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SECOURS D’URGENCE AUX PERSONNES (SUAP) : l’état des lieux

Depuis quelques mois, le secours d'urgence aux personnes (SUAP) est LE sujet qui préoccupe la BSPP. Comment contenir l'activité en perpétuelle hausse ? Comment, malgré tout, conserver un niveau de réponse opérationnelle optimum ? Comment composer avec les conséquences ? Ce grand format va faire un point sur les raisons, les enjeux et les réponses pour enrayer ce phénomène en explorant toutes les phases d'une intervention de secours à victimes.

Un secteur en surchauffe

En 2017, la brigade de sapeurs-pompiers a réalisé 502 438 interventions, un chiffre en hausse de 5,21 % par rapport à 2016. Chaque jour, 1 376 interventions sont effectuées en moyenne, soit un départ toutes les 63 secondes. Il s’agit, en France métropolitaine, du ratio le plus important pour un SDIS. Le secours d’urgence aux personnes (SUAP) ne cesse de progresser et représente, au sein des unités opérationnelles, près de 81 % de leur activité, mobilisant significativement le personnel et les engins de l’Institution. Le schéma interdépartemental d’analyse et de couverture des risques (SIDACR) fixe le seuil d’acceptabilité du temps d’activité opérationnelle à 3 650 heures annuelles pour un VSAV : il est donc dépassé de 30 % ! On parle désormais de « sur-sollicitation » des équipages de premiers-secours, mais aussi du personnel œuvrant à la coordination médicale.

Cette croissance semble pourtant inéluctable compte tenu de l’évolution démographique et sociale de la plaque parisienne. En 2030, si les tendances observées jusqu’ici se vérifient, la région devrait compter 5,5 % d’habitants supplémentaires. Le développement des soins ambulatoires et du maintien à domicile, couplé au manque de place dans les structures hospitalières augmentent le risque de complication de l’état du patient au sein même de son habitat. De même, le délitement du tissu de médecine de ville de la région Île-de-France (- 18,7 % de généralistes actifs entre 2007 et 2016) entraîne immanquablement un report de charge, notamment sur les secours d’urgence, privilégiés pour leur gratuité et leur rapidité.

Le 24 janvier dernier, une enquête interne a été lancée pour permettre au personnel de la Brigade directement concerné par cet enjeu de s’exprimer. Un questionnaire de dix-sept questions fermées a ainsi été envoyé à l’ensemble des chefs d’équipes, d’agrès, de centres, les commandants d’unité ainsi que les opérateurs 18/112 et de la coordination médicale. Résultat : 1 522 personnes ont répondu ! Cette participation significative démontre que ce sujet est au cœur des préoccupations. L’ensemble des réponses et les quelque 2 600 commentaires libres ont été analysés et exploités par l’état-major. L’intensification des actions de communication et de formation envers la population, le nécessaire travail interservices et la facturation de certaines interventions font partie des propositions les plus évoquées.

Malgré de nombreuses remises à jour du modèle d’organisation, des moyens et de régulation de la Brigade, le système semble pourtant atteindre ses limites. Sans une action rapide et conjointe de tous les acteurs du secours de la région parisienne, la hausse se poursuivra pour les années à venir. Le commandement a porté ce sujet aux plus hautes autorités. Des inspections ont déjà eu lieu. L’analyse des résultats des différentes enquêtes impliquera des expérimentations et d’importantes décisions structurelles, voire doctrinales dans les mois à venir.

Quelques pistes

CO Suap

Les études menées par la section prévisions opérationnelles du BPO ont récemment permis d’identifier les causes majeures expliquant une telle augmentation :

L’accroissement de la population par département

Les prévisions des organismes en charge du suivi de l’évolution de la population associées à celles du Grand Paris Express (GPE) et aux projets de création de logements neufs prévoient une augmentation de 250 000 habitants entre 2017 et 2024 sur l’ensemble du secteur de compétence de la BSPP.

Cette hausse de la population entraînera mécaniquement une augmentation du nombre d’interventions. Des études scientifiques ont permis d’établir qu’en moyenne une hausse de population d’un résident génère une hausse du nombre d’interventions annuelles comprise entre 0,022 et 0,044.

Sur ces bases, la BSPP effectuera entre 5 500 et 11 000 interventions supplémentaires en 2024.

Le vieillissement de la population

En 2017, plus d’un tiers des interventions de secours d’urgence à personne (SUAP) de la BSPP concerne des personnes de plus de 65 ans. Or, en 2024, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans passera de 1,2 à 1,5 million. Cette hausse générera mécaniquement un surplus de 36 000 interventions en 2024 annuelles.

La paupérisation de la population

Le recensement de la population paupérisée ( sans domiciles fixes, etc.) s’avère difficile à établir. Les derniers recensements effectués tendent à montrer que cette population augmente et se concentre sur Paris et dans les communes limitrophes.

En prenant en compte le nombre de sorties de secours effectuées aujourd’hui au profit de cette population vulnérable, on peut estimer une hausse prévisible de 5 000 interventions supplémentaires en 2024 (soit 1000 de plus tous les ans pendant les 5 prochaines années).

Les défis sociétaux
L’arrivée prochaine du « Grand Paris », le plus grand chantier de constructions et de rénovations à l’échelle nationale de ces dernières décennies ne sera pas sans conséquences. Premier domaine impacté : le transport des voyageurs. Les 56 nouvelles gares, avec leurs 165 kilomètres de voies du « Grand Paris Express » impacteront 40 centres de secours. Les prévisions annoncent près de 730 millions de passagers par an.
En complément de cela, d’autres projets tels que les trois nouvelles gares EOLE, au niveau de la Porte Maillot, de La Défense et de Nanterre, ainsi que les 33 futures gares RATP prévues à l’horizon 2030 engendreront là encore, 730 millions de passagers.
Les différents autres chantiers SNCF vont permettre, quant à eux, d’accueillir 122 millions de voyageurs en plus et donc près de 800 départs de secours supplémentaires…
Dans les airs, le groupe ADP, anciennement Aéroports de Paris, prévoit de transporter non plus 97 millions, mais 107 millions de personnes qui transiteront dans les aéroports « Roissy-Charles-de-Gaulle » et « Orly ».
Le secteur du tourisme enfin, apportera lui aussi sa pierre à l’édifice et fera passer de 88 millions voyageurs en 2017 à 115 millions d’ici 2024 (hors Jeux Olympiques).

Ces projections laissent entrevoir une augmentation évaluée à près de 9 000 interventions annuelles supplémentaires.

De plus, l’objectif de porter les capacités d’accueil des touristes  à 115 millions  engendrera 1 400 interventions annuelles supplémentaires à échéance.

La prise en compte de l’ensemble des facteurs précités conduira à une augmentation de 50 000 et 70 000 interventions supplémentaires en 2025, soit une progression de 6 000 à 8 500 tous les ans.

En outre, les difficultés liées à la future couverture hospitalière, visant à regrouper et mutualiser un certain nombre d’emprises de l’APHP, provoqueront certainement des contraintes additionnelles, à savoir :

  • une augmentation des délais de transport des victimes et d’attente aux urgences ;
  •  une couverture opérationnelle dégradée ;
  •  une qualité de service rendue moins efficiente.

Parfaitement consciente de ces futures problématiques, la Brigade a déjà anticipé les conséquences de ces augmentations. De nombreuses mesures, tant sur le plan logistique que financier, auront un impact sur les ressources humaines et sur les infrastructures. Les décisions devront être entendues par les pouvoirs publics afin de maintenir l’excellence des actions de secours.

Interview Dr Bignand, médecin-chef

Service de pointe en médecine pré-hospitalière, au service des Parisiens et Franciliens du secteur BSPP, le bureau médical d’urgence (BMU) est en mesure de répondre constamment à l’urgence vitale.avec à sa tête, le médecin-chef Michel Bignand.

Docteur, à 51 ans et vingt-six ans de service, vous êtes aujourd’hui le médecin en chef du BMU, quel parcours avez-vous suivi avant d’assurer de telles prérogatives ?
Je suis médecin militaire, j’ai donc un cursus en conséquence. Bien que ma carrière fût majoritairement tournée vers la Brigade, j’ai tout de même eu la chance d’évoluer au sein du 13e DBLE à Djibouti, au 12e régiment d’artillerie puis comme médecin chef du 2e REI ou j’ai participé à des OPEX (NDLR : opérations extérieures) en Centrafrique et en Côte d’Ivoire. Malgré tout, l’Institution que je connais le mieux reste la BSPP. J’y ai occupé les postes de médecin-chef adjoint au 2e GIS, médecin-chef à l’UES Kourou et médecin-chef au 3e GIS, avant d’être affecté comme MC du BMU en 2014.

Alors que le nombre d’interventions pour secours à victime en France et particulièrement sur le secteur Brigade explose, quels outils, quelle stratégie, quelles solutions imaginez-vous ?
Nous abordons là le problème majeur actuel. J’irai même plus loin : si rien n’est mis en place rapidement, nous ne pourrons définitivement plus assurer toutes les demandes de secours à victime. Le modèle de la BSPP, initialement conçu pour traiter 450 000 départs par an, tous motifs confondus, est très sérieusement menacé avec plus de 502 000 interventions en 2017, dont 400 000 en secours à victime. Des mesures d’ampleur doivent être prises non seulement par nos soins, mais aussi et surtout en liaison avec nos partenaires du ministère de la Santé (ARS – SAMU). Plus concrètement, nous avons étudié et analysé différentes réponses opérationnelles possibles, agissant d’une part sur la diminution du nombre d’interventions, pour se concentrer sur celles relevant de l’urgence et d’autre part, sur la fluidité même de ces actions de secours.

Pouvez-vous nous en dire plus ?
Nous avons effectivement identifié plusieurs bras de levier. En interne, outre la mise en place de l’arbre d’aide à la décision pour les opérateurs du centre opérationnel, nous souhaitons étudier la possibilité d’étendre encore l’avis médical sur des appels reçu en STA. Sans jamais remettre en cause l’excellent travail des sapeurs-pompiers au sein de la plateforme d’appel, un médecin pourra, dans certaines situations, proposer une solution plus adaptée que l’envoi d’un VSAV : visite à domicile, consultation en point fixe, surveillance simple avec réévaluation à distance, voire une téléconsultation que certains acteurs privés commencent à proposer. Cela pourra se faire d’autant plus facilement que le développement de nouvelles solutions numériques permet d’activer certaines de ces ressources en quelques clics. De la même manière, une fois l’urgence exclue par un médecin, il est plus facile d’envisager un transport par taxi (conventionné ou non) ou par les propres moyens du requérant.
En externe, nous restons persuadés que le développement de l’activité des sociétés d’ambulances privées, qui assurent une grande partie des interventions non liées à nos actions de secours d’urgence, permettrait de maintenir notre qualité de réponse opérationnelle.
Un numéro et une plateforme d’appel et de crise unique, par exemple grâce à un rapprochement avec les quatre SAMU, reste la seule solution à la hauteur des enjeux auxquels nous devons faire face : complexité de la chaine des secours, croissance inexorable de l’activité, raréfaction des ressources médicales et financières.

Vous évoquiez aussi des évolutions quant à la fluidité des opérations de secours, ainsi qu’une meilleure prise en charge des victimes. De quoi s’agit-il concrètement ?
Dans la recherche de toujours plus d’efficacité, nous avons étudié la possibilité de réduire le temps passé par les chefs d’agrès à transmettre leur bilan vers la coordination médicale. En moyenne, le temps passé au téléphone s’élève à six minutes, dont trois à ne renseigner que des éléments administratifs. Tout cela donc au détriment des réelles informations médicales. Une tablette numérique directement connectée à la coordination permettrait non seulement un gain de temps énorme, mais aussi une mémorisation de certains renseignements, mis à disposition en cas de prise en charge ultérieure d’une même victime. Toujours dans l’univers du « connecté », l’application pour smartphone « Staying-alive », développée en partenariat avec la Brigade elle-même, permet désormais à nos opérateurs de faire appel aux « bons samaritains », géolocalisés proches d’une victime et disponibles avant l’arrivée des secours. Quand on sait l’importance de réaliser une RCP dans les premières secondes, en cas d’ACR, on comprend mieux son intérêt.

Est-ce suffisant ?
Non, il faut dès maintenant passer à l’étape suivante avec une application nationale et unique qui permette tout à la fois : l’alerte des bons samaritains, le référencement des DAE, le guidage des gestes de secours, l’alerte des citoyens en cas de crise et l’appel augmenté au secours (transmission d’images et de vidéo et de données médicales).

Et dans les VSAV ?
Le personnel armant nos VSAV est un véritable spécialiste de l’urgence, ultra-compétent et offrant un service quatre étoiles à toute victime. Nos chefs d’agrès qui disposent déjà d’une solide formation réalisent par exemple des électrocardiogrammes télétransmis. À terme, on peut imaginer des chefs d’agrès spécialisés, dédiés au secours à victime, avec une plus grande autonomie grâce à des compétences reconnues par un statut de secouriste avancé et un soutien médical au travers de nouveaux outils de télétransmission.
Il faudra redonner ses lettres de noblesse à la spécialité grâce à une filière « SUAP » attractive, évolutive et motivante pour le personnel ! Il faudra également la protéger de la sur-sollicitation, parfois à mauvais escient, qui impacte notre réponse opérationnelle et la motivation de notre richesse première : nos soldats.

 

Retrouvez l’intégralité de cette interview dans Allo Dix-Huit n°751 du mois de mai. Si ce n’est pas encore le cas : ABONNEZ-VOUS !

 

si rien n’est mis en place rapidement, nous ne pourrons définitivement plus assurer toutes les demandes de secours à victime.
MC Michel Bignand

Le traitement des appels

Pompiers j'écoute...

Le centre opérationnel, premier maillon de la chaîne

Pour répondre à la demande exponentielle d’interventions des secours, plusieurs niveaux de réponse ont été pensés et mis en place dès le premier maillon de la chaîne réunis sous appellation PFAU. La plateforme des appels d’urgences reçoit quotidiennement plus de 10 000 appels. Articulée en 2 niveaux : le niveau 1, la salle de réception des appels (SRA) et le niveau 2, la salle de traitement des appels (STA).

Premier filtre
Après avoir composé le 18, 112 ou 17, le requérant est immédiatement mis en relation avec la salle de réception des appels. Son interlocuteur est alors un fonctionnaire de police, un agent administratif de la préfecture de Police, ou encore un sapeur-pompier de Paris. Leur rôle : filtrer et orienter les appels à caractère non urgent, détecter la nature, qualifier le degré de l’appel d’urgence pour le transférer au niveau 2 STA. Sur 10 000 appels entrants, 40 % sont raccrochés volontairement par le requérant. Plusieurs facteurs expliquent ce phénomène : l’impatience des requérants, une erreur de numéro, un téléphone portable déverrouillé dans une poche qui appelle accidentellement les numéros d’urgence. Ce sont donc près de 6 000 appels qui sont décrochés par les opérateurs de niveau 1, ils suivent une procédure méticuleuse en deux temps. Une première question est posée et ne souffre aucune ambiguïté : « Quelle est votre urgence ? ». Il s’agit là de déterminer la nature de la demande. S’il s’agit d’une sollicitation non dévolue à la police ou aux pompiers, la personne sera conseillée ou réorientée vers les services compétents. En revanche, dans le cas d’un appel justifié, il s’agira de catégoriser la gravité. Dans le cadre du secours à victime et grâce à l’utilisation obligatoire d’un arbre d’aide à la décision, l’opérateur pose alors une seconde et dernière question : « La personne vous parle-t-elle ? ». En moins de 30 secondes, il doit être en mesure de réorienter l’appel, ou de le transférer aux opérateurs de niveau 2 avec le degré « urgent » ou « très urgent ». En fonction de la qualification du degré d’urgence, l’appel est priorisé vers le niveau 2 secours.

« Les pompiers j’écoute »
L’appel est maintenant entre les mains d’un opérateur de niveau 2 en salle de traitement des appels, du grade de caporal ou caporal-chef. Formé durant quinze jours, il doit être capable d’après les seules informations relatées par le requérant de lui assurer le plus rapidement possible la réponse adaptée à son besoin. Pour ce faire, lui aussi utilise un arbre d’aide à la décision d’une éminente précision, alimenté de 600 fiches décisionnelles. Dès la prise d’appel, l’adresse de la victime est la première information à recueillir. En cas de perte de la communication, les secours peuvent ainsi tout de même intervenir. Vient ensuite la description de l’état de la victime et des circonstances de sa détresse. Les antécédents médicaux, les traitements ou les signes aggravants ne doivent pas non plus faire l’ombre d’un doute. Les lieux, les codes d’immeuble, l’accès d’un véhicule et de son gabarit sont d’autres axes de recherche inhérents à l’opérateur. La nécessité d’envoyer ou non une équipe médicalisée revêt une importance capitale dans la prise en charge du secours à victime. Repose en effet sur les épaules de l’opérateur la responsabilité de mettre en adéquation la situation décrite et le choix du CMA le plus approprié à la situation en fonction des situations graves tels que les ACR, les opérateurs accompagnent les requérants à prodiguer le massage cardiaque à distance jusqu’à l’arrivée du premier moyen de prompt secours. Pour jauger au mieux cette multitude d’éléments cruciaux, le choix du commandement a été de privilégier la fonction d’opérateur 18/112 uniquement aux gradés et de préférence avec l’expérience de chef d’agrès VSAV.

CO SUAP

L’engin de prompt secours se présente...

Sur son ordre de départ, le chef d’agrès retrouve les informations essentielles retranscrites de manière succincte. Forts de tous les détails physiologiques, circonstanciels et géographiques que l’opérateur du CO a relevé, son équipage et lui se conditionnent avant même leur arrivée sur les lieux. Le conducteur emprunte le parcours le plus rapide grâce à sa parfaite connaissance du secteur, le chef d’équipe placé au milieu fait le point du matériel à emporter et des gestes qu’il devra immédiatement prodiguer, gestes qu’il répète quotidiennement. Le chef d’agrès quant à lui, prend de la hauteur, car au-delà de l’aspect technique qu’il commandera à ses hommes, il endosse dès lors une conséquente responsabilité. Et c’est là toute la difficulté. À la fin de son stage de cinq semaines d’un haut niveau de secourisme, un caporal devient caporal-chef, chef d’agrès d’un véhicule de secours aux victimes. Dès son départ du centre de secours, il est le garant de la sécurité de ses deux équipiers, de son engin, mais surtout celle de la victime jusqu’à sa prise en charge à l’hôpital. Le camion se gare et le conducteur balise son engin. Le chef d’agrès précise le matériel à apporter. Si chaque intervention est différente, le rôle de chaque membre de l’équipe est toujours le même. À moins d’une urgence vitale nécessitant des gestes de secours immédiats, un bilan complet est fait à la victime. Il est le reflet de son état de santé. La victime est examinée, les constantes vitales sont appréciées, les antécédents médicaux, avec le traitement médicamenteux en cours précisés, les circonstances de détresse clairement exprimées et les premiers soins prodigués. Le chef d’agrès peut désormais, à l’exception de certains cas (voir infographie cas de non contact, ci-contre), contacter la coordination médicale.

Retour au centre opérationnel mais coté médical cette fois, où opérateurs, infirmiers ou médecins valideront la suite à donner : conseil médical, contrôle des gestes effectués, aide et/ou validation de la prise en charge, renfort médical ou transport vers un milieu hospitalier le plus adapté à la pathologie. Comme dans la majorité des cas, les victimes sont transportées. C’est à l’arrivée à l’hôpital que la responsabilité du chef d’agrès envers celles-ci se rompt et est mise entre les mains de l’infirmière d’accueil et d’orientation des urgences. L’opération n’est pas encore terminée. Il faut maintenant rentrer au centre de secours, s’affairer à une méticuleuse désinfection de la cellule sanitaire et procéder, pour le chef d’agrès, à la rédaction du rapport d’intervention. Le véhicule de secours aux victimes, engin le plus sollicité à la BSPP tout comme le premier-secours, est désormais remisé et ainsi prêt à re-décaler.

La coordination médicale, des pompiers pour les pompiers

Interview du Dr Olivier Stibbe

MC BSPP SUAP

Questions au médecin-chef Olivier Stibbe, chef de la section coordination médicale du bureau médical d’urgence (BMU)

 

Avec plus de 1 100 appels reçus chaque jour, la coordination médicale de la Brigade est un pôle unique en France. Dans quelle mesure ?
La coordination médicale apparaît en effet comme une exception dans l’organisation des secours en France avec cette principale particularité : les sapeurs-pompiers sur le terrain parlent ici à des sapeurs-pompiers. Partout ailleurs sur le territoire, lorsqu’un engin pompier doit transmettre un bilan secouriste, le chef d’agrès entre en contact avec le SAMU territorialement compétent. Or, sur notre secteur de compétence interdépartemental couvrant près de dix millions d’habitants, la coordination médicale de la BSPP, tenue uniquement par des sapeurs-pompiers, va gérer de bout en bout la prise en charge des victimes.

Quels sont les fonctions et niveaux de responsabilité des opérateurs de coordination médicale (OCM) ?
L’OCM est d’abord un ancien chef d’agrès d’un VSAV (caporal-chef) ou un caporal ayant suivi une formation intense en matière de secours à victime. Il est donc en mesure de réceptionner tous les bilans non-urgents et de prendre un certain nombre de décisions, en intervenant dans un cadre d’autonomie précis. Outre le logiciel de saisie du bilan qui peut l’alerter sur des critères alarmants, son expérience et des fiches réflexes lui permettent de déterminer la suite à donner pour une victime. En cas de doute, il doit se tourner vers l’un des médecins de la plateforme et recueillir son avis et sa décision quant au devenir d’une victime.

Quelles autres missions le médecin de la coordination doit-il remplir ?
En tant que médecin, notre rôle est bien défini et nous sommes sollicités que lorsque cela devient nécessaire. Les opérateurs de la salle de traitement des appels nous sollicitent environ 250 fois par jour et nous transfèrent le requérant pour nous faire un avis rapide sur le caractère urgent ou non de la demande. C’est notamment le cas lors d’une douleur thoracique ou d’une crise d’asthme. Entendre la voix et le souffle de ces patients est un bon indicateur pour nous et permet d’envoyer le moyen le plus adapté à la détresse. A la coordination médicale, la réponse graduée que nous apportons permet un gain de temps et une logique dans la chaîne des secours. Environ 50 % des bilans qui parviennent à la coordination sont traités par la partie médicale. Outre ceux transférés par l’OCM en cas de doute, un chef d’agrès peut également contacter directement le médecin pour un bilan urgent. Et puis, ce chef d’agrès a la possibilité de le joindre en composant un numéro de téléphone dédié à la transmission d’un électrocardiogramme. Celui-ci est interprété en direct par le médecin qui l’aura préalablement demandé. Enfin, les médecins de la coordination médicale sont aussi en lien constant avec leurs collègues des quatre SAMU de l’AP-HP (75, 92, 93, 94).

Les opérateurs de la salle de traitement des appels nous sollicitent environ 250 fois par jour...
MC Olivier Stibbe

Les appels au 15

Les appels au 15 sont reçus par le centre de réception des appels du SAMU qui coordonne et régule l’utilisation des secours d’urgence en matière médicale de chaque département. Des assistants de régulation médicale, spécialement formés pour répondre aux appels et reconnaître une urgence, orientent les appels vers un médecin régulateur.

Chaque année, les SAMU- Centres 15 de l’AP-HP reçoivent près de deux millions d’appels. Le service d’aide médicale urgente, est un service public chargé de gérer les urgences à l’extérieur de l’hôpital en France.

Les missions
Définies par la loi du 6 janvier 1986 (décrets du 16 décembre 1987), les missions du SAMU sont bien plus larges que l’on pourrait le croire. Tout comme le centre opérationnel de la BSPP, les opérateurs ont la responsabilité de déterminer et déclencher dans les délais les plus rapides la réponse la mieux adaptée à la nature de l’appel. Elle peut aller du simple conseil médical à l’envoi d’une ambulance de réanimation et à la gestion d’une catastrophe. Tout en assurant une écoute médicale permanente, le SAMU organise le transport en milieu hospitalier par le moyen le plus adapté, veillant à la disponibilité des moyens d’hospitalisation publics ou privés dans le respect du libre choix des patients. Outre l’opérationnel proprement dit, ce service intervient également dans la formation aux urgences des professionnel de santé et participe à l’élaboration et au déroulement des principaux plans de secours.

Les ambulances de réanimation
La notion de régulation médicale des appels permet d’utiliser au mieux les moyens du SAMU. La majorité des appels parvenant au 15 peut se résoudre par un simple conseil ou l’envoi d’un médecin de garde. L’ambulance de réanimation (Unité Mobile Hospitalière ou UMH) est réservée aux cas les plus graves et aux détresses vitales.
L’AP-HP dispose de quatre SAMU-centres 15 :

  • – le SAMU 75, basé à l’hôpital Necker-Enfants malades à Paris ;
  • – le SAMU 92, basé à l’hôpital Raymond-Poincaré, à Garches ;
  • – le SAMU 93, basé à l’hôpital Avicenne, à Bobigny ;
  • – le SAMU 94, basé à l’hôpital Henri-Mondor, à Créteil.

Le SAMU de PARIS utilise une large gamme de moyens pour prendre en charge le patient ou le blessé là où il se trouve comme un médecin généraliste ou spécialiste (cardiologue, pédiatre, psychiatre…). Parfois une ambulance simple suffit à transporter le patient dans un établissement hospitalier. la prise en charge des patients les plus graves est effectuée par une ambulance médicalisée Unité Mobile Hospitalière (UMH). Elle permet par une équipe entraînée ayant à sa tête un médecin, le transport vers un service de réanimation adapté à l’état du patient. Il peut aussi faire appel à d’autres moyens si nécessaire comme des secouristes professionnels tels que les sapeurs-pompiers ou moyens associatifs, à la police ou encore aux services sociaux.

SAMU SUAP

Sapeurs-pompiers et SAMU, souvent ensembles sur le terrain

Les ambulanciers privés, autre partenaire

Sur le front du secours d’urgence aux personnes, les sociétés d’ambulances ont aussi leur part d’action. Nous avons rencontré M. Dominique Hunault, le président de la Chambre nationale des services d’ambulances (CNSA) qui nous décrit le paysage vu par les ambulanciers.

Dominique Hunault , président du CNSA répond à nos questions sans ambages

Vous pouvez retrouvez encore plus d’informations dans Allo Dix-Huit n°751 du mois de mai.

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CRÉDITS

Textes :

SCH Guillaume Casada, CCH Pauline Rossignol, CCH Ludovic Rosenstein et 1CL Myriam Jaballah

Photos et vidéos

BSPP

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