VSAV et détresse psy

VSAV : Comment le sapeur-pompier réagit face à la souffrance psychique ?

Dans le cadre de son activité opérationnelle, le sapeur-pompier est confronté de façon répétée à la détresse des victimes qu’il est amené à secourir. Il est l’un des premiers intervenants à prendre en charge leurs souffrances, qu’elles soient physiques ou psychiques.

Les missions de secours à la personne n’ont cessé d’augmenter ces dernières années et la prise en compte de la dimension psychologique occupe une place prépondérante dans la gestion de situations sensibles ( crise suicidaire, agression sexuelle, mort subite du nourrisson, etc.).

Le sapeur-pompier est le témoin des drames qui touchent ses concitoyens et n’en demeure pas moins potentiellement affecté. Certaines interventions peuvent avoir une résonance particulière où le sapeur-pompier s’identifie à la victime ou aux proches de la victime. Cela lui demande alors un effort pour mobiliser différentes ressources afin de préserver son intégrité psychique.

Enjeux de la relation d’aide en situation de crise

Le sapeur-pompier intervient auprès de personnes en situation de crise qui présentent, pour certains, des comportements inhabituels (sidération, agitation etc.). Sa connaissance et sa compréhension des réactions susceptibles de traduire de la souffrance psychique, lui permettent de s’ajuster à chaque situation rencontrée en adoptant les conduites appropriées.

Face à l’angoisse, la colère ou le désarroi d’une victime, le sapeur-pompier doit pouvoir adopter une posture empathique lui permettant de percevoir et discerner sa souffrance afin de mieux répondre à ses besoins. L’empathie dont il fait preuve, ne doit donc pas être considérée uniquement comme une qualité humaine mais bien comme une véritable compétence professionnelle à développer dès lors que l’on s’inscrit dans une relation d’aide.

Le sapeur-pompier peut être amené à intervenir en urgence auprès de victimes en souffrance psychique. Bien que son intervention soit très limitée dans le temps, l’enjeu majeur reste qu’il puisse se faire le relai d’une prise en charge amenée à s’inscrire sur le plus long terme. Son action immédiate (paroles prononcées et gestes de secours adaptés) est alors déterminante et peut faciliter l’adhésion de la victime à un programme de soins.

Néanmoins, le sapeur-pompier peut se retrouver confronté à des personnes ambivalentes ou réticentes à l’idée de se faire aider. Certaines d’entre elles ne sont pas toujours en mesure de se reconnaître en souffrance et d’adhérer à une prise en charge qui, dans certains cas particuliers et dans le respect de la législation en vigueur, devra être envisagée sous la contrainte (comme lors d’une admission en soins psychiatriques sur demande d’un tiers ou sur décision du représentant de l’état).

Enfin, il est important de rappeler que le sapeur-pompier n’est pas immunisé contre la souffrance psychique et qu’il peut lui-même en faire l’expérience (notamment à la suite d’un deuil ou d’une rupture sentimentale). Face aux épreuves, il est d’ailleurs en mesure d’apprécier combien l’empathie, la bienveillance et la disponibilité de son entourage sont précieuses et viennent faire écho aux conduites qu’il adopte vis-à-vis des victimes qu’il est amené à secourir.

Se préserver de l’exposition répétée à la souffrance des victimes

Le « désamorçage » ou « defusing », consiste à initier dans l’après-coup un temps d’échange entre intervenants.

Le sapeur-pompier n’est pas indifférent à la détresse des victimes qui parfois le déstabilise, voire le révolte, d’autant plus lorsqu’elle se répète. La souffrance d’une victime ou de son entourage peut renvoyer à un vécu plus personnel, notamment quand l’intervention présente des similitudes avec son histoire de vie ou celle d’un proche : lors du décès d’un enfant ayant le même prénom ou le même âge que le sien par exemple.
Il arrive également que le sapeur-pompier éprouve un sentiment d’impuissance à soulager la détresse des victimes car la souffrance psychique occasionnée peut résulter de difficultés pour lesquels il n’est pas en mesure d’apporter des réponses (précarité financière du fait de la perte d’un emploi).
Par ailleurs, le sapeur-pompier peut ressentir un sentiment de culpabilité de n’avoir pu en faire davantage. De tels ressentis sont parfois difficiles à exprimer car ils contrastent avec l’idéal du métier de sapeur-pompier : sauver le plus grand nombre de vies.

Dès lors qu’une intervention revêt un caractère sensible (avec la présence d’enfants en détresse ou morts, corps mutilés, etc.) ou que son potentiel traumatique ne peut être écarté, il importe de prendre en considération le surcroît d’excitation et d’émotions qu’elle peut générer chez les intervenants : ressassements, agitation, colère, indignation… Le « désamorçage » ou « defusing », pratique bien connue des sapeurs-pompiers, consiste à initier dans l’après- coup un temps d’échange entre intervenants. À cette occasion, ces derniers sont invités à verbaliser librement leurs ressentis afin de dissiper tout malaise et retrouver le sens de leur action.

Enfin, la confrontation répétée à la souffrance des victimes peut entraîner, à plus ou moins long terme, une fatigue compassionnelle du sapeur-pompier pouvant conduire à un épuisement professionnel. Non seulement le sapeur-pompier ne peut plus s’accomplir sur le plan professionnel, mais il peut aussi se retrouver inconstant dans ses émotions, perdre l’empathie indispensable à l’exercice de son métier.

Le sapeur-pompier peut ressentir un sentiment de culpabilité de n’avoir pu en faire davantage.

En conclusion

La souffrance psychique, de la victime ou du sapeur-pompier, nécessite la même attention. Mais la culture de la performance peut amener le sapeur-pompier à en minimiser l’importance. Chacun doit pouvoir se reconnaître momentanément en difficulté, sûr qu’il ne sera ni jugé ni stigmatisé par ses collègues. Au contraire, c’est une preuve de maturité, de lucidité et d’humilité que d’assumer cette vulnérabilité propre à notre humanité.
À la BSPP, le soutien du groupe dans la durée et l’attention des cadres, à même de pouvoir orienter les personnels en souffrance vers les relais institutionnels (centres médicaux, section médico-psychologique, etc.), sont essentiels pour entamer, si nécessaire, une démarche de soins.

2 commentaires

  1. Excellent article .

  2. Merci pour ce dossier
    J ai assure cette mission avec
    Ardeur pendant 30 ans avec ses joies et ses difficultés

CRÉDITS

Texte :

PCN Matthieu Petitclerc et PCN Coline Marcoz

2 commentaires

  1. Excellent article .

  2. Merci pour ce dossier
    J ai assure cette mission avec
    Ardeur pendant 30 ans avec ses joies et ses difficultés

allo18

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