OHDN : de l’oxygène dans l’AR

Secours à victime — Nombre de pathologies sont responsables d’une baisse du taux d’oxygène disponible dans le sang, on parle alors d’hypoxémie. Pour y faire face, l’une des solutions peut être l’apport d’oxygène. Un dispositif ayant prouvé son efficacité en milieu hospitalier sera bientôt présent dans toutes les ambulances de réanimation de la BSPP : l’oxygénothérapie à haut débit nasal.

Myriam Jabal­lah —  — Modi­fiée le 4 mai 2021 à 04 h 02 

Avec un masque à haute concen­tra­tion et un débit d’oxygène à 15 l/​min, le patient res­pire avec un débit qui est supé­rieur à celui de l’oxygène admi­nis­tré. Ain­si, il se créé un mélange entre l’oxygène admi­nis­tré et l’air ambiant ne per­met­tant pas d’atteindre une frac­tion ins­pi­rée en oxy­gène de 100 %, appe­lée scien­ti­fi­que­ment FiO² à 1. Grâce à l’oxygénothérapie à haut débit nasal (OHDN), cet objec­tif est non seule­ment atteint, mais garan­tit en plus le confort du patient.

L’OHDN, com­ment ça marche ?
Les canules nasales à haut débit per­mettent l’administration d’oxygène réchauf­fé et humi­di­fié à des débits très éle­vés (60, voire 70 l/​min), supé­rieurs au débit res­pi­ra­toire du patient. À ces débits, il devient pos­sible d’atteindre une FiO2 à 1 indé­pen­dam­ment du sché­ma res­pi­ra­toire du patient. D’autres avan­tages ont été décrits avec l’OHDN : une baisse de l’espace mort ou une réduc­tion des résis­tances pha­ryn­gées par exemple. Comme le patient expire contre un flux d’oxygène, il existe éga­le­ment un léger effet de pres­sion expi­ra­toire posi­tive qui per­met d’éviter que les alvéoles, les sacs qui contiennent l’air dans les pou­mons, ne s’effondrent en fin d’expiration. Ces petits sacs res­tent alors ouverts, il existe donc des capa­ci­tés d’échange aug­men­tées éga­le­ment lors de la phase expiratoire.

Par ailleurs, abso­lu­ment essen­tiels à la réus­site du trai­te­ment, l’humidification et le réchauf­fe­ment des gaz inha­lés per­mettent d’éviter la for­ma­tion de dan­ge­reux bou­chons par assè­che­ment des sécré­tions liés à l’inhalation d’un gaz froid et sec à haut débit. L’humidification et le réchauf­fe­ment des gaz per­mettent un meilleur confort et une meilleure tolé­rance du trai­te­ment par le patient. Coté confort, l’interface entre la machine et le visage se fait via des lunettes nasales confor­tables, sou­vent mieux tolé­rées qu’un masque englo­bant le nez et la bouche. Ain­si, ces lunettes lais­sant la bouche libre, sont moins géné­ra­trices d’angoisse et per­mettent au patient de com­mu­ni­quer quand il le peut encore.

Le dis­po­si­tif d’OHDN néces­site un appa­reil per­met­tant l’humidification et le réchauf­fe­ment des gaz encore très consom­ma­teur en éner­gie et bran­ché sur le sec­teur. Il demande éga­le­ment des quan­ti­tés impor­tantes d’oxygène puisqu’une bou­teille de 5 litres à 200 bar est vidée en 12 minutes à 60 l/​min.

Bien­tôt à la BSPP
Depuis quelques mois, la divi­sion san­té pense à la mise en œuvre de l’OHDN à la BSPP pour la prise en charge des intoxi­ca­tions au monoxyde de car­bone. Il existe cepen­dant des défis logis­tiques majeurs liés à un usage extra hos­pi­ta­lier. Le pre­mier enjeu pour la divi­sion san­té consiste à conti­nuer d’évaluer les dif­fé­rents dis­po­si­tifs exis­tants sur le mar­ché afin de sélec­tion­ner le plus com­pa­tible avec l’activité spé­ci­fique au domi­cile des patients et pen­dant toute la phase d’évacuation vers l’hôpital. Ensuite, il devien­dra pos­sible d’envisager tout un panel d’études afin de mieux pré­ci­ser les indi­ca­tions per­ti­nentes d’utilisation en pré-hos­pi­ta­lier, les cri­tères d’éligibilité à cette tech­nique, les contre-indications…

39 rue Alphonse Karr — PARIS 19

Face au COVID-19
Si fort heu­reu­se­ment la majo­ri­té des cas de COVID-19 n’est pas grave et ne néces­site pas de sup­plé­men­ta­tion en oxy­gène, les équipes médi­cales ont pu obser­ver une désa­tu­ra­tion très impor­tante de cer­tains patients. La baisse de l’oxygène dans le sang n’étant pas suf­fi­sam­ment com­pen­sée par l’administration d’oxygène à 15 l/​min, il fal­lait donc poten­tiel­le­ment les intu­ber pour admi­nis­trer l’oxygène à une FiO2 1 avec un res­pi­ra­teur. Très vite, s’est donc posée la ques­tion de la dis­po­ni­bi­li­té des res­pi­ra­teurs à l’hôpital en cas d’afflux mas­sif de vic­times comme cela a été le cas en Ile-de-France. Par ailleurs, l’intubation des patients n’est pas dénuée de risques ni de com­pli­ca­tions à court ou moyen terme. Ain­si, dis­po­ser d’une alter­na­tive à l’intubation et aux res­pi­ra­teurs s’est avé­ré essen­tiel que ce soit d’un point de vue indi­vi­duel ou col­lec­tif. Plu­sieurs ser­vices hos­pi­ta­liers fran­ci­liens ont ain­si uti­li­sé l’OHDN avec suc­cès chez des patients atteints du COVID-19.

D’autres tech­niques, jadis réser­vées aux réani­ma­teurs à l’hôpital, sont main­te­nant pos­sibles en dehors de l’hôpital, comme la défi­bril­la­tion. C’est d’ailleurs bien l’idée sous-jacente au concept de la méde­cine d’urgence pré-hos­pi­ta­lière : ame­ner l’hôpital à la mai­son et dans la rue au plus près des patients sans pour autant retar­der leur éva­cua­tion vers les ser­vices spécialisés.


LE SAVIEZ-VOUS ?

Les ambu­lances de réani­ma­tion sont nées à la BSPP. Sous l’impulsion du pro­fes­seur René Noto, offi­ciant dans les années 70, les AR sont les pre­miers engins capables d’intervenir en urgence en pré-hos­pi­ta­lière. Juste avant la créa­tion des SAMU.
Une inno­va­tion fon­da­men­tale dont vous pou­vez retrou­ver le témoi­gnage racon­té par son créa­teur sur allo18-lemag.fr : WEB-SERIE – GÉNÉRAL NOTO par le MC PRUNET (épi­sode 14) : la nais­sance des AR


À LIRE AUSSI…

[ALLO DIX-HUIT] Lisez notre hors-série COVID-19 en ligne et en avant-première

GRAND FORMAT : Les avan­cées de la méde­cine d’urgence à la BSPP. En avant, marche !

WEB-SERIE : L’aventure des engins à la BSPP (épi­sode 3)

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