UN GRADE, UNE FONCTION (7) — Lieutenant & chef de peloton

Jean Flye —  — Modi­fiée le 2 sep­tembre 2021 à 03 h 19 

Web-série — Passionné d’astronomie, le lieutenant Mickaël T., 26 ans de service, n’a jamais réussi à lire dans les étoiles la fulgurante trajectoire de sa belle carrière. Actuellement chef de peloton au centre de formation des cadres, le jeune officier fait aujourd’hui le point sur cette fonction particulière.

« À mon com­man­de­ment, garde à vous ! ». Il est 7 h 45, l’heure du ras­sem­ble­ment dans la cour du centre de for­ma­tion des cadres (CFC) situé au fort de la Briche à Saint-Denis. Les pelo­tons des élèves capo­raux (PEC) et capo­raux-chef (PECCH) font face à leur chef. En rangs ser­rés, mas­qués, tenue soi­gnée et bottes cirées, tous entament leur jour­née de for­ma­tion. Aujourd’hui signe le début d’un nou­veau pelo­ton des élèves capo­raux-chefs. À l’issue du ras­sem­ble­ment, le jeune offi­cier de 46 ans adresse le tra­di­tion­nel mot d’accueil à ses nou­veaux sta­giaires « aujourd’hui, si vous êtes ici, c’est que vous êtes moti­vés ! Notre rôle est de vous aider à occu­per vos futures fonc­tions de chef d’agrès VSAV » entame-t-il avec bien­veillance.

Le lieu­te­nant Mickaël T. est offi­cier « rang », c’est-à-dire qu’il n’a fait ni Saint-Cyr, ni l’École mili­taire inter­armes, ni aucune autre école lui per­met­tant de deve­nir offi­cier. Il a sim­ple­ment, avec cou­rage et humi­li­té, gra­vi un à un tous les éche­lons, tous les grades pour deve­nir aujourd’hui lieutenant.

En mars 1995, le jeune Mickaël sort de sa Bour­gogne natale pour inté­grer la Bri­gade, « comme beau­coup de mes cama­rades, j’ai pas­sé le concours et j’ai été reçu » se sou­vient-il. Après ses classes au fort de Vil­le­neuve-Saint-Georges, le sapeur T. débarque au sein de la 6e com­pa­gnie, au CS Gre­nelle. Une vraie décou­verte car « la par­tie la plus sen­sible res­tait l’intégration au sein de la caserne, à cette époque, ce n’était pas for­cé­ment évident ». Cette phase a duré quelques mois. Il ne s’imagine pas alors deve­nir un jour chef de garde, chef de centre ou encore moins chef de pelo­ton. « C’est l’impulsion géné­rée par plu­sieurs per­sonnes qui m’a pous­sé pour aller à l’avancement, notam­ment mon pre­mier com­man­dant d’unité, le capi­taine Jean-Marie Gontier… »

Gardes après gardes, le jeune T. prend de l’expérience et gra­vit les paliers de la Bri­gade. Deve­nu sous-offi­cier à la 21e com­pa­gnie, il y passe ses années les plus intenses (notam­ment dans le CS Bourg-la-Reine) et s’enrichit en expé­rience opé­ra­tion­nelle. L’heure pour lui de deve­nir chef de garde puis sous-chef du centre de secours radio­lo­gique de Cla­mart, et enfin chef de centre. « C’était le point d’honneur de cette pre­mière par­tie de car­rière, une fonc­tion exal­tante » évoque-t-il fièrement.

Après un der­nier temps de res­pon­sa­bi­li­té en qua­li­té d’adjudant d’unité, « il était hors de ques­tion que je m’arrête, j’ai alors déci­dé de pré­sen­ter les épreuves de sélec­tion pro­fes­sion­nelle pour deve­nir major ». Concours en poche, le major T. n’a pas l’intention d’en res­ter là ! À 42 ans, il décide de pos­tu­ler à « l’épaulette » pour deve­nir offi­cier, « là aus­si, c’est pas­sé ! ».

Aujourd’hui, au CFC, il exerce de nou­velles fonc­tions, « j’ai l’impression à 46 ans de me relan­cer. C’est génial, mais je sais aus­si que j’arrive à la limite de l’avancement pro­po­sé pour un rang ! Deve­nir offi­cier à mon âge, c’est comme une “nou­velle” jeu­nesse, j’ai juste un peu plus de stig­mates lais­sées par le temps sur le visage qu’un jeune Saint-Cyrien ! » plai­sante-t-il. Deve­nu chef des pelo­tons des élèves capo­raux et capo­raux-chefs en novembre 2019, il super­vise la conduite de toute la for­ma­tion. Pour l’aider dans sa mis­sion, le lieu­te­nant T. peut comp­ter sur ses adjoints et sur la tren­taine de for­ma­teurs qu’il a sous ses ordres. « Dans mes fonc­tions, il y a une grande par­tie de mana­ge­ment. Les res­sources humaines s’étendent des for­ma­teurs jusqu’aux stagiaires. »

Pen­sant pou­voir s’inscrire dans la conti­nui­té des pré­cé­dents chefs de pelo­ton du CFC, le lieu­te­nant T. a pris ses fonc­tions au beau milieu de la réforme de la for­ma­tion des élèves capo­raux-chef. Cette réforme vise à accroître la capa­ci­té de la réserve opé­ra­tion­nelle Bri­gade. « Pour y par­ve­nir, il a fal­lu modu­ler le stage afin que les réser­vistes puissent cumu­ler plus aisé­ment leur vie pro­fes­sion­nelle, per­son­nelle et leur acti­vi­té au sein de la réserve. » Cette nou­velle orga­ni­sa­tion per­met aux réser­vistes d’échelonner leur for­ma­tion sur six à neuf mois maxi­mum, « mais il est éga­le­ment pro­fi­table aux pom­piers de Paris en acti­vi­té, qui en cas d’échec ou d’absence (médi­cale notam­ment), n’ont plus qu’une par­tie du stage à repas­ser et non la tota­li­té comme auparavant ».

D’adaptabilité, c’est ce dont a dû faire preuve le lieu­te­nant T. lorsqu’en mars 2020, le virus de la Covid-19 est venu frap­per aux portes du CFC. La for­ma­tion s’est bru­ta­le­ment arrê­tée et, à la fin de l’année, la Bri­gade a man­qué cruel­le­ment de capo­raux et de capo­raux-chefs. Ensei­gne­ment à dis­tance, décen­tra­li­sa­tion de modules de for­ma­tion, de cer­tains cours : tout a été mis en œuvre pour rac­cour­cir les stages et rééqui­li­brer les effec­tifs. Aujourd’hui « nous sommes pas­sés de huit à onze PEC à l’année, soit 144 per­sonnes for­mées en plus ! Nous avons éga­le­ment un PECCH sup­plé­men­taire qui nous per­met de for­mer 55 capo­raux-chefs en plus ».

Ces deux années intenses se sont ter­mi­nées au mois de juin 2021. Le lieu­te­nant Mickaël T. aurait bien signé pour une année sup­plé­men­taire, mais nor­ma­le­ment c’est en tant qu’adjoint au com­man­dant d’unité qu’il rejoint la com­pa­gnie de for­ma­tion n°1, dès cet été. « Ma pro­chaine mis­sion sera de moti­ver le jeune sapeur arri­vant de sa Bour­gogne pro­fonde pour qu’il évo­lue au mieux au sein de notre belle Ins­ti­tu­tion. » Nous lui sou­hai­tons une bonne continuation.

L’INTERVENTION MARQUANTE

L’incendie du musée Dey­rolle — 1er février 2008
Le 1er février 2008, 55 pom­piers tentent de sau­ver des flammes la mai­son Dey­rolle, ins­tal­lée, depuis 1888, dans l’hôtel par­ti­cu­lier Samuel-Ber­nard, rue du Bac, à Paris. En vain. C’est l’hécatombe par­mi les « pen­sion­naires » de Dey­rolle quelque 300 ani­maux natu­ra­li­sés, envi­ron 50 000 papillons, des dizaines de mil­liers d’insectes, de coquillages, de fos­siles…
Ce jour-là, c’est le ser­gent-chef Mickaël T. qui est aux com­mandes :
« Sur ce feu, j’avais une équipe dans le musée, nous nous sommes fait sur­prendre par les fumées, le pla­fond était très haut. Il y a eu un embra­se­ment géné­ra­li­sé. Nous n’avions plus de nou­velles de l’équipe enga­gée. J’ai vécu dix minutes de ter­reur ! Heu­reu­se­ment, l’équipe est res­sor­tie saine et sauve ! C’était une inter­ven­tion par­ti­cu­lière qui s’est bien ter­mi­née, je me suis retrou­vé face à mes res­pon­sa­bi­li­tés et j’ai dû prendre toutes les déci­sions pour adap­ter notre dis­po­sitif. »

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