UN GRADE, UNE FONCTION (10) — Officier poste de commandement

Jean Flye —  — Modi­fiée le 2 décembre 2021 à 01 h 19 

Web-série — Organe d’aide pour le COS, le véhicule de poste de commandement tactique (VPC TAC) est un atout majeur pour la gestion de l’intervention. À sa tête, l’officier poste de commandement (OPC) est un véritable chef d’orchestre. Du grade de capitaine ou de commandant, c’est lui qui met en musique l’intervention. Le commandant Thierry Chapon, 34 ans de service, nous explique cette fonction particulière.

Le com­man­dant Thier­ry Cha­pon, 53 ans, fait par­tie des anciens ! Il est né qua­si­ment un an jour pour jour après que le régi­ment est deve­nu bri­gade. Qui plus est, il est né à Mai­sons-Alfort sur le sec­teur du GIS 2. Alors, la Bri­gade, il la connaît fort bien ! Et ce qu’il maî­trise le plus, c’est le pre­mier grou­pe­ment d’incendie et de secours (GIS 1). « J’ai été incor­po­ré à la BSPP en jan­vier 1988, entame-t-il. C’est à la 26e com­pa­gnie que j’ai gran­di en tant que mili­taire du rang ». Pier­re­fitte, Auber­vil­liers, Vil­le­momble, puis Saint-Denis en tant que jeune ser­gent. Spor­tif accom­pli, il a récol­té son lot de titres et de médailles sur le 800 et 1 500 mètres aux cham­pion­nats annuels d’athlétisme inter-grou­pe­ments. Dési­reux de repré­sen­ter la BSPP sur les pistes d’athlétisme, il se dirige vers la filière EPMS. Moni­teur sport pour les jeunes recrues, son ambi­tion l’amène à pas­ser le concours des OAEA, qu’il réus­sit en 2002.

Une riche expé­rience
De 2003 à 2008, « en tant que jeune lieu­te­nant, j’ai été affec­té à la 14e com­pa­gnie à Cli­chy-sous-Bois » se remé­more-t-il. Chef de garde et offi­cier de garde com­pa­gnie, son expé­rience du ter­rain lui per­met de faire face à de nom­breuses inter­ven­tions. En 2007, alors offi­cier de garde com­pa­gnie, il est le com­man­dant des opé­ra­tions de secours sur l’effondrement d’un immeuble à Noi­sy-le-Sec, consé­cu­tif à une explo­sion due au gaz. Cette inter­ven­tion fait huit bles­sés dont cinq sapeurs-pom­piers de Paris. « Cette opé­ra­tion res­te­ra comme une des plus mar­quantes de ma car­rière » recon­naît l’officier. Tou­jours au GIS 1, il devient adjoint puis com­man­dant d’unité de la 12e com­pa­gnie à Ménil­mon­tant. Sa vie bas­cule le 26 mars 2011 lorsqu’il part sur inter­ven­tion pour feu de cave 38 rue Sor­bier dans le XXe arron­dis­se­ment. Une explo­sion vient frap­per les équipes sur place, le capi­taine Thier­ry Cha­pon, offi­cier de garde com­pa­gnie du jour, est très griè­ve­ment bles­sé avec quatre autres sapeurs et une poli­cière. Son témoi­gnage est poi­gnant, « j’étais à l’extérieur en train de ras­su­rer les badauds, lorsque l’explosion a eu lieu. J’ai pris le volet rou­lant métal­lique du bar tabac en plein tête et fait un vol pla­né, je n’ai rien sen­ti, ni dou­leur, ni explo­sion… ». Le capi­taine Thier­ry Cha­pon se remet de sa bles­sure, et quelques jours plus tard, retrouve ses fonc­tions de com­man­dant d’unité. Son temps de com­man­de­ment ter­mi­né, il est affec­té pen­dant deux ans et demi comme chef de déta­che­ment au palais de jus­tice. Quelques muta­tions suc­ces­sives au sein du BPO puis un retour dans son grou­pe­ment de cœur en qua­li­té d’adjoint du bureau opé­ra­tion ins­truc­tion du GIS 1 à Mont­martre. Sa grande expé­rience du ter­rain lui ouvre l’opportunité de deve­nir offi­cier poste de commandement.

Le VPC : binôme indis­so­ciable
« L’OPC, pour moi, c’est le chef d’orchestre d’une inter­ven­tion », sou­ligne l’officier. Sur inter­ven­tion l’officier poste de com­man­de­ment n’est pas grand-chose sans son fidèle binôme, le véhi­cule poste de com­man­de­ment tac­tique de der­nière géné­ra­tion et son équi­page com­po­sé de cinq mili­taires. Sous-offi­cier « ges­tion des moyens », sous-offi­cier « ren­sei­gne­ment », opé­ra­teur, trans­met­teur et conduc­teur : tous ont une mis­sion et un rôle bien défi­nis. Sur inter­ven­tion, l’OPC n’est pas dans la chaîne de com­man­de­ment, il est pla­cé direc­te­ment sous l’autorité directe du COS et dirige le poste de com­man­de­ment tac­tique.
Le véhi­cule poste de com­man­de­ment tac­tique consti­tue l’organe d’aide au com­man­de­ment lorsque le COS est confron­té à une inter­ven­tion néces­si­tant l’engagement de moyens impor­tants. Il fonc­tionne en miroir de l’état-major opé­ra­tion­nel situé à Cham­per­ret. « L’OPC doit être capable de mettre en par­ti­tion l’idée de manœuvre du COS qu’il soit OGC ou OSG, déve­loppe le com­man­dant, il aide à la ges­tion tac­tique de l’intervention ». Il ren­ché­rit, « le COS donne son idée de manœuvre, ses prio­ri­tés, et l’OPC met tout cela en musique » en concen­trant l’information, en anti­ci­pant l’évolution de la situa­tion, en défi­nis­sant les tâches à accom­plir par les secours et en coor­don­nant l’ensemble des moyens déployés pour l’opération de secours. Il intègre éga­le­ment les autres acteurs de l’intervention. Non sans iro­nie, il s’exclame « OPC est une fonc­tion géniale, nous ne sommes pas le COS, mais un peu quand même…». Lorsque le COS reste au niveau de l’officier de garde com­pa­gnie, celui-ci sait qu’il peut comp­ter sur la matu­ri­té et l’ancienneté de l’OPC.

De plus hautes fonc­tions
Le com­man­dant Thier­ry Cha­pon a aujourd’hui une belle expé­rience en tant qu’OPC. Si bien qu’il a eu l’honneur de pas­ser le stage COS lui per­met­tant de deve­nir offi­cier supé­rieur de garde (OSG). Régu­liè­re­ment appe­lé à prendre les plus hautes fonc­tions sur inter­ven­tion, son expé­rience en tant qu’OSG et son sens de l’intervention lui per­mettent d’être un atout majeur pour le COS lorsqu’il occupe les fonc­tions d’OPC. Sa car­rière à la BSPP s’achèvera en 2027, ces quelques années lui offri­ront sûre­ment l’opportunité de com­man­der encore quelques inter­ven­tions particulières.

Incen­die rue Hemet à Aubervilliers

SON INTERVENTION EN TANT QU’OPC

Le 26 juillet 2018, un violent incen­die s’est décla­ré dans un immeuble au 17e étage d’un bâti­ment R+18, 19 rue Émet à Auber­vil­liers. Le bilan est très lourd. Une femme enceinte et ses trois enfants sont tra­gi­que­ment décé­dés. Offi­cier poste de com­man­de­ment ce jour-là, le com­man­dant Thier­ry Cha­pon a dû épau­ler l’OSG dans tous les aspects de l’intervention, « nous avons eu à gérer le départ nor­mal, le ren­fort habi­ta­tion, la demande de dix engins-pompes. C’était une ges­tion ardue. Il fal­lait tout savoir, où était chaque per­son­nel et quelle était sa mis­sion. Une des choses les plus déli­cates et dif­fi­ciles à gérer a été la dis­ci­pline au feu. » Cette inter­ven­tion a néces­si­té la mobi­li­sa­tion de 332 inter­ve­nants armant 87 engins pro­ve­nant de 39 centres de secours.

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