Feu d'immeuble Henri Mondor

RETOUR D’INTER – Feu d’immeuble à Henri Mondor

Dans la nuit du 21 au 22 août 2019, un incendie se déclare sur la commune de Créteil (94). Il embrase un immeuble, dans l’enceinte de l’hôpital Henri Mondor, et des propagations en série compliquent les opérations de reconnaissance et d’extinction. Plus de 300 sapeurs-pompiers se mobilisent et mènent l’attaque sur plusieurs fronts alors que les chaleurs estivales rendent l’intervention particulièrement éprouvante. Au terme de quatre heures de lutte, les soldats du feu parviennent finalement à éteindre le sinistre. Le bilan fait état d’une personne décédée avant l’arrivée des secours.

Danger sur la façade

Feu sur la façade d'un immeuble

Il est 22 h 30. Les pompiers du centre de secours Créteil rejoignent enfin leur caserne. Durant une heure en cette chaude nuit d’été, ils ont évacué une rame de RER sur Maisons-Alfort. Leurs engins reconditionnés, les lieutenants Vincent Gastaldello et Hervé Charlois, respectivement chef de garde et officier garde compagnie (OGC) regagnent leur domicile. À peine rentrés, le ronfleur sonne à nouveau. « Sur le coup, je pense repartir pour la gare de Maisons-Alfort, explique le chef de garde. Mais je me ravise en voyant, sur l’ordre de départ, l’adresse de l’hôpital Henri Mondor. Lors d’un précédent tour du secteur, les agents de sécurité nous avaient prévenus : leurs dispositifs de prévention sont performants, donc s’ils appellent, c’est pour un danger avéré ». Les lieutenants se croisent au PVO, le chef de garde rejoint son engin. Ça décale !

Partis avec un groupe ETARE, le premier-secours et le fourgon se dirigent vers l’hôpital, suivis de près par le VLR. Tout au long du trajet, les hommes se conditionnent à intervenir dans le cadre de la tactique IGH de type U, où chaque engin et chaque homme a un rôle précis à jouer.  En se présentant à l’adresse du poste central de sécurité (PCS), les personnels leur apprennent que l’adresse est erronée : le feu concerne, en réalité, un bâtiment du complexe hospitalier mais pas l’hôpital en lui-même. Le changement d’itinéraire est difficile : des travaux et un portique empêchent les engins-pompes de passer, impliquant un détour contraignant. Les difficultés commencent.

À l’arrière, ignorant les problèmes de ses hommes, l’OGC apprend sur les ondes l’envoi d’un groupe habitation. Le lieutenant Charlois émet deux hypothèses : soit le CO ne veut pas prendre de risque et envoie directement les renforts, soit l’incendie est particulièrement violent. Alors qu’il anticipe et liste une sectorisation pour une éventuelle prise de COS, il aperçoit les flammes venant d’un immeuble situé à proximité. « Avec mon VLR, je passe sous le portique, j’arrive donc le premier sur les lieux, sur la face arrière du bâtiment, précise l’OGC. Je vois le feu du septième au dixième et dernier étage. Je mets de côté la tactique IGH, comprenant la nature réelle de l’intervention. »

Par radio, l’officier explique que l’intervention concerne un immeuble de 4e famille, non un IGH. Malheureusement, des interférences l’empêchent de contacter son chef de garde. Il commence ensuite son tour du feu et analyse les quatre cages d’escalier, numérotées de A à D. Seule la C est embrasée, toutes les autres sont saines. « Depuis le bas de la cage d’escalier, j’aperçois un plafond de flammes au niveau du sixième étage. Pas un plafond de fumée, un plafond de flammes ! » En ressortant du bâtiment, il découvre des habitants paniqués qui se manifestent aux fenêtres de la façade arrière. Ils menacent de se jeter dans le vide et, étrangement, leurs appartements donnent sur la cage d’escalier B. L’OGC ordonne à son conducteur de récupérer le porte-voix du VLR pour les rassurer en attendant les renforts.

 

« Je demande renfort habitation »

Le PS et le fourgon atteignent l’adresse en même temps que le groupe habitation. « En posant le pied au sol, je vois quatre fenêtres allumées, explique le chef de garde. Je parviens à joindre par radio l’OGC qui m’informe de la situation. Je demande alors le renfort habitation ». Les conducteurs s’alimentent sur les hydrants pendant que les équipes partent à l’attaque de la cage d’escalier C. Le conducteur de l’échelle aérienne reçoit la mission de procéder aux sauvetages, à l’arrière du bâtiment. Le chef de garde rejoint lui aussi cette façade. Guidé par une habitante, il traverse le bâtiment par les sous-sols. C’est sur la façade arrière que les deux officiers se retrouvent. Ils s’échangent d’abord leurs informations respectives puis l’OGC prend le COS. Il demande deux engins pompes supplémentaires, le volume du renfort habitation étant suffisamment conséquent. Le chef de garde devient alors le chef de secteur de la cage d’escalier C. Des personnels de la sécurité le renseignent sur la localisation des fluides et sur leurs systèmes de coupure. Ils lui expliquent aussi que le bâtiment a des similitudes avec un immeuble de type haussmannien : le dernier étage n’étant pas recoupé, tous les appartements du dixième étage sont sur le même palier. Cette information explique pourquoi les sauvetages ont lieu sur la cage d’escalier B. L’échelle parvient à évacuer trois habitants mais des matières en ignition chutent vers les niveaux inférieurs. Face à ces propagations, le COS déploie ses renforts et organise la sectorisation sur les cages d’escalier et la façade arrière.

De son côté, le lieutenant Gastaldello et ses hommes partent à l’assaut de la cage d’escalier C. « Le feu est particulièrement violent, mes équipes s’alimentent sur la colonne sèche et éteignent le palier du septième étage, explique le chef de garde. Sur le même niveau, un appartement de 80 m2 est complètement embrasé. Nous devons à la fois éteindre l’appartement et les étages supérieurs. Malheureusement, un de mes binômes d’attaque trouve par la suite une personne carbonisée dans l’ascenseur, restée bloquée au septième étage ». Cette découverte renforce la volonté première du lieutenant : investir les derniers étages au plus vite ! À l’arrière, la façade de la cage d’escalier B s’embrase. Les matériaux enflammés tombent sur les balcons des niveaux inférieurs, particulièrement encombrés. Le feu s’étend, il pénètre désormais dans les appartements par les ouvertures et remonte le long des panneaux de façade. L’incendie qui démarrait par un feu d’appartement, devient un feu d’immeuble comprenant dix appartements. « Au vu des propagations et en prévision d’un nombre important de victimes, je demande quatre engin-pompes supplémentaires et un groupe médical en complément » explique l’OGC. Il se présente ensuite au lieutenant-colonel Guénanten, officier supérieur de garde du 2e groupement, qui vient d’arriver sur les lieux. Après le compte rendu, l’officier supérieur décide de prendre le COS.

échelle aérienne déployée sur la façade de l'immeuble en feu

« On tombe comme des mouches »

L’OGC devient le chef de secteur de la cage d’escalier C. Il rejoint le lieutenant Gastaldello qui le seconde à présent et ses hommes au huitième étage. L’installation d’établissements verticaux, via les fenêtres des cages d’escalier, favorise grandement l’avancée des pompiers. « Une de nos équipes évacue des habitants avec les cagoules d’évacuation, raconte le chef de garde.  Au fur et à mesure, nous parvenons à progresser jusqu’aux paliers suivants et nous attaquons l’appartement du huitième étage, embrasé par l’extérieur ». Des problèmes de fuites d’eau au niveau des colonnes sèches dégradent l’environnement de travail. Le sol et les tenues de feu sont trempés, ajoutant de nouvelles contraintes. De nombreux sapeurs-pompiers souffrent également de coups de chaud et de malaises. « On tombe comme des mouches ! décrit l’OGC. Il fait particulièrement chaud dans les escaliers et la période estivale accentue ce ressenti ». Les relèves d’attaque sont si nombreuses, qu’au moment d’envoyer une équipe au dernier niveau, le chef de garde se rend compte qu’il n’a plus assez de personnel pour créer une équipe de sécurité. « Je dois récupérer un équipier du CD pour créer un binôme de circonstance et les envoyer en reconnaissance ». L’équipe rejoint alors le dixième étage et trouve une famille qu’elle fait redescendre par les escaliers. Heureusement, les efforts sont payants.

À l’extérieur, les lances établies sur les MEA restent impuissantes face aux propagations verticales mais parviennent à enrayer les propagations horizontales. Leurs jets diffusés créent un brouillard d’eau. Celui-ci éteint les balcons sans modifier le sens du tirage afin de ne pas gêner les équipes engagées à l’intérieur des appartements. Des difficultés de communication compliquent néanmoins la tâche entre la PC et les chefs d’agrès. « On m’informe qu’un appartement au cinquième étage brûle, explique le lieutenant Charlois. Nous forçons la porte et … rien, l’appartement est sain ». Vu de l’extérieur, la perspective des niveaux prête à  confusion. Les premiers étages sont difficilement identifiables.

sapeurs-pompiers se reconditionnant sur la voie publique
Deux sapeurs-pompiers de Paris

Une lutte longue et éprouvante

Si la cage d’escalier C est en bonne voie d’extinction, le travail sur les appartements de la cage d’escalier B reste colossal : du troisième au dixième étage, à chaque palier, un appartement est en proie aux flammes. Fermés de l’intérieur, ils doivent tous être forcés pour accéder aux foyers. « Les moyens ont rapidement basculé de la C vers la B, analyse le lieutenant-colonel Guénanten. Il reste à éteindre chacun de ces logements et sept d’entre-eux occupent une surface de 70 m2 ».

L’officier demande régulièrement, au cours de l’intervention, des renforts afin de relayer les équipes d’attaque qui subissent encore, coups de chaud et malaises. « Au total, je demande douze engins-pompes pour anticiper ces difficultés ». Après une lutte longue et éprouvante, le COS annonce, sur les ondes, « feu éteint » à 2 h 47. Quatre heures d’intervention, trois sauvetages et huit mises en sécurité, réalisées sur dix appartements. L’intervention aura nécessité sept lances dont deux sur moyens élévateurs aériens. Les 314 pompiers sur les lieux auront forcé 54 portes et épuisé 96 bouteilles d’air. Le bilan définitif fait état d’un décès certain, de deux militaires du corps en urgence absolue et de sept personnes en urgence relative, dont trois militaires du corps. Au total, cinq soldats du feu ont subi les effets de la chaleur au cours de l’opération.

POINTS FAVORABLES

  • Période de vacances, entraînant un nombre réduit d’habitants dans l’immeuble.
  • Présence de fenêtres dans les cages d’escalier, permettant des établissements rapides par l’extérieur.
  • Action des lances sur MEA, limitant les propagations par l’extérieur, grâce à un brouillard d’eau.

POINTS DEFAVORABLES

  • Mauvais réflexe de l’occupant du premier appartement sinistré, sortant sur le palier et laissant sa porte ouverte
  • Difficulté d’accès liée à l’adresse erronée : « Hôpital Henri Mondor »
  • Architecture bâtimentaire complexe entraînant des difficultés de compréhension des différents niveaux
  • Balcons des appartements surchargés, vecteurs de propagations
  • Fuites d’eau des colonnes sèches dégradant l’environnement de travail
Croquis de l'intervention

Questions au LCL DAVID GUENANTEN

À votre arrivée, quels éléments vous poussent à prendre le COS ?

Plusieurs facteurs aggravants précipitent ma décision. Le sinistre concerne de nombreux secteurs : au total, dix appartements, deux cages d’escaliers et plusieurs niveaux. Les propagations par l’extérieur, montantes et descendantes, représentent un réel danger. Aucun renseignement précis sur les locaux, leur usage ou le nombre d’habitants ne nous parvient. Nous constatons également des difficultés de pénétration, les portes palières doivent constamment être forcées et la chaleur caniculaire épuise nos hommes.

Quelles sont vos priorités au cours de l’intervention ?

Il nous faut impérativement reconnaître les niveaux sinistrés, lutter contre les propagations et anticiper une évolution défavorable de la situation. Lors de l’un de mes tours de feu, j’observe plusieurs situations de malaise. Les fortes chaleurs en journée, la température élevée dans les cages d’escalier et l’intensité de la manœuvre plient nos hommes sous le coup de l’effort et de la chaleur. C’est ce dernier point qui me conduit à anticiper et à demander des moyens importants.

Existe-il un lien avec la nouvelle tenue de feu ?

En effet, la nouvelle tenue de feu est remarquablement efficace mais cette amélioration pousse nos sapeurs-pompiers à être encore meilleurs. Pour pallier l’exigence des nouveaux EPI, il nous faut accroître notre capacité à endurer l’effort. Et même en atteignant un niveau exceptionnel de préparation physique opérationnelle, l’effort, combiné aux conditions extrêmes de température, peut conduire à avoir rapidement du personnel inopérant. D’où la nécessité d’anticiper.

Votre anticipation s’est-elle avérée concluante ?

Dès que nous sommes « rentrés » dans le feu et après qu’il ait baissé en intensité, nous avons arrêté d’avoir des malaises. La demande finale s’est donc révélée un peu trop forte, mais justifiée par l’anticipation. J’ai sous-estimé la redoutable efficacité de nos sapeurs-pompiers.

commandant des opérations de secours

MESSAGES RADIO

Dans la nuit du mercredi 21 août au jeudi 22 août 2019, le centre opérationnel reçoit une demande de secours pour feu à l’hôpital Henri Mondor. Il engage aussitôt un groupe ETARE pour un feu d’IGH catégorie U. 

Mercredi 21 août 2019

23 h 16 : le lieutenant Charlois, officier de garde compagnie, annonce que l’intervention ne concerne pas l’hôpital Henri Mondor mais un bâtiment de 4e famille.

23 h 21 : le lieutenant Gastaldello, chef de garde au FA 2 de CRET, demande un renfort habitation.

23 h 25 : le lieutenant Charlois prend le commandement des opérations de secours et demande deux engins pompes.

23 h 27 : dans un message d’ambiance, le lieutenant précise que les secours sont confrontés à un feu d’immeuble à usage d’habitation de type 4e famille, dans l’enceinte du complexe hospitalier Henri Mondor. Il s’agit d’un bâtiment de logements de fonction du personnel R+10. Le foyer prend du sixième étage jusqu’au dernier niveau et de nombreuses personnes, menaçant de se jeter dans le vide, se manifestent aux fenêtres.

23 h 33 : une lance en manœuvre, plusieurs sauvetages et mises en sécurité en cours. Le lieutenant demande quatre engins-pompes et un groupe médical. Les reconnaissances se poursuivent.

23 h 46 : le lieutenant-colonel Guénanten prend le commandement des opérations de secours. Il demande le laboratoire central de la préfecture de police d’urgence et annonce la découverte d’une personne carbonisée.

Jeudi 22 août 2019

00 h 04 : le COS demande quatre engins-pompes.

00 h 27 : le COS demande une CRAC, un VRCP et trois engins-pompes. Trois sauvetages sont réalisés par les moyens élévateurs aériens. Deux mises en sécurité sont effectuées par les communications existantes. La police, électricité de France et gaz de France sont sur les lieux.

00 h 39 : le COS demande cinq engins-pompes et un VSAV.

01 h 29 : les secours sont maîtres du feu. Sept lances dont deux sur moyens élévateurs aériens restent en manœuvre. Le directeur de l’assistance publique des hôpitaux de Paris, le procureur de la république de Créteil et le commissaire de police de l’agglomération parisienne sont sur les lieux.

02 h 09 : le COS demande un PEV.

02 h 47 : le feu est éteint. Il intéressait dix appartements et quatre paliers. Sur la cage d’escalier C : un appartement de 80 mau septième étage, un appartement de 60 m2 au huitième et un palier de 5 m2  du septième au dixième étage. Sur la cage d’escalier B : un appartement de 70 m2 du troisième au neuvième étage et un appartement de 20 m2 au dixième étage. Le déblai et le dégarnissage sont en cours.

04 h 04 : le lieutenant-colonel Guénanten laisse le commandement des opérations de secours à l’officier de garde de la 17e CIS.

04 h 33 : le lieutenant Charlois demande un dispositif de surveillance.

05 h 55 : le bilan définitif fait état d’un DCD, de deux UA sapeurs-pompiers de Paris, de sept UR dont trois sapeurs-pompiers de Paris. Le laboratoire central de la préfecture de police est sur les lieux.

CRÉDITS

Texte : 1CL Maxime Grimaud

Photos : CCH Marc Loukachine

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