UN GRADE, UNE FONCTION (6) — Sergent-chef & Chef de garde incendie

Jean Flye —  — Modi­fiée le 20 juillet 2021 à 04 h 05 

Web-série — Sens du commandement, rigueur administrative, encadrement sportif et conseiller du commandement : en centre de secours, le sergent-chef joue un rôle-clé. Chef de garde incendie, il est le véritable chef d’orchestre pour la troupe. Le sergent-chef Yohan R., chef de garde incendie au centre de secours Bondy, nous explique les particularités de sa fonction.

Dans la cour du centre de secours Bon­dy, le soleil se lève à peine mais les 24 sol­dats du feu s’affairent déjà à leurs mis­sions. Il est 7 h 45 lorsque le ras­sem­ble­ment sonne pour la garde incen­die la plus impor­tante de la BSPP. Le ser­gent-chef Yohan R., chef de garde du jour, se pré­sente devant ses hommes. Regard droit, crâne rasé et à l’allure robuste, il dicte le dérou­le­ment de la mati­née. Pas­sion­né de saut en para­chute, le Picard d’origine ne sait tou­jours pas com­ment lui est venue la voca­tion de sol­dat du feu. « C’était sûre­ment inné… » entame-t-il. Homme d’action, il fête cette année ses dix-huit ans d’aventures au sein de la BSPP, dont la moi­tié en tant que chef de garde.

« Le chef de garde, c’est celui qui détient les clés », confie le sous-offi­cier. La pre­mière de ces clés est « opé­ra­tion­nelle », celle de l’urgence. « Lorsqu’il arrive sur inter­ven­tion, la pre­mière mis­sion du chef de garde est d’organiser le chaos » sou­ligne le ser­gent-chef R.. Le chef de garde a l’initiative abso­lue des mesures à prendre et des moyens à enga­ger. Il a le devoir de péné­trer dans les locaux où il juge néces­saire d’intervenir. « Il a la res­pon­sa­bi­li­té d’engager ses femmes et hommes au feu » évoque-t-il avec convic­tion. La prise de déci­sions en pre­mière urgence fait par­tie de ses pré­ro­ga­tives, et c’est cette adré­na­line opé­ra­tion­nelle qui l’anime.
La seconde clé au trous­seau du chef de garde est la clé admi­nis­tra­tive, « pen­dant la garde, il est celui qui fait la météo. C’est une facette du chef qui est impor­tante, nous sommes là pour faire du bien, pour que chaque sapeur soit heu­reux de venir prendre sa garde. Si nous obte­nons cela, nous obte­nons l’adhésion de nos hommes ». En centre de secours, au-delà de ses fonc­tions opé­ra­tion­nelles qui lui sont propres, le chef de garde a un rôle mul­ti­fa­cette. Le temps d’une garde, il peut occu­per les fonc­tions de chef du centre de secours, de sous-offi­cier admi­nis­tra­tif, de sous-offi­cier res­pon­sable de l’habillement ou de tout ce qui touche à la vie en caserne.

À cœur d’être exem­plaire
Une des clés qu’affectionne plus par­ti­cu­liè­re­ment le ser­gent-chef R. est celle du sport. Véri­table outil d’intégration et de cohé­sion, « le sport per­met de décou­vrir ses hommes, de par­ta­ger et d’être dans la dou­leur avec eux, c’est pri­mor­dial pour créer du lien ». Le ser­gent-chef Yohan, après dix-huit ans de ser­vice, a tou­jours à cœur d’être exem­plaire. Son domaine de pré­di­lec­tion : le grim­per de cordes, en chal­lenge à la BSPP ou en com­pé­ti­tion au cham­pion­nat d’Europe. « Je pense que mon quo­ta de cordes est bien atteint pour le reste de ma car­rière » évoque-t-il en sou­riant. « Au-delà de l’aspect phy­sique, le sport me per­met, en tant que chef de garde, de jau­ger la troupe pour ame­ner tout le monde vers le plus haut et de tendre vers l’exemplarité. »

La der­nière clé du trous­seau est celle du « sachant ». Le chef de garde est aus­si celui qui trans­met le savoir à tous les éche­lons infé­rieurs. Du jeune sapeur qui apprend à dérou­ler un tuyau jusqu’au ser­gent qui pré­pare le diplôme de chef de garde, « la trans­mis­sion de savoir est très impor­tante pour moi. À la fin de la jour­née, ma satis­fac­tion est d’avoir par­ta­gé de bons moments en sport et d’avoir ensei­gné quelques astuces lors de la manœuvre ». Pour lui, l’enjeu est de tra­vailler en confiance. Le sous-offi­cier conclut avec humi­li­té, « le bon sens, le res­pect et la confiance que l’on accorde et que les subal­ternes nous accordent en tant que chef sont les ingré­dients pour faire une bonne mar­mite dans laquelle nous sommes contents de venir manger ».

L’intervention marquante

« En tant que chef de garde, j’ai eu la chance d’avoir deman­dé un ren­fort incen­die l’année der­nière à Mon­treuil. Cette inter­ven­tion fut très enri­chis­sante, car j’ai mis en pra­tique tout ce que j’ai appris en théo­rie. Il s’agissait d’un feu d’entrepôt de 3 000 m² de sto­ckage de bois. Lorsque nous sommes arri­vés sur place, tout était déjà embra­sé. J’avais ma manœuvre en tête, je devais conseiller le com­man­dant des opé­ra­tions de secours tout en veillant sur la sécu­ri­té de mes hommes. Ce fut pour moi une inter­ven­tion très inté­res­sante, d’un point de vue com­man­de­ment et ges­tion d’une opé­ra­tion d’ampleur avec beau­coup de réflexion tactique. »


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4 réflexions sur “UN GRADE, UNE FONCTION (6) — Sergent-chef & Chef de garde incendie”

  1. Les trois che­vrons argent, bor­dés de rouge, cor­res­pondent éga­le­ment à ser­gent-chef (SCH) dans les corps de pom­piers départementaux.
    Les bor­dures rouges sont impor­tantes, propres aux SP.
    Pour la gen­dar­me­rie, il n’y a pas ces bordures.

  2. JEAN MICHEL GIRARD

    Bra­vo la BRIGADE 

    Un ancien 1968 1974 et ensuite 40 années de pro .

    ça m’a FAIT PLAISIR DE LIRE TON JOURNAL

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