L’ŒIL DU SP – Nouvelles motorisations : comment les éteindre ?

Au 1er janvier 2020, le parc roulant français s’élevait à 39 millions de véhicules (source : comité des constructeurs français d'automobiles - CCFA). Même si les motorisations classiques (diesel / essence) occupent 98 % du marché de l’automobile, les motorisations alternatives ne cessent de prendre de plus en plus de place dans le paysage automobile français. Pour la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, les conduites d’opérations sur ces types de véhicules sont particulières. Entre hybride, GPL, GNV, tout électrique ou hydrogène, ALLO DIX-HUIT pose aujourd’hui un regard technique sur l’extinction de ces véhicules.

VOUS AVEZ DIT «  HYBRIDE » ?

Les véhicules hybrides fonctionnent grâce à des énergies alternatives et/ou jumelées. Ils comprennent aussi bien les véhicules électriques, que les véhicules roulant au gaz, qu’il soit sous la forme liquide ou gazeuse. En résumé, tous les véhicules fonctionnant autrement qu’avec des énergies fossiles sont des véhicules hybrides. Aujourd’hui, chaque marque propose à la vente son modèle phare sous motorisation hybride. Zéro ou très faible émission en dioxyde de carbone et réduction des coûts liés au carburant sont les arguments-clés pour investir. Les véhicules en circulation offrent une diversité de modes de propulsion extrêmement vaste, associant de plus en plus souvent des énergies différentes. Lors d’un feu de véhicule, les intervenants doivent conserver à l’esprit que l’explosion d’un réservoir sous pression est le risque majeur. Plus le temps de combustion augmente, plus le risque augmente. Dans l’immense majorité des cas, une attaque immédiate à l’eau garantit une non-extension du sinistre. Lorsque les intervenants manquent de certitudes quant aux caractéristiques du véhicule sinistré, l’hypothèse de la présence d’un réservoir sous pression doit guider leur action.

RÉPARTITION DES VENTES EN FRANCE (2019)

NOUVELLES ÉNERGIES ? QUELS MODES D’EXTINCTION ?

LE GAZ DE PÉTROLE LIQUÉFIÉ (GPL)
Le GPL est composé d’un mélange de propane et de butane utilisé comme carburant automobile. Une voiture équipée du GPL est à bicarburation : elle comporte un réservoir essence et un réservoir GPL. C’est le réservoir essence qui est utilisé au démarrage, le temps que le moteur atteigne une température suffisante. Les deux réservoirs alimentent ensuite successivement le moteur du véhicule, en fonction des réserves de carburant disponibles. Équipé de deux réservoirs distincts, le véhicule GPL a une autonomie d’environ 1 000 kilomètres. Avec près de 1 650 stations-services réparties sur tout le territoire, le GPL est le carburant alternatif le plus largement distribué. Cette technologie n’est pas contraignante. En effet, lorsque le réservoir GPL est vide, le véhicule fonctionne comme n’importe quelle voiture essence.

ET SON EXTINCTION ?
Lors de l’extinction d’un feu de véhicule identifié GPL ou en l’absence totale de renseignement, la conduite à tenir est particulière. Il existe une tactique GPL (BSP 305.2), dont voici les principaux axes : après avoir établi un périmètre de sécurité d’au moins 50 mètres, l’attaque à privilégier se fait selon l’axe trois-quart avant par rapport au véhicule et selon la configuration des lieux. À l’aide d’une première lance, les intervenants doivent s’approcher et attaquer le feu par cet axe. Une seconde lance doit être établie afin de poursuivre l’extinction. Une attaque combinée des deux lances permet d’abattre les flammes puis de figer le risque. Une lance va se focaliser sur l’extinction du véhicule et l’autre sur le refroidissement du réservoir. Un réservoir GPL est équipé d’une soupape de sécurité qui limite le risque d’explosion. En revanche, elle peut créer un effet « torchère ». Il est important de ne pas souffler ces flammes qui pourraient créer des mélanges explosifs. Une fois le véhicule éteint, des contrôles doivent être réalisés au moyen d’un explosimètre et d’une caméra thermique.

LE GAZ NATUREL VÉHICULE (GNV)
Le GNV est un carburant de substitution écologique. Il possède de nombreux atouts environnementaux puisqu’il rejette 25 % de CO2 en moins par rapport à une voiture classique. Il n’émet pas non plus de substances nocives pour la santé. Le développement du GNV en France est très limité, se heurtant à un manque d’infrastructures et de stations dédiées (moins de 300) pour faire le plein. Le gaz naturel est stocké sous une pression de 200 bars dans le réservoir. Le démarrage du véhicule s’effectue impérativement et automatiquement à l’essence. Le système électronique pilote le passage au GNV quelques dizaines de secondes plus tard. De même, si la réserve de gaz est épuisée, le moteur reçoit à nouveau de l’essence. Du fait de la bicarburation, les voitures GNV peuvent indifféremment rouler avec l’un ou l’autre des produits.

ET SON EXTINCTION ?
En présence d’un feu de véhicule GNV, le chef d’agrès applique la même procédure que pour un feu sur véhicule léger GPL. Qu’elles soient directement exposées ou non, le refroidissement des bouteilles est impératif. L’utilisation du jet diffusé d’attaque permet d’éviter toute action thermique brutale. En cas de feu de bus au GNV, le chef d’agrès s’assure en outre auprès du machiniste que la coupure du contact a bien été réalisée et que la permanence générale de la RATP a été prévenue.

L’HYDROGÈNE
Un véhicule hydrogène est propulsé par un moteur électrique alimenté par une batterie rechargée par un système de production d’énergie électrique appelé « pile à combustible », dans lequel l’hydrogène joue le rôle de combustible. La pile à combustible est un générateur d’électricité qui utilise l’oxygène de l’air et l’hydrogène embarqué sous pression, et produit de l’eau, de la chaleur et de l’électricité. Principalement utilisé dans les domaines aérospatial et militaire comme carburant des fusées et de certains sous-marins, l’usage courant de l’hydrogène appartient plutôt au monde du transport. Le véhicule à hydrogène est dit « décarboné » pour sa motorisation qui n’émet pas directement de gaz à effet de serre. Toutefois, la production préalable de l’hydrogène consommé et l’énergie grise nécessaire à la fabrication du véhicule nuancent fortement ce qualificatif. La réalité de la décarbonation dépend de la manière dont l’hydrogène et le véhicule sont produits.

ET SON EXTINCTION ?
Lors d’un feu de véhicule à hydrogène, le chef d’agrès applique la même procédure que pour un feu sur véhicule léger GPL. Si le feu est naissant, l’attaque massive est privilégiée, tandis que si le feu est généralisé la tactique GPL est préconisée.

L’ÉLECTRIQUE
Un véhicule électrique possède un moteur électrique alimenté par une batterie, qu’il faut recharger. Différents systèmes de batteries ont été expérimentés et il semblerait que ce soit la batterie lithium-ion qui soit la plus efficace dans la mesure où elle paraît avoir une meilleure contenance énergétique, elle est plus légère et recyclable. D’autre part, ce nouveau type de véhicule montre une nouvelle caractéristique, celle de ne pas faire de bruit du tout, qu’il soit intérieur ou extérieur.
ET SON EXTINCTION ?
Toutes les batteries embarquées à bord des véhicules sont susceptibles de « s’emballer » et de prendre feu dès lors qu’elles sont suffisamment chauffées. La durée moyenne de chauffe nécessaire est d’approximativement 30 à 40 minutes. Actuellement, l’immense majorité des véhicules électriques est équipée de batteries lithium-ion. Les flammes dégagées sont claires et peu fumigènes, et la durée de combustion de ce type de batterie est supérieure à une heure si aucune extinction n’est entreprise. Pour l’attaque du véhicule, l’eau en grande quantité est préconisée afin d’atteindre l’intérieur de la batterie. Certains modèles équipés de batteries au lithium métal-polymère (LMP) présentent un risque supplémentaire. Leur combustion provoque un feu violent, très fumigène avec des flammes colorées et des projections de particules en fusion à plusieurs mètres. Noyer à l’eau la batterie LMP est proscrit, il faut donc réaliser l’extinction du véhicule et protéger les batteries saines restantes.

L'ŒIL DE L'EXPERT

Le sergent Jean Viala est le référent à l’échelle de la BSPP sur le domaine des véhicules roulants. De la trottinette au poids-lourd, en passant par les voitures, les trains et les scooters, le sergent Jean Viala, 37 ans dont quinze ans de service à la Brigade, est responsable de la formation et du maintien des acquis sur tout le domaine du secours routier. Le secours routier comprend aussi bien le feu de véhicule que la désincarcération.

Au centre de formation des cadres (CFC) depuis quatre ans, il sait de quoi il parle, « Etre référent dans ce domaine implique de se tenir au courant de tout changement et de toute nouveauté. C’est un travail de veille permanente ».
Curieux et passionné, il s’investit à fond dans sa mission. Par ailleurs, son travail implique une connaissance technique des nouvelles énergies. De son point de vue, les véhicules hybrides apportent des contraintes opérationnelles supplémentaires. Chaque véhicule hybride a sa particularité, il y a différents types de réservoir avec différentes contenances. « N’importe quel particulier peut transformer son véhicule en GPL. Si le véhicule n’est pas contrôlé conforme, le risque de défaillance du véhicule augmente, sa dangerosité s’accroît elle aussi. Lorsqu’un orifice de remplissage est caché, le risque est d’autant plus élevé. » La formation des pompiers de Paris est suffisamment complète pour éteindre la majorité des véhicules.

LE SAVIEZ-VOUS ?

À l’instar des professionnels du secteur, certains propriétaires souhaitent, eux-mêmes, modifier leur propre véhicule afin de réaliser des économies.
Ce type de modification dispose d’un cadre légal. Selon l’article R. 321-16 du Code de la route : « Tout véhicule isolé ou élément de véhicule ayant subi des transformations notables est obligatoirement soumis à une nouvelle réception. Le propriétaire du véhicule ou de l’élément de véhicule doit demander cette nouvelle réception au préfet ».
La transformation de l’énergie du véhicule est une transformation notable. Afin de prévenir tout problème, de sécurité, de nuisance ou de conformité environnementale liée à cette transformation, le véhicule doit être présenté à la direction régionale de l’industrie, de la recherche et de l’environnement (DRIRE) afin d’être homologué pour un usage sur route.

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CRÉDITS

Texte : CPL Jean Flye

Photos : DR

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