HISTOIRE — Les pompiers de Paris au cœur des combats de la libération

Histoire — À l’occasion des commémorations du 75e anniversaire de la libération de Paris, le capitaine Emmanuel Ranvoisy et Didier Sapaut ont écrit un ouvrage, sur le rôle des pompiers de Paris pendant ces évènements historiques. Allo 18 en publie un extrait consacré à la journée du 25 août 1944.

La rédac­tion Allo18 —  — Modi­fiée le 4 mai 2021 à 12 h 34 

Le matin du 25 août 1944, les chars de la 2e DB entrent dans la capi­tale. Ils vont réduire les points de résis­tance alle­mands : le Sénat, la Chambre des Dépu­tés, la caserne de la place de la Répu­blique, les hôtels Majes­tic, ave­nue Klé­ber, et Meu­rice de la rue de Rivoli.

Depuis le 18 août, les hommes du Régi­ment par­tagent leurs acti­vi­tés entre leur mis­sion tra­di­tion­nelle d’extinction des feux et la par­ti­ci­pa­tion à l’insurrection contre l’occupant. Pen­dant cette jour­née déci­sive, les opé­ra­tions des pom­piers « collent » à la pro­gres­sion de la 2e DB, que ce soit pour éteindre les incen­dies ou pour par­ti­ci­per aux com­bats. À 15 heures, le géné­ral von Chol­titz signe la red­di­tion de ses troupes. À 16 h 30, le géné­ral de Gaulle arrive à Paris. Cette jour­née est la plus meur­trière pour le Régi­ment : six pom­piers tombent au cours des com­bats. Pour l’ensemble des jour­nées de la libé­ra­tion de la capi­tale, le Régi­ment compte quinze morts pour la France.

Le déploiement des drapeaux tricolores

11 h 30 : le capi­taine Sar­ni­guet, com­man­dant le Centre d’instruction régi­men­taire, quitte la caserne Dupleix avec un déta­che­ment de cinq hommes pour rejoindre la Tour Eif­fel. Le groupe gagne le som­met de la Tour par les esca­liers. Le « com­man­do » a empor­té le dra­peau tri­co­lore, confec­tion­né clan­des­ti­ne­ment par les femmes des offi­ciers et sous-offi­ciers de la caserne à l’aide de draps teints.

12 h 00 : l’emblème tri­co­lore est his­sé, indi­quant aux Pari­siens le suc­cès de l’insurrection. Au même moment, un autre déta­che­ment de sapeurs-pom­piers, sous le com­man­de­ment du capi­taine Ber­nard, déploie sous la balus­trade de l’Arc de Triomphe un immense dra­peau fran­çais de vingt-deux mètres.

L’attaque de l’hôtel Majestic

L’hôtel Majes­tic, ave­nue Klé­ber (XVIe arron­dis­se­ment), a été le siège du com­man­de­ment mili­taire alle­mand en France pen­dant l’occupation.

13 h 00 : attaque de l’hôtel Majes­tic par les chars de la 2e DB. Les sapeurs-pom­piers posi­tion­nés au som­met de l’Arc de Triomphe (poste d’observation du Centre régi­men­taire de ren­sei­gne­ments (CRR) signa­lant les points d’impact des bombes) ren­seignent sur l’évolution de la situa­tion. Une sec­tion de sapeurs-pom­piers par­ti­cipe à l’assaut. Le sapeur Pon­ra­mon (Dupleix) est bles­sé. À la suite de la prise de l’hôtel, les pom­piers ramènent des pri­son­niers à l’État-major Champerret.

Feu au Quai d’Orsay et au Palais Bourbon

12 h 24 : inter­ven­tion des pom­piers des CS de Gre­nelle, Malar, Cham­per­ret, pour violent feu au minis­tère des Affaires étran­gères, rue de Constan­tine, à l’angle de la rue de l’Université (VIIe arron­dis­se­ment) où des com­bats très vio­lents ont lieu entre les chars d’un sous-grou­pe­ment de la 2e DB et les troupes alle­mandes retran­chées dans l’édifice. Si les pom­piers arrivent à 12 h 27, le feu ne sera atta­qué qu’à 20 heures au moyen de deux grosses lances et deux petites. En effet, par ordre du chef de bataillon, com­man­dant le déta­che­ment blin­dé, les opé­ra­tions d’extinction ne sont pas tout de suite entre­prises. Les pom­piers sont « mis en réserve »à la Mai­son de la Chi­mie, rue Saint-Domi­nique. L’incendie ne sera éteint que le 26 août à 5 h 35 du matin. Le feu aura ain­si brû­lé durant sept heures avant que les secours ne puissent inter­ve­nir. Bien que les dégâts soient très impor­tants, les archives diplo­ma­tiques d’une très grande valeur seront sauvées.

13 h 15 : les pom­piers des CS Saint-Hono­ré, Auteuil, Dau­phine, Gre­nelle, Cham­per­ret inter­viennent pour feu au Palais Bour­bon, du côté de la rue de Bour­gogne. Comme le minis­tère des Affaires étran­gères, la Chambre des Dépu­tés abrite un impor­tant contin­gent de troupes alle­mandes. Les hommes de la 2e DB ayant deman­dé que l’intervention soit retar­dée, les pom­piers ne peuvent atta­quer le feu qu’à 20 heures. Les hommes arrivent à pré­ser­ver la biblio­thèque qui n’est pas encore atteinte et à enrayer la pro­gres­sion des flammes vers la salle des séances.

03 h 00 : les hommes du Régi­ment opèrent le démé­na­ge­ment des livres et le bâchage de la biblio­thèque. Ils sau­ve­ront ain­si de nom­breux ouvrages très rares.

Les exploits du sous-lieutenant Pollingue

Le sous-lieu­te­nant Pol­lingue, issu du Génie, rejoint le Régi­ment le 5 août 1944 et est affec­té à une com­pa­gnie clan­des­tine d’intervention, basée au CS Colombier.

Le 24 août au soir mal­gré les patrouilles des sol­dats alle­mands, Pol­lingue, se rend à la gare de Ber­cy avec un déta­che­ment pour ins­pec­ter un train de muni­tions alle­mand et envoie un camion d’armes et de muni­tions à la préfecture.

Le 25 août, pen­dant l’intervention au Quai d’Orsay, un acte héroïque est accom­pli par l’officier : le sous-lieu­te­nant Bureau, chef du char Saint-Cyr de la 2e DB, est abat­tu par les alle­mands alors que son blin­dé tire sur l’aile du minis­tère lon­geant la rue de Constan­tine. Le sous­lieu­te­nant Pol­lingue se pré­ci­pite alors pour le rem­pla­cer et tire à la mitrailleuse sur la fenêtre d’où partent les balles jusqu’à mettre l’ennemi hors d’état de nuire.

Dans la soi­rée de ce 25 août, après la red­di­tion des troupes alle­mandes retran­chées au Sénat, Pol­lingue est appe­lé pour désa­mor­cer des charges explo­sives dis­si­mu­lées dans les cen­traux télé­pho­niques sou­ter­rains. Pour le repé­rage, il se fait accom­pa­gner par deux pri­son­niers alle­mands. L’un d’eux s’empare d’une gre­nade et menace de se faire sau­ter. Le sous-lieu­te­nant Pol­lingue l’abat sur le champ. L’allégresse de la libé­ra­tion règne à la caserne de la Cité, désor­mais déli­vrée des assauts. À midi, la musique des sapeurs-pom­piers com­mence à jouer dans la cour. Vers 13 heures, cette der­nière sort du bâti­ment pour jouer sur la place. Elle est accla­mée par la foule en liesse.

Les combats pour la prise de l’état-major allemand

L’après-midi du 25 août marque le der­nier acte de la résis­tance alle­mande : les chars de la 2e DB attaquent l’hôtel Meu­rice, rue de Rivo­li (Ier arron­dis­se­ment), siège du com­man­de­ment mili­taire alle­mand. Pen­dant toute l’attaque, les pom­piers de Paris inter­vien­dront à plu­sieurs reprises sous les tirs et dans des condi­tions périlleuses dans la zone avoi­si­nant l’hôtel.

14 h 19 : les pom­piers du CS Blanche inter­viennent sur feu de camion alle­mand trans­por­tant des fûts d’essence place de l’Opéra. Celle-ci est alors balayée par des rafales de tirs pro­ve­nant de l’avenue de l’Opéra et de la Kom­man­dan­tur, située au coin de la rue de la Paix.

14 h 40 : les pom­piers du CS Blanche inter­viennent au 6 rue de Cas­ti­glione (Ier arron­dis­se­ment) où sept véhi­cules alle­mands sont la proie des flammes ain­si qu’une phar­ma­cie. À l’approche de la
place Ven­dôme, les tirs pro­ve­nant de l’hôtel Meu­rice et de l’hôtel Conti­nen­tal en direc­tion de la rue de la Paix empêchent l’accès au véhi­cule de secours alors lais­sé à l’abri rue des Capu­cines. Pro­té­gés
par les arcades, les pom­piers effec­tuent une recon­nais­sance à pied, jusqu’à la rue du Mont-Thabor.

14 h 44 : les pom­piers du CS Saint-Hono­ré inter­viennent rue d’Alger pour l’extinction de trois véhi­cules alle­mands (un camion et deux voi­tures) en feu. L’incendie s’est pro­pa­gé sur les façades des bâti­ment avoi­si­nants. L’intervention s’effectue sous la pro­tec­tion d’un char de la 2e DB qui neu­tra­lise les tirs enne­mis venant d’une mai­son voisine.

14 h 54 : les hommes du CS Leval­lois inter­viennent pour l’extinction d’un feu sur un char de com­bat alle­mand face au 3 rue de Cas­ti­glione (Ier arron­dis­se­ment). Le feu résulte de la pro­jec­tion d’engins incen­diaires sur le char. L’extinction est ter­mi­née à 16 heures.

14 h 40 : les pom­piers du CS Bour­sault inter­viennent sur feu de camion alle­mand face au 2 rue d’Alger. Ce véhi­cule est char­gé de den­rées diverses et de munitions.

14 h 56 : les sapeurs-pom­piers des CS Leval­lois et Malar inter­viennent au 44 rue du Mont- Tha­bor pour un incen­die au deuxième étage des bureaux decom­mu­ni­qué par les véhi­cules alle­mands incen­diés dans la rue. Au coin de la rue de Rivo­li et de la rue Saint-Flo­ren­tin, un poste de secours est mis sur pied par le méde­cin-auxi­liaire Lacourt, du régi­ment des sapeurs-pompiers.

15 h 02 : les hommes du CS Rous­seau inter­viennent rue de Cas­ti­glione, à l’angle de la rue de Rivo­li (Ier arron­dis­se­ment), pour des véhi­cules alle­mands (che­nillettes, chars et voi­tures) en proie aux flammes. L’extinction s’effectue à l’aide de trois petites lances. L’opération est ter­mi­née à 18 h 55.

17 h 00 : les pom­piers du CS Blanche inter­viennent au jar­din des Tui­le­ries (Ier arron­dis­se­ment) où vingt-deux véhi­cules alle­mands sont en flammes. L’opération d’extinction dure trois heures pour se finir à 20 h 35.

À l’assaut de l’école militaire

Les chars de la 2e DB lancent l’attaque de l’École mili­taire vers midi.

14 h 30 : un déta­che­ment de 40 sapeurs-pom­piers com­man­dé par le capi­taine Sar­ni­guet, par­ti­cipe à la prise de l’École mili­taire aux côtés des sol­dats de Leclerc.

16 h 30 : au moment de la red­di­tion, le lieu­te­nant Mou­chon­net (CS Gre­nelle) fait pri­son­nier 122 sol­dats et six offi­ciers alle­mands. Ils sont conduits au quar­tier Dupleix.

19 h 15 : Le géné­ral de Gaulle arrive à l’Hôtel de Ville, en pro­ve­nance de la pré­fec­ture de Police. Les sapeurs-pom­piers par­ti­cipent au ser­vice d’ordre. Paris est libéré !

Credits

Montage : Matt Finance

2 réflexions sur “HISTOIRE — Les pompiers de Paris au cœur des combats de la libération”

  1. Lambert sebasrien

    Nous avons assis­té à la com­mé­mo­ra­tion de ce 75e anni­ver­saire de la libé­ra­tion de Paris sous la tour eif­fel et nous avions appris cet acte de cou­rage de la part de ces hommes qui sous le feu de l’en­ne­mi ont per­mis de his­ser les cou­leurs sur la tour eiffel.
    Nous n’ou­blie­rons jamais ??

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