WEB-SERIE SPORT (2/​4) — La préparation physique du pompier de Paris

Préparation physique chez les pompiers de Paris

Web-série — « Pour entrer chez les pompiers de Paris, il faut être un sportif de haut niveau… » Pas si sûr. En revanche, avoir le goût de l’effort, l’envie de se dépasser, la volonté de progresser sont des valeurs intrinsèques de réussite dans cette profession. Mais alors quel rôle revêt le sport ? Tous les sports se valent-ils pour être efficace sur intervention ? Zoom sur une préparation physique singulière et reconnue…

CNE Flo­rian Loin­tier —  — Modi­fiée le 4 mai 2021 à 04 h 44 

Deux heures du matin. Après une belle jour­née de garde, le départ nor­mal reten­tit dans un centre de secours pari­sien. Le chef d’agrès du pre­mier PS indique aux sol­dats du feu de nom­breux appels… Le réveil dif­fi­cile est déjà oublié. L’équipage est atten­tif et sou­cieux d’arriver prêt sur cet incen­die. Déjà au bout de la rue, on voit les flammes et l’épaisse fumée noire s’échapper d’un immeuble de six étages. Le chef d’agrès com­mande à la pre­mière équipe une lance tan­dis que la seconde doit s’armer d’une échelle à cro­chet. Le conduc­teur n’est pas en reste : il devra redou­bler d’efforts pour ali­men­ter seul son engin. Pour toutes ces actions intenses, par­fois périlleuses et à exé­cu­ter avec grand pro­fes­sion­na­lisme, le pom­pier de Paris doit pou­voir se rac­cro­cher à un ensei­gne­ment quo­ti­dien : le tra­vail de sa condi­tion phy­sique. L’intervention, c’est l’heure de véri­té, c’est le moment où la popu­la­tion met­tra tous ses espoirs entre les mains des anges gar­diens de la capi­tale. Bien sûr, l’adrénaline pour­ra aider dans cer­taines phases dif­fi­ciles mais elle ne sera pas suf­fi­sante si l’effort n’a pas été consen­ti auparavant.

UNE CULTURE DE L’ÉPREUVE

La pré­pa­ra­tion phy­sique per­met de déve­lop­per le goût de l’effort indi­vi­duel et d’accentuer les valeurs de dépas­se­ment de soi, utiles à la rési­lience de cha­cun. Cela peut avoir un effet sur la moti­va­tion per­son­nelle et de sur­croît, un effet sal­va­teur pour le groupe. « Seul on va plus vite ; ensemble, on va plus loin », dit le célèbre pro­verbe. Et c’est en quelque sorte la clé de la réus­site de la BSPP.

Dès l’entrée au fort de Vil­le­neuve-Saint-Georges, la jeune recrue sera confron­tée à diverses épreuves : course à pied, trac­tions, par­cours pom­pier et l’épreuve mythique de la planche !

QUELLE PRÉPARATION PHYSIQUE ADOPTER ?

Le matin, lors du tra­di­tion­nel foo­ting, à la pis­cine de manière plus indi­vi­duelle ou chez soi durant les jours de repos, le pom­pier de Paris affine sa pré­pa­ra­tion phy­sique mal­gré des contraintes par­fois dif­fi­ci­le­ment lisibles : piquets, fatigue, tra­jets, épreuves spor­tives, exa­mens, vie per­son­nelle… Sans oublier les aléas des inter­ven­tions. Mais gare à l’intensité ! Bien se pré­pa­rer est une chose mais atten­tion aux excès de zèle, sinon le pom­pier peut se retrou­ver tota­le­ment inef­fi­cace sur inter­ven­tion. Ce qui serait contraire à son devoir d’efficience. Il est donc recom­man­dé au jeune qui arrive en com­pa­gnie de ne pas ten­ter de riva­li­ser avec les plus anciens. Il doit « sim­ple­ment » démon­trer les efforts qu’il pro­duit et pro­gres­ser avec régu­la­ri­té. Une atti­tude qui lui garan­tit une réus­site dans la durée.
L’activité de cross-trai­ning est un bon exemple. Ce sport com­plet et utile doit néan­moins être appré­hen­dé avec une dose d’intelligence de situa­tion. La com­bi­nai­son d’exercices ath­lé­tiques, de puis­sance et d’endurance demande beau­coup de constance pour sou­vent aller jusqu’à l’épuisement. Il convient donc de mini­mi­ser les risques de bles­sures liés à ce type de surentraînement.

Le foo­ting mati­nal est essen­tiel pour garan­tir un bon niveau de résis­tance à l’effort lors des mon­tées d’escaliers par­fois longues, l’alimentation d’un engin ou l’établissement d’une lance sur plu­sieurs étages. Il peut éga­le­ment avoir pour ver­tu de faire décou­vrir ou appro­fon­dir la connais­sance du sec­teur de com­pé­tence.
Les manœuvres font éga­le­ment par­tie inté­grante de la pré­pa­ra­tion phy­sique. Répé­ter inlas­sa­ble­ment les gestes jusqu’à obte­nir un auto­ma­tisme demande un mélange sal­va­teur d’efforts et de concen­tra­tion. Exer­cice dif­fi­cile mais essen­tiel à la qua­li­té des interventions.

ET SI L’ON QUITTAIT UN PEU LA CASERNE…

Les acti­vi­tés de cohé­sion sont très appré­ciables dans la vie du groupe. Alors, sor­tir du sec­teur pour par­cou­rir à vélo l’une des nom­breuses forêts d’Île-de-France, enchaî­ner sur un par­cours d’escalade, sans oublier un déjeu­ner cham­pêtre entre cama­rades, autant de moments d’évasion où l’esprit de corps, la fra­ter­ni­té et l’effort col­lec­tif se révèlent. Ces sor­ties garan­tissent un bol d’oxygène utile pour une bonne san­té phy­sique et psychique.

LA RÉCUPÉRATION : UN FONDAMENTAL SOUVENT OUBLIÉ

S’entraîner dur, se dépas­ser, oui mais sans oublier que la per­for­mance passe par un pilier essen­tiel : la récu­pé­ra­tion. Pas facile quand on vit sur le rythme érein­tant du sapeur-pom­pier. Et pour­tant, il faut durer aus­si bien sur le temps de garde, au cours d’une inter­ven­tion dif­fi­cile (recon­di­tion­ne­ment) que sur les nom­breuses années d’engagement. La récu­pé­ra­tion per­met au corps de gagner en mobi­li­té et en sou­plesse et de dimi­nuer les ten­sions mus­cu­laires et le stress. En somme, en aug­men­tant le poten­tiel phy­sique, on dimi­nue le risque de blessures.

Plu­sieurs études sur le som­meil ont été réa­li­sées au sein de la BSPP. Cela a per­mis d’évaluer la pré­va­lence des troubles du som­meil et leurs consé­quences sur les capa­ci­tés opé­ra­tion­nelles. In fine, les men­ta­li­tés changent et de bonnes pra­tiques se mettent en place dans les centres de secours. La pré­pa­ra­tion phy­sique, bien gérée, a de belles années devant elle : un corps vaillant pour un corps d’élite pérenne.

GRIMPER LA TOUR EIFFEL…

Expé­rience unique en son genre, la mon­tée de la tour Eif­fel sous forme de cor­dée est réser­vée aux ini­tiés : le groupe de recherche et d’intervention en milieu périlleux (GRIMP). Entre ascen­sion de la Dame de fer par l’extérieur, épreuve mythique de la poudre sus­pen­due à 80 mètres de hau­teur ou encore la des­cente en chute libre, les sen­sa­tions ne manquent pas. Le SCH Del­phine S., spé­cia­liste du GRIMP, nous donne sa perception.

Quelle sen­sa­tion avez-vous éprou­vée lors de votre pre­mière ascension ?

Ma pre­mière ascen­sion de la tour Eif­fel a mélan­gé exci­ta­tion et doute. Exci­ta­tion de par la sym­bo­lique qu’elle repré­sente. Monu­ment his­to­rique de la capi­tale et site tou­ris­tique de pre­mier plan, son ascen­sion par sa struc­ture exté­rieure n’était pas phy­si­que­ment inac­ces­sible mais cette pra­tique reste limi­tée. Donc, il y avait de l’excitation d’avoir cette oppor­tu­ni­té unique dont je mesure la qua­li­té. Mais le doute était éga­le­ment pré­sent car il s’agit d’une ascen­sion encor­dée dont la moindre inat­ten­tion de ma part aurait eu des consé­quences pour les autres. Cela m’a deman­dé de faire preuve de confiance en moi et dans mes com­pa­gnons de cor­dée. C’est fina­le­ment un sen­ti­ment de fier­té et de satis­fac­tion que j’ai res­sen­tis une fois cette pre­mière ascen­sion faite.

La mythique épreuve de la poutre a‑t-elle été un obs­tacle de taille à affronter ?

L’épreuve de la poutre reste un obs­tacle redou­té lors des sélec­tions GRIMP car, à l’instar des autres épreuves, nous ne vou­lons pas échouer. Située au pre­mier étage de la tour Eif­fel, elle demande équi­libre, agi­li­té et confiance. Lors de mes tests, nous pas­sions cette épreuve au petit matin, après une nuit dans les cata­combes. Les treillis mouillés, il a fal­lu davan­tage contrô­ler les trem­ble­ments des genoux liés au froid qu’à la peur de chu­ter. Mais c’est une belle satis­fac­tion de réus­sir l’aller-retour avec le petit plus de sen­tir les pre­miers rayons du soleil tra­ver­sant le maillage de la Dame de fer.

Que vous apporte, d’un point de vue opé­ra­tion­nel, cet exer­cice de mon­tée de la tour Eiffel ?

Lors des sélec­tions GRIMP, je trouve que les exer­cices pra­ti­qués sur la tour Eif­fel sont des bons moyens de tes­ter les can­di­dats sur plu­sieurs facul­tés intrin­sèques telles que l’appréhension du vide, l’agilité et la dex­té­ri­té. La dimen­sion opé­ra­tion­nelle prend son impor­tance lorsque l’on intègre la spé­cia­li­té car ce sym­bole le pari­sien, site sen­sible lors d’interventions de tout genre, devient un réel outil indis­pen­sable à la pré­pa­ra­tion opé­ra­tion­nelle du per­son­nel du GRIMP.


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Credits

Photos : BSPP

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