RETOUR D’INTER – Feu d’entrepôt, un incendie peut en cacher un autre

À l’aube du dimanche 9 février 2020, les sapeurs-pompiers sont appelés pour un feu d’entrepôt de 1 200m² sur le secteur de La Courneuve (93). Ils rencontrent sur place de nombreuses difficultés. Notamment, la propagation rapide du sinistre à un immeuble mitoyen à usage d’habitation. Au total, plus de 200 soldats du feu seront mobilisés pour venir à bout de l’incendie.

Analyse d’une intervention singulière.

Il est quatre heures du matin lorsque le ronfleur gronde dans la caserne de La Courneuve. Les pompiers s’éveillent et identifient la sonnerie : celle du départ normal, soit deux engins-pompe et une échelle aérienne. Quatorze hommes quittent alors les chambrées, s’habillent rapidement, courent vers la remise et démarrent les engins. Parmi eux, le sergent-chef Loïc Guerrero passe au poste de veille opérationnelle (PVO) pour récupérer des informations. « J’apprends qu’une cinquantaine de personnes serait en cours d’évacuation, aux abords d’un entrepôt en flammes, explique-il. Un groupe incendie est envoyé en anticipation, ce qui laisse présager d’une intervention conséquente. » Les portes de la caserne s’ouvrent et les engins foncent dans la nuit : ça décale pour feu d’entrepôt.

Dans l’engin-pompe du sergent-chef, c’est l’effervescence. À l’arrière, les deux binômes s’équipent de leurs appareils respiratoires isolants (ARI). À l’avant, le chef de garde et le conducteur consultent leurs parcellaires. « Je connais cette partie de la ville. Il y a déjà eu des feux dans des entrepôts à proximité. Face à un incendie de cette ampleur, le réseau d’eau est sous dimensionné, souligne-il. Par ailleurs, sa localisation, à cheval sur deux secteurs, ne facilite pas la gestion des points d’eau incendie (PEI). » Afin d’anticiper le problème du réseau d’eau, le sergent-chef Guerrero prévoit une zone de déploiement initiale (ZDI) à proximité du sinistre, garantissant une alimentation efficace. En sortant du véhicule, les pompiers longent le complexe bâtimentaire et aperçoivent au loin les flammes. Deux immeubles à usage d’habitation, un R+2 et un R+3, avoisinent l’entrepôt. « Je découvre les habitants du R+2 attendant dans la rue : les policiers viennent de les évacuer, explique le sous-officier. Je remarque que cet immeuble a été rehaussé d’un étage en bois. » Une allée, située entre les deux immeubles, remonte jusqu’à l’entrepôt mais celle-ci s’avère impraticable pour les engins. En poursuivant leur route, les pompiers ressentent de fortes bourrasques de vent. « La tempête Ciara est attendue dans l’après-midi avec des vents à 150 km/h, décrit le chef de garde. Le souffle alimente déjà l’incendie et favorise les propagations. La météo joue contre nous. »

Un entrepôt enclavé

Le sergent-chef Guerrero et ses hommes remontent la rue et tournent à l’angle pour rejoindre l’adresse de l’entrepôt. Ils longent le R+3 qui donne sur la chaussée. « Le chef d’agrès du 1er engin-pompe sort de l’immeuble par la cage d’escalier la plus proche de l’entrepôt. Il me rend compte qu’une des habitantes les a conduits dans les étages. Les parties communes disposent de fenêtres donnant sur la jonction entre l’entrepôt et le R+2. Les équipes du PS ont préparé par anticipation une lance grande puissance (LGP) par cet accès. Je valide ce point d’attaque et précise l’objectif : lutter contre la propagation des flammes en toiture. » Malgré cette initiative, le chef de garde anticipe une évolution défavorable et demande un renfort incendie par radio. Alors qu’il rejoint l’adresse, là aussi, une cinquantaine de personnes stationne sur la route. Ce groupe organisait une célébration religieuse dans un petit local, mitoyen du sinistre. Après s’être assurés de son évacuation complète, les pompiers remontent l’allée et atteignent l’entrepôt enclavé pour avoir un aperçu global du sinistre et de ses risques de propagation.

Si la première LGP tente de sauvegarder le R+2, d’autres zones sont exposées. « Pour le moment, seuls deux-tiers de l’entrepôt brûlent. J’en déduis qu’un mur de séparation en béton doit couper l’avancée des flammes, explique le sergent-chef. La partie saine de l’entrepôt est mitoyenne au R+3, l’immeuble par lequel mes équipes attaquent déjà. Il faut protéger cette zone au risque de voir le sinistre s’étendre également à cet immeuble. » À l‘opposé, l’incendie menace d’autres entrepôts mitoyens et ses fumées brûlantes jalonnent un troisième bâtiment à usage d’habitation. « J’ordonne à mes équipes d’installer une seconde LGP de plain-pied afin de protéger les autres entrepôts. À ce stade, impossible de connaître les matériaux qu’ils hébergent. » En remontant l’allée, le sous-officier croise son conducteur d’échelle pivotante à nacelle (EPAN). « Je lui ordonne d’effectuer une marche arrière et de rentrer dans l’allée en prévision d’une alimentation pour une attaque de l’entrepôt », raconte-il.

Du feu d’entrepôt au feu d’immeuble

Le sous-officier retourne devant l’adresse, rejoint par l’officier de garde compagnie (OGC), le capitaine Jean Balmitgère, qui récupère les informations et prend le commandement des opérations de secours (COS). Malheureusement, l’action de la première LGP ne peut contenir les flammes : la toiture prend feu. Le capitaine décide de diviser l’intervention en trois secteurs. Le premier correspond à l’entrepôt et au bâtiment R+3. Le second, au bâtiment R+2, et un dernier pour les bâtiments d’habitation plus éloignés mais donnant également sur l’entrepôt. « L’effort se concentre prioritairement sur l’immeuble R+2, assure le capitaine. Je demande des renforts afin de pénétrer dans les cages d’escalier pour effectuer des reconnaissances et établir des lances. Une deuxième lance 1 000 est placée sur l’immeuble d’habitation R+ 3 afin de constituer une ligne d’arrêt au niveau de la toiture. »

 

Par la suite, le lieutenant-colonel Philippe Baillé, officier supérieur de garde (OSG), se rend sur place, assisté par le capitaine Alexandre Claeys, officier au poste de commandement tactique (PCTAC). Ils articulent l’ensemble des moyens pour endiguer l’incendie qui concerne à la fois un entrepôt et un immeuble d’habitation R+3. Afin de protéger la partie toujours saine de l’entrepôt, les équipes du camion désincarcération (CD) forcent la porte métallique donnant sur la rue. Une lance est établie afin de limiter les propagations des flammes à l’intérieur. Pour procéder à l’extinction, deux lances sont disposées sur l’EPAN et sur le bras élévateur aérien (BEA). Elles attaquent l’incendie en hauteur et de la mousse est employée. Une seconde porte métallique, donnant directement sur le sinistre, est aussi forcée par le CD. C’est le robot d’extinction, piloté par le groupe d’exploration longue durée, qui pénètre afin d’attaquer directement le foyer.

Une menace jusqu’au bout

Au niveau de l’immeuble d’habitation R+2, les équipes poursuivent les reconnaissances et cherchent à contenir le sinistre. Le groupe recherche et sauvetage en milieu urbain (RSMU) est déployé. Accédant au toit par les BEA stationnées dans la rue, ils essaient de créer une ligne d’arrêt pour empêcher le feu de toiture de s’étendre sur la totalité de l’immeuble. L’action cumulée des lances et des disqueuses ne peut néanmoins empêcher la propagation due aux combles non recoupés, aux vents violents et aux matériaux inflammables. Rapidement, l’ensemble du deuxième étage est en feu. Les pompiers doivent combiner les attaques par l’extérieur et par l’intérieur pour éteindre le sinistre.

Après presque six heures de lutte, le feu est finalement éteint. Pourtant, une dernière action doit être impérativement entreprise : « La toiture, brûlée et partiellement détachée, doit être déblayée avant l’arrivée de la tempête prévue dans l’après-midi, conclut le colonel Baillé. Le risque de chute de matériaux entraînant des accidents s’avèrant bien trop grand ». Le groupe RSMU est réengagé afin de procéder à la découpe et à la dépose de la toiture. Un travail long et fastidieux qui se prolonge toute la journée. Le groupe de reconnaissance et d’intervention en milieux périlleux (GRIMP) ainsi que les pompiers encore sur place viennent leur prêter main forte. Après huit heures de travail, la toiture est mise à nue. L’entrepôt est lui aussi déblayé grâce aux intervenants et à l’emploi d’une pelleteuse.

Chiffres clés :

  • Nombre de SP : 219
  • Nombre d’engins : 93
  • Moyens hydrauliques : 7 LGP + 10 LA
  • Victimes : 4 UR
  • Durée de l’extinction : 7 h
  • Durée totale de l’opération : 14 h

 

Points positifs / points négatifs

Points positifs :

  •    Une partie de l’entrepôt sinistré est protégée par un mur en béton.
  •    Le R+3, parallèle au R+2, propose des points d’attaque en hauteur via les cages d’escalier.

Points négatifs :

  •    Les vents violents annoncent l’arrivée de la tempête Ciara dans la journée.
  •    Le réseau d’eau est sous-dimensionné.
  •    Le R+2, mitoyen à l’entrepôt, dispose d’un étage en bois et de combles non recoupés.
  •    La voie longeant les immeubles est impraticable pour les engins.

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CRÉDITS

Texte : 1CL Maxime Grimaud

Photos : 1CL Matthieu Seclet

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