Feu d'immeuble de 4e famille

RETEX – 4e famille : les immeubles de tous les dangers

Un retour d’expérience (RETEX) nouvelle génération tente actuellement de combler certains errements provoqués depuis plusieurs décennies d'interventions sur les immeubles de 4e famille. Un recensement des pratiques qui fonctionnent bien et qui a permis de redessiner une nouvelle doctrine.

D’une hauteur comprise entre 28 et 50 mètres, ces immeubles à usage quasi-exclusif d’habitation ont vu leur implantation exploser dans les années 1950-60. Leur architecture moderne (pour l’époque) et leur capacité à loger un grand nombre d’habitants furent bien accueillies dans cette période des Trente Glorieuses, prospères démographiquement et économiquement.
Si ces immeubles étaient pour la plupart bien conçus et l’œuvre d’architectes ingénieux, ils n’ont pas eu pour autant une existence pérenne. Et certains ont été construits à la va-vite.
La vétusté de ceux n’étant pas détruits aujourd’hui en témoigne. Côté sécurité, notons que la réglementation incendie y était peu contraignante avant l’arrêté du 31 janvier 1986.

Un maximum de plans

Ce RETEX particulier n’est pas vraiment nouveau. Il est issue d’une période d’urbanisation massive des années 60-70 avant que les pouvoirs publics fassent marche arrière. Ainsi, dès la fin des années 80, certaines villes ont développé des plans d’urbanisation colossaux afin de détruire ces immeubles de 4e famille pour en construire de plus petits pour reloger les habitants. L’exemple le plus éloquent sur le secteur de la BSPP est celui de Clichy-Montfermeil où de nombreuses cités ont été détruites et ont fait place à des immeubles de 3e famille (1 624 démolitions, 2 111 reconstructions, 977 réhabilitations et 1 801 résidentialisations). Malgré cet énorme effort (un des plus grands plans d’urbanisme de France), des immeubles de 4e famille existent toujours et des incendies dramatiques continuent d’éclore.
Réglementation pas assez contraignante ? Manque d’entretien des co-propriétaires ? Certains bailleurs déficients ? Les questions restent souvent sans réponse.

Les immeubles d’habitation parmi les plus dangereux

Construits il y a plus de soixante ans, ces immeubles vieillissants n’ont souvent pas subi, par manque de budgets, les rénovations suffisantes pour pouvoir répondre aux normes de sécurité actuelles. L’effort étant souvent fait sur des travaux plus urgents : humidité, désamiantage, économie d’énergie et même esthétique. D’ailleurs, sur le plan de la réglementation, rien n’impose d’élever le niveau de sécurité.
Aujourd’hui, habitats sociaux par excellence, les familles les plus précaires s’y amassent faute de moyens suffisants. Confrontés à des comportements souvent inadaptés face aux incendies, les pompiers de Paris se retrouvent parfois face à des situations extrêmes qui peuvent mettre en péril leur sécurité.
À cela s’ajoute le difficile compromis entre sûreté et sécurité incendie et plus précisément les incivilités et la lutte contre le trafic de drogue. Pour lutter contre certaines nuisances, les habitants ou les bailleurs usent de stratagèmes pour satisfaire un besoin, sans se soucier de l’aggravation de leur propre sécurité en cas d’incendie. Citons par exemple, la fermeture de grilles d’accès aux toits, la dégradation ou la condamnation de colonnes sèches.

L’évolution de la doctrine

Certaines pratiques, autorisées au moment de la construction de ces logements, ont dû être gommées lors de la mise en place de nouvelles réglementations. En 1960, la loi autorisait les constructeurs à prévoir une évacuation des habitants par les toits, par des balcons filants et même par une trappe reliée à l’étage inférieur.
L’isolation thermique accroît également la difficulté. La condamnation pure et simple d’un escalier extérieur est un problème récurrent qui met grandement en danger les habitants. De même, la mise en place d’une isolation supplémentaire sur une ou plusieurs façades ou le changement de matériaux à certains endroits peuvent agir comme un conducteur accélérant la propagation du feu.

À cas non conforme, doctrine novatrice

Plusieurs RETEX ont été conduits afin de faire évoluer notre doctrine. Mais actuellement, le bureau de planification opérationnelle (BPO) souhaite aller plus loin et provoquer chez les intervenants une manne de propositions que nous avons peu l’habitude d’exploiter. L’idée a ainsi été de ressortir les vieux enseignements pour voir quelles évolutions pouvaient être apportées, quitte à être un peu novateur et répondre aux besoins au plus proche du terrain.
Mandat a été donné à trois compagnies de banlieue des trois groupements d’incendie de la BSPP (Clichy-sous-Bois, Créteil et Plessis-Clamart). L’idée consiste à utiliser les éléments du RETEX pour faire avancer la doctrine en épluchant les vieilles recettes, celles qui ne sont pas toujours contenues dans les manuels, mais qui ont été expérimentées sur intervention ou en exercice et qui ne semblent pas si surannées.
Il est même demandé d’aller plus loin et de s’inspirer des méthodes employées dans d’autres types d’habitats, comme les IGH. On utiliserait les ascenseurs de façon prioritaire pour monter le matériel ou encore, on autoriserait nos personnels à monter les étages veste ouverte afin de conserver une température corporelle adéquate en vue d’un un engagement intense à suivre. Des claies de portage, à l’image de ce qui se fait déjà dans la sécurité civile sur feu de forêt, pourraient voir le jour. La grille de départ des secours pourrait également évoluer : pourquoi ne pas envoyer un module ETARE systématiquement sur ce type d’habitat, puisque la plupart possède une mesure opérationnelle ?
À raison d’une fois par mois, les compagnies restituent leurs essais, leurs exercices, leurs expériences devant les SOI et le BPO. Et au final, elles rapporteront directement au général l’ensemble de leurs recherches.
De quoi alimenter une réunion à la richesse sur-dimensionnée ! Et pourquoi ne pas espérer un jour la naissance d’un BSP habitation…

Un peu de technique… et d’idées

Faut-il ouvrir la porte ?
Le conseil principal donné à la population est toujours : « Fermez la porte de chez vous ». Quand il s’agit de la circulation de l’appartement en feu, ce principe a pour finalité de conserver l’intégrité de l’ensemble de la cage d’escalier. La question se pose avec la nécessité d’ouvrir cette porte palière qui ne peut s’effectuer que lorsque les pompiers ont la parfaite maîtrise de la cage d’escalier (exutoire, ascenseur, moyen d’extinction prêt, coordination radio…). À ce titre, la lance haute pression ou la création d’une « chatière » en bas de porte peuvent s’afficher comme une solution à exploiter. Tout est histoire de coordination.

La gestion des reconnaissances
Dans un incendie développé et qui concerne un immeuble de cette taille, la priorisation des reconnaissances apparaît d’emblée comme une mission essentielle. Les premières indications du centre opérationnel (CO) permettent d’appréhender immédiatement la localisation du foyer : plus le feu est bas dans l’immeuble et plus il sera aisé de le combattre ; mais les reconnaissances seront très longues. Les premiers engins peinent à les organiser d’emblée. L’une des solutions envisagées pourrait être un engin pompe dédié uniquement à l’administration des reconnaissances : gestion/coordination des reconnaissances, récupération des clés, etc… À ce titre, le PRV apparaît comme un lieu précieux tout comme le concours des forces de police et des gardiens d’immeuble.

L’évolution des matériels
Gagner du temps et de l’efficacité oblige à une amélioration de nos outils actuels. Premier exemple, le tableau de gestion des reconnaissances doit être étoffé pour prendre en compte les spécificités de tous les bâtiments. Pour le compléter, un tableau spécifique de gestion des clés est en cours de conception et testé afin de simplifier son fonctionnement.
Côté aéraulique, l’arrivée prochaine sur intervention d’un ventilateur autonome sur batterie (type VAR) devrait apporter une plus grande souplesse dans la gestion des flux gazeux au plus près du sinistre.

Major Sylvain Roger

Nous attendons une remontée d’informations sur les bonnes pratiques accumulées depuis plusieurs années par les acteurs de terrain.
MAJOR SYLVAIN ROGER, adjoint au chef de groupe RCCI (Recherche des Causes et Circonstances des Incendies)
Mjr Sylvain Roger

Quels sont les bons réflexes qu’un sapeur-pompier doit avoir ?
Dans un premier temps, le sapeur-pompier doit s’appuyer sur les dispositions constructives et les moyens de secours existants. Il doit procéder à leur mise en œuvre tout en s’assurant de leur bon fonctionnement. Tout d’abord, une cage d’escalier, ça se protège ! L’encloisonnement de l’escalier par la fermeture de l’ensemble des portes (portes des circulations associées à leur ferme-porte, porte donnant sur le volume sinistré) est prioritaire. Ensuite, il doit procéder au désenfumage de cette cage d’escalier par l’action sur la commande et s’assurer par une équipe de la bonne ouverture. Enfin, il doit reconnaître les circulations horizontales afin de s’assurer qu’une propagation des fumées n’est pas entraînée par un mauvais fonctionnement du système de désenfumage.
Une fois cette première étape réalisée, il peut mettre en place un moyen hydraulique en eau et les moyens de la ventilation opérationnelle (ventilateur maître, VAR) avant toute action sur la porte du local sinistré.

Qu’attendez-vous de cette expérimentation que vous menez sur les immeubles de 4e famille ?
Nous attendons une remontée d’informations sur les bonnes pratiques accumulées depuis plusieurs années par les acteurs de terrain. C’est également un moment privilégié permettant d’étudier des innovations opérationnelles afin d’améliorer les conditions d’engagement dans ce type d’immeuble.

Les premiers résultats sont-ils concluants ?
Oui, grâce à la totale adhésion des compagnies tests mais également des bureaux métiers qui soutiennent les travaux en cours. Les problématiques rencontrées sur les immeubles de la 4e famille engagent la BSPP dans une constante évolution de ses procédures qui s’appuient sur une marche générale des opérations éprouvées. Cet effort a toujours été réalisé, le travail actuel en est une continuité.
Cette capacité à s’adapter dans un contexte de vieillissement de l’état de sécurité de ces immeubles permet d’être confiant pour l’avenir et la qualité de nos engagements.

CRÉDITS

Texte :

CNE Florian Lointier

Photos :

BSPP

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