WEB-SERIE SPORT (3/​4) : Bien vivre sa pratique sportive avec les pompiers de Paris

Pompiers de paris en cross

Web-série — Pratique sportive, préparation physique, performance, résistance à l’effort, blessures, récupération, alimentation, boissons énergétiques ou compléments alimentaires autant de sujets abordés avec le médecin en chef Nicole Jacques du bureau santé et prévention. Elle suit les sportifs de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris depuis dix-sept ans. Son expertise dans le domaine est incontournable. Nous sommes allés lui poser toutes nos questions sur la pratique sportive en toute sécurité.

La rédac­tion Allo18 —  — Modi­fiée le 4 mai 2021 à 04 h 16 

En termes de pra­tique spor­tive, quelles sont les mis­sions de votre bureau ?
Elles concernent la méde­cine de soin et de pré­ven­tion. Nous assu­rons une veille régle­men­taire, sommes à l’origine des direc­tives, recueillons des don­nées sta­tis­tiques sur l’activité médi­cale au pro­fit des pom­piers, nous gérons les frais de soin inhé­rents aux acci­dents en ser­vice. Le Bureau San­té et Pré­ven­tion (BSP) com­prend une sec­tion médi­co-psy­cho­lo­gique, une sec­tion méde­cine de pré­ven­tion et une sec­tion vété­ri­naire. Pour résu­mer, le BSP s’assure de la bonne san­té des pom­piers pour que celle-ci per­dure dans le temps, notam­ment dans la pra­tique du sport.

Quels sont les sports les plus pra­ti­qués à la Bri­gade ?
Le Bureau Ingé­nie­rie de la For­ma­tion (BIF) est à l’origine de la doc­trine qui défi­nit les sports pou­vant être ensei­gnés et pra­ti­qués à la BSPP. Cette der­nière les regroupe en trois caté­go­ries : les acti­vi­tés phy­siques fon­da­men­tales (course à pied, mus­cu­la­tion, nata­tion et gym­nas­tique), les acti­vi­tés spé­ci­fiques (par­cours sapeurs-pom­piers, course d’orientation, sau­ve­tages aqua­tiques ou méthode natu­relle) et les sports col­lec­tifs. Les sports les plus pra­ti­qués, notam­ment en ser­vice incen­die, sont la course à pied, la mus­cu­la­tion et la natation.

Et quels sont ceux qui pro­voquent le plus de bles­sures ?
Les sports col­lec­tifs sont à l’origine de nom­breuses bles­sures. Outre le risque de séquelles, elles peuvent pro­vo­quer une indis­po­ni­bi­li­té de ser­vice par­fois longue, voire une inap­ti­tude défi­ni­tive au ser­vice incen­die. Le rug­by et le foot­ball sont sources de nom­breux trau­ma­tismes : crâ­niens, rachi­diens et des épaules pour le rug­by, des genoux pour le foot­ball avec notam­ment des entorses graves avec rup­ture des liga­ments croi­sés. Pour dimi­nuer au maxi­mum les risques encou­rus, le com­man­de­ment de la Bri­gade auto­rise la pra­tique des sports col­lec­tifs uni­que­ment le week-end en ser­vice incen­die et une fois par semaine pour les per­ma­nents. La course à pied peut être res­pon­sable d’entorses de che­ville et la gym­nas­tique d’atteintes des membres supérieurs.

Avez-vous des conseils pour les évi­ter ces bles­sures ?
C’est avant tout une ques­tion de bon sens et de qua­li­té de vie. Le plus impor­tant demeure dans le res­pect des périodes d’échauffement et de récu­pé­ra­tion. Il faut éga­le­ment s’adapter aux condi­tions cli­ma­tiques ; le froid par exemple dimi­nue nos per­for­mances et notre méta­bo­lisme devient plus fra­gile. À ce moment-là, le risque de bles­sures est accru. Il est conseillé de bien s’hydrater sur­tout en période de forte cha­leur. Il convient donc de res­pec­ter une pro­gres­si­vi­té dans l’effort mais éga­le­ment d’individualiser l’entraînement. Le sport doit être pra­ti­qué régu­liè­re­ment en res­pec­tant des consignes de sécu­ri­té avec un enca­dre­ment de qua­li­té. Enfin, pour qu’un spor­tif soit per­for­mant, il doit offrir à son corps une hygiène de vie saine. Cela passe par une bonne ali­men­ta­tion et un som­meil répa­ra­teur. J’ajouterai même que faire du sport en étant malade est à proscrire !

Et quand sur­vient la bles­sure ?
Il faut en per­ma­nence être à l’écoute de son corps. Dès la pre­mière alerte, le sapeur-pom­pier doit consul­ter un méde­cin. Une fois le diag­nos­tic posé, les pres­crip­tions médi­cales doivent être res­pec­tées. S’aménager un temps de repos et ne pas rac­cour­cir la durée d’arrêt de sport conseillée per­met­tront d’éviter les séquelles et les réci­dives. Ensuite, une reprise pro­gres­sive de l’activité phy­sique évi­te­ra une nou­velle blessure.

Le sport est-il indis­pen­sable au sein de notre métier ?
Évi­dem­ment, il per­met à nos sapeurs-pom­piers de pro­té­ger leur san­té, de déve­lop­per des capa­ci­tés phy­siques indis­pen­sables pour l’activité opé­ra­tion­nelle. Ce fut le cas récem­ment lors de l’incendie de la rue Erlan­ger, deman­dant à nos sau­ve­teurs un dépas­se­ment de soi excep­tion­nel lors des sau­ve­tages à l’échelle à cro­chets… Le sport per­met aus­si une cer­taine cohé­sion. Contrai­re­ment à ce que l’on pour­rait croire, le métier de sapeur-pom­pier demande des ath­lètes agiles, endu­rants et souples avec un bon sens de l’équilibre et une masse mus­cu­laire pas trop déve­lop­pée car elle pour­rait deve­nir un handicap.

Le cross fit est à la mode à la Bri­gade. Est-il com­pa­tible avec notre métier ?
Ce sport est inté­res­sant car il est très ludique mais c’est un sport à haute inten­si­té phy­sique avec des périodes de récu­pé­ra­tion active ; il est à évi­ter lors des séances de sport en caserne pen­dant une garde. Par ailleurs, la répé­ti­tion inten­sive d’un même mou­ve­ment dans un temps limi­té peut géné­rer des bles­sures. À la suite de ce type de séance, le pom­pier est extrê­me­ment fati­gué. S’il décale sur une inter­ven­tion lui deman­dant des efforts consi­dé­rables, son rythme car­diaque et sa tem­pé­ra­ture cor­po­relle seront déjà éle­vés, aug­men­tant le risque car­dio-vas­cu­laire et le risque d’hyperthermie. C’est d’ailleurs aus­si le cas lors d’une séance de fractionné.

Chez les spor­tifs, les com­plé­ments ali­men­taires ont la cote. Leur uti­li­sa­tion est-elle fré­quente à la Bri­gade ?
Il faut savoir qu’une ali­men­ta­tion nor­male couvre 99% des besoins nutri­tion­nels néces­saires à un spor­tif, même de haut niveau. Une étude a été menée sur la consom­ma­tion de com­plé­ments ali­men­taires à la Bri­gade en 2016. Elle a révé­lé en effet que cer­tains pom­piers sont des consom­ma­teurs régu­liers de ce type de sub­stances. Cer­tains com­plé­ments n’ont tou­te­fois pas les effets escomp­tés. Par exemple, les acides ami­nés, cou­ram­ment uti­li­sés pour favo­ri­ser la prise de masse mus­cu­laire, ne sont effi­caces que consom­més avec des pro­téines. Les miné­raux, les oli­go-élé­ments et vita­mines consom­més en excès peuvent être délé­tères pour la san­té. La spi­ru­line peut pro­vo­quer des hépa­tites. La créa­tine n’a que peu d’intérêt. Elle n’est effi­cace seule­ment pen­dant les trente pre­mières secondes d’un effort intense. Les méde­cins de la BSPP, assu­rant les consul­ta­tions au sein des centres médi­caux de grou­pe­ment, sont for­més à la méde­cine du sport et pos­sèdent de bonnes connais­sances en nutri­tion. Tout mili­taire peut s’en rap­pro­cher afin d’être gui­dé sur toutes ces ques­tions de com­plé­ments ali­men­taires, notam­ment sur la consom­ma­tion de pro­téines. Elle peut être utile en fonc­tion du sport pra­ti­qué notam­ment en phase de récu­pé­ra­tion avec des glu­cides mais consom­mée en excès, elle peut entraî­ner une prise de poids avec sur­charge rénale et hépatique.

Une ali­men­ta­tion nor­male couvre 99 % des besoins nutri­tion­nels d’un spor­tif, même de haut niveau…

Dr Nicole Jacques

Quels types de com­plé­ments ali­men­taires doit-on favo­ri­ser ?
Il faut faire très atten­tion. Les com­plé­ments ali­men­taires n’étant pas consi­dé­rés comme des médi­ca­ments mais comme des den­rées ali­men­taires, ils peuvent être mis sur le mar­ché sans garan­tie d’efficacité contrai­re­ment aux médi­ca­ments.
Les pro­duits conseillés doivent être conformes à la norme fran­çaise Afnor NF V94-001, qui garan­tit la pro­pre­té des pro­duits ou au label Sport Pro­tec qui garan­tit la non-conta­mi­na­tion par des hor­mones sté­roï­diennes. Il faut être vigi­lant quant à la pro­ve­nance des pro­duits et se méfier des achats sur internet.

Et les bois­sons éner­gé­tiques ? Pen­sez-vous qu’il est utile d’en boire ?
Tout d’abord, il y a une dif­fé­rence entre les bois­sons éner­gé­tiques et les bois­sons éner­gi­santes. Ces pre­mières sont inté­res­santes dans l’hydratation et dans la récu­pé­ra­tion après un effort spor­tif. Les deuxièmes contiennent un taux impor­tant de caféine, voire de tau­rine, et ne pré­sentent aucun inté­rêt pour le sport. Elles peuvent même être dan­ge­reuses car elles peuvent pro­vo­quer des acci­dents car­dio-vas­cu­laires. Pour une réhy­dra­ta­tion effi­cace, le pom­pier peut se pré­pa­rer lui-même sa bois­son. Nous conseillons une solu­tion à base de jus de fruits com­po­sée de jus de rai­sin dilué dans de l’eau avec un peu de sel.

Quels sont les effets de la ciga­rette et la bière après le sport ?
Au BSP, nous inci­tons aux sevrages taba­giques. Les pom­piers étant déjà très expo­sés aux fumées d’incendie, il est inutile et dan­ge­reux de subir éga­le­ment le toxique de la ciga­rette. Après le sport, fumer peut pro­vo­quer des spasmes coro­na­riens, appe­lés aus­si « infarc­tus du ves­tiaire ». La bière est aus­si for­mel­le­ment contre-indi­quée. Tou­te­fois, on assiste sou­vent à des dis­tri­bu­tions de bières fraîches à la fin de courses à pied. L’alcool étant diu­ré­tique, les cou­reurs fati­gués qui en absor­be­ront seront d’autant plus déshy­dra­tés. La bière est une très mau­vaise bois­son de récupération !

Quels sont les moyens mis en place par votre bureau pour sen­si­bi­li­ser les pom­piers ?
La Bri­gade s’est ins­crite dans la démarche du « Mois sans tabac » au mois de novembre. Nous devons être proac­tifs à ce sujet. Pour cela, plu­sieurs cam­pagnes et études ont été menées et d’autres pour­ront l’être. Il est pri­mor­dial de ren­for­cer l’hygiène de vie chez les pom­piers en fai­sant atten­tion à leur consom­ma­tion d’alcool et de toxique ! Chez les plus jeunes, on note des conduites d’alcoolisation mas­sive et exces­sive.
Nos centres médi­caux, les moni­teurs de sports et les membres des bureaux HSE sont éga­le­ment pré­sents pour aider et accom­pa­gner les pom­piers. Peu le savent, mais un psy­cho­logue réser­viste est pré­pa­ra­teur phy­sique. Il peut don­ner des conseils sur la pré­pa­ra­tion psy­cho­lo­gique afin d’aider les sapeurs-pom­piers avant une acti­vi­té spor­tive impor­tante ou une compétition.

Avez-vous d’autres conseils à don­ner à nos pom­piers ?
Cha­cun est tenu de faire très atten­tion à son repos phy­sio­lo­gique. Quand un pom­pier rentre chez lui, il doit pou­voir jouir d’un repos opti­mal. Évi­dem­ment, s’il prend des gardes de pom­pier volon­taire, il doit être sûr d’avoir bien récu­pé­rer avant de prendre une nou­velle garde. La consom­ma­tion de café doit éga­le­ment être régulée.

Et pour la récu­pé­ra­tion ?
Pour com­battre la fatigue, auto­ri­ser les pom­piers à faire une sieste de 20 minutes pen­dant leur garde est effi­cace. Le chef de centre veille au bon dérou­le­ment des jour­nées de ses pom­piers. En ce sens, les acti­vi­tés hors inter­ven­tions doivent être adap­tées à l’activité opé­ra­tion­nelle de la pré­cé­dente nuit. Cela per­met de ne pas les affai­blir davan­tage pen­dant leurs 24 heures de garde. D’ailleurs, une étude sur le som­meil vient d’être menée au 1er GIS et montre que nombres de pom­piers pré­sentent des pro­blèmes d’hypersomnolence diurne. Un pro­blème à trai­ter en prio­ri­té dans les années à venir…


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Credits

Photos : BSPP

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