Mar­ving Esca­vo­caf —  — Modi­fiée le 13 sep­tembre 2022 à 03 h 08 

Grands formats — Depuis 1985, la Brigade assure les missions de secours d’urgence de Paris et sa petite couronne. En 37 ans, elle a connu de nombreux changements, notamment logistiques et matériels. Retour sur les avancées de l’institution en matière de secours à victime.

La police au secours des Parisiens

À Paris, la pro­tec­tion des biens et des per­sonnes n’a pas tou­jours été assu­rée par les sapeurs-pom­piers. En effet, pen­dant une grande par­tie du XXe siècle, la police était char­gée d’apporter les pre­miers secours aux citoyens en détresse. Retour sur 56 ans de bons et loyaux services.

Le 28 mars 1928, le pré­fet de police de Paris crée le Secours police. Des bornes télé­pho­niques implan­tées, envi­ron tous les 500 mètres sur la voie publique, per­mettent aux citoyens d’alerter les secours. Après la Seconde Guerre mon­diale, les pre­miers véhi­cules dotés d’un bran­card appa­raissent. À cette occa­sion, le ser­vice change de nom et devient Police secours. Par­mi ses mis­sions, la police assure donc la pro­tec­tion des biens et des per­sonnes jusqu’au milieu des années 80. Encore aujourd’hui, dans cer­taines régions de l’hexagone, les secours en mon­tagne ou en mer res­tent à la charge de la police.

1985 : la brigade prend le relai

Explo­sion à la suite d’une fuite de gaz : recherches dans les décombres, éva­cua­tion des bles­sés et confé­rence de presse

De 207 000 inter­ven­tions en 1984 à 300 000 départs en 1987, les effets de la sup­pres­sion de Police secours au pro­fit de la Bri­gade sont immé­dia­te­ment per­cep­tibles. Une aug­men­ta­tion qui s’est aujourd’hui sta­bi­li­sée avec 463 851 opé­ra­tions en 2021, mais avec 82,2 % d’interventions d’assistance aux personnes.

Avec cette muta­tion de l’activité, les véhi­cules, les maté­riels et les méthodes de tra­vail se sont adap­tés au fil du temps. L’objectif étant d’améliorer conti­nuel­le­ment la façon d’opérer des sapeurs-pom­piers de Paris.

En 1986, la Bri­gade ajoute à son parc rou­tier le pre­mier secours rele­vage (PSR) afin d’avoir à dis­po­si­tion un véhi­cule exclu­si­ve­ment dédié au secours à vic­time. Cet engin est armé par trois sol­dats du feu dont un conduc­teur et un chef d’agrès, au mini­mum sergent.

Deux ans plus tard, la BSPP apporte plu­sieurs nou­veau­tés dans ses gestes de pre­miers secours : la libé­ra­tion des voies aériennes supé­rieures se fait par la tech­nique des doigts croi­sés, la bas­cule pru­dente de la tête en arrière s’ajoute éga­le­ment aux gestes de sau­ve­garde du sapeur-pom­pier de Paris et la sonde d’aspiration buc­co-pha­ryn­gée vient com­plé­ter l’aspirateur à mucosité.

En 1990, une réforme du secou­risme est appli­quée au sein de l’Institution. Elle concerne direc­te­ment les méthodes opé­ra­tion­nelles et modi­fie par réper­cus­sion les pro­grammes de for­ma­tion et les tech­niques d’enseignement.

En 1993, le mas­sage car­diaque externe (MCE), ins­tau­ré à la BSPP depuis 1960, est rem­pla­cé par la car­dio-pompe. Cet outil, en expé­ri­men­ta­tion depuis novembre 1992, s’avère d’une grande effi­ca­ci­té. Aujourd’hui encore, il reste l’outil prio­ri­taire des sapeurs-pom­piers de Paris pour effec­tuer des com­pres­sions tho­ra­ciques sur un adulte en arrêt car­dio-res­pi­ra­toire.
Dans la même année, le défi­bril­la­teur semi-auto­ma­tique (DSA) fait éga­le­ment son appa­ri­tion. L’aspirateur à muco­si­tés, jusqu’à pré­sent manuel,
devient, quant à lui, élec­trique dès 2001.
Trois ans plus tard, le pre­mier secours rele­vage devient un véhi­cule de secours et d’assistance aux vic­times (VSAV). Le châs­sis est iden­tique, mais la der­nière ver­sion du Renault Mas­ter est venue rem­pla­cer l’ancienne.

Le mul­ti­pa­ra­mé­trique, de la marque Welch Allyn, débarque dans les engins au cours de l’année 2008. Cet outil mul­ti-fonc­tions, très utile pour la prise de constantes sur une vic­time, est rem­pla­cé en 2016 par un autre appa­reil plus sophis­ti­qué : le modèle Touch Seven, de la marque Schil­ler, qui fait désor­mais par­tie du maté­riel de base pour toute inter­ven­tion
de secours à victime.

Test de retrans­crip­tion du bilan médi­cal au moyen d’une tablette pour les chef d’a­grès VSAV

Aujourd’hui, les évo­lu­tions tech­niques sont nom­breuses, prou­vant que la Bri­gade reste tou­jours à la pointe de la tech­no­lo­gie en la matière.

Deux générations de sauveteurs

Lun­di 25 avril. C’est sous un ciel rayon­nant que l’adjudant-chef Jean-Michel C., est reve­nu au centre de secours Rous­seau (8e cie) où il a ser­vi dans les années 80. Pour l’accueillir lors de cette visite, le capo­ral-chef Cyril O., 7 ans et demi de ser­vice, affec­té dans cette même caserne depuis 2019. Un entre­tien amu­sant et enri­chis­sant où la nos­tal­gie a per­mis de faire le paral­lèle entre deux époques bien distinctes.

Com­ment êtes-vous aler­tés pour par­tir sur une inter­ven­tion de secours à vic­time ?
ADC : Dans les années 80, nous sommes aler­tés grâce au ron­fleur de la caserne.
CCH : Aujourd’hui, lorsque nous sommes affec­tés au véhi­cule de secours à vic­time, nous sommes tous équi­pés d’un Stra­da (sys­tème de trans­mis­sions de don­nées alpha­nu­mé­riques) afin d’être aler­té en cas de départ.


Avec quel engin par­tez-vous en prio­ri­té pour assu­rer cette mis­sion ? Quelle est sa com­po­si­tion ?
ADC : Au début des années 80, les inter­ven­tions de SAV (secours à vic­time) sont assu­rées par le four­gon ou le PSE (pre­miers secours éva­cua­tion). Dès lors que le ser­vice Police secours dis­pa­raît, le PSR, nou­veau véhi­cule, débarque dans les casernes pour inter­ve­nir exclu­si­ve­ment sur les inter­ven­tions de secours à vic­time.
CCH : En prio­ri­té, une inter­ven­tion à carac­tère SAV est assu­rée par un VSAV. Cet engin est com­po­sé du même équi­page que le PSR qu’ont connu nos aînés.

Quelle est votre tenue ves­ti­men­taire pour inter­ve­nir en SAV ? Est-elle accom­pa­gnée d’accessoires ?
ADC : La tenue F1 arrive vers 1984. Avant cette date, notre tenue se com­pose du pan­ta­lon de drap épais, la che­mise bleue claire, la cra­vate et le casque tra­di­tion­nel. Il faut d’ailleurs faire atten­tion à ce que le casque ne tombe pas sur la vic­time à cette époque (rires). Des radios sont fixées dans les engins pour com­mu­ni­quer. C’est au milieu des années 80 que nous nous retrou­vons dotés de moyens de liai­son por­ta­tifs.
CCH : Nous sommes vêtus de la tenue F1. Celle-ci peut-être com­plé­tée par d’autres élé­ments en fonc­tion du motif de l’intervention comme le gilet anti-agres­sion, la tenue bio­lo­gique ou encore la tenue de feu si nous par­tons sur un incen­die. Pour chaque inter­ven­tion, le chef d’agrès porte sur lui une radio por­ta­tive, un détec­teur de monoxyde de car­bone, un télé­phone por­table et une camé­ra embarquée.

Connais­sez-vous le nombre approxi­ma­tif d’interventions sur 24 heures ?
ADC : En moyenne, le nombre d’interventions est de six sur une garde de 24 heures au PSR. Quand Police secours dis­pa­raît en 1985, le nombre d’interventions aug­mente à une petite dizaine par jour, notam­ment sur la voie publique.
CCH : Nous fai­sons envi­ron une quin­zaine d’interventions sur une durée de 24 heures. Le deuxième VSAV, quant à lui, réa­lise entre 8 et 10 inter­ven­tions par garde.

Que pou­vez-vous dire au sujet du maté­riel ?
ADC : À cette période, nous avons peu de maté­riel à dis­po­si­tion. Nous pre­nons avec nous la cou­ver­ture, la valise d’oxygénothérapie ain­si que celle où se trouvent des pan­se­ments, des ban­dages et des canules de Gue­del. Si une vic­time est en arrêt car­dio-res­pi­ra­toire, le mas­sage car­diaque se fait à mains nues (MCE).
CCH : Pour chaque inter­ven­tion, nous des­cen­dons de l’engin le sac d’oxygénothérapie, le sac prompt-secours, l’aspirateur à muco­si­tés, le mul­ti­pa­ra­mé­trique “Touch seven” et la cou­ver­ture bac­té­rio­sta­tique. Pour un ACR, le mas­sage est réa­li­sé à l’aide de la cardio-pompe.

Com­ment se passe la trans­mis­sion du bilan avec la coor­di­na­tion médi­cale (CM) et le ser­vice d’accueil des urgences (SAU) ?
ADC : Nous contac­tons la coor­di­na­tion médi­cale par télé­phone. Il est d’ailleurs pos­sible à cette époque de com­po­ser un numé­ro depuis une cabine télé­pho­nique pour joindre la CM. À notre arri­vée au SAU, nous trans­met­tons le bilan à l’IAO (infir­mière d’accueil et d’orientation) puis nous lui lais­sons un dupli­ca­ta de notre fiche-bilan.
CCH : Depuis peu, les fiches-bilan en papier ont lais­sé la place à une tablette tac­tile appe­lée “E‑Fibi”. Grâce à cet outil, l’opérateur à la CM a déjà reçu tous les élé­ments de notre bilan au moment où nous le contac­tons. L’appel est bien plus court. Au SAU, il nous suf­fit de géné­rer un code sur la tablette à trans­mettre à l’IAO pour que cette der­nière le rentre sur son ordi­na­teur et retrouve toutes les données.

Que faites-vous à votre retour au CS ?
ADC : Nous réar­mons l’engin. Cette manœuvre est rela­ti­ve­ment rapide ; la quan­ti­té de maté­riel à notre dis­po­si­tion étant extrê­me­ment limi­tée. Une dés­in­fec­tion est réa­li­sée quand c’est néces­saire mais il n’y a pas de pro­to­cole bien pré­cis.
CCH : Nous réar­mons et net­toyons le VSAV. Si le véhi­cule est souillé par l’intervention, nous réa­li­sons une dés­in­fec­tion protocolaire.

Quelle for­ma­tion est néces­saire pour deve­nir chef d’agrès SAV ?
ADC : La com­pé­tence de chef d’agrès lors d’une inter­ven­tion de secours à vic­time est acquise pen­dant le cur­sus de for­ma­tion pour deve­nir sous-offi­cier. Dans les années 80, cette for­ma­tion se passe au CFC (centre de for­ma­tion des cadres) à Saint-Denis (93).
CCH : Il faut pas­ser le BRECCH (bre­vet de capo­ral-chef), une for­ma­tion de cinq semaines, éga­le­ment au CFC. Lors de ce stage, une par­tie des cours est don­née par des méde­cins et une semaine entière est dédiée au secours routier.

Info­gra­phie : 1CL Océane Dubarry

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