce soit une 72 ? Ah bah non ! Là aus­si ça ne fonc­tionne plus…. Une langue vivante j’ai dit ! Bref, fer­mez, démon­tez, roulez !

jargon du sapeur-pompier

Le livre

L’ad­ju­dant Alain Bailloux, l’au­teur de ce texte a écrit ce livre pour com­pi­ler et expli­quer les termes bien spé­ci­fiques du lan­gage des sapeurs-pom­piers. Dans une inter­view pour le Parisien.fr, il explique com­ment lui ai venu l’i­dée d’é­crire cet ouvrage. Les illus­tra­tions sont de Drak­kar et les recettes des ventes seront rever­sées à l’œuvre des pupilles des sapeurs-pompiers.

Et d’autres anec­dotes se trouvent sur la page Face­book du “Jar­gon” #Face­book Le Jar­gon du Sapeur-Pompier

Publié chez Edi­livre. 19,50 €.

3 réflexions sur “Le JARGON du sapeur-pompier : parlez-vous “pomplard” ?”

  1. Bon­jour. Cet article n’est pré­sent que sur cette édi­tion numérique.
    Encore mer­ci pour votre soutien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Retour haut de page