WEB SERIE – UN GRADE, UNE FONCTION (ép. 2) : Caporal-chef et Chef d’agrès

Web-série — En compagnie d’incendie et de secours (CIS), le caporal-chef joue un rôle essentiel : celui de chef d’agrès. Mais au-delà du mode opérationnel, le service intérieur et la vie de caserne font partie de ses prérogatives. Le CCH Gianni Garcon, de la 24e compagnie, nous explique les tenants et les aboutissants de cette fonction exigeante. Entretien.

Maxime Gri­maud —  — Modi­fiée le 27 avril 2021 à 05 h 26 

Dans la salle d’instruction de Mon­treuil, le capo­ral-chef Gian­ni Gar­con délivre ses conseils à un jeune sapeur-pom­pier. Avec péda­go­gie, il lui explique com­ment se com­por­ter avec ses cama­rades : quels codes et quelles atti­tudes adop­ter. La force tran­quille du mili­taire expé­ri­men­té balaie rapi­de­ment les inter­ro­ga­tions du jeune sol­dat. « N’hésite pas à reve­nir vers moi si tu as d’autres ques­tions », conclut-il avec bien­veillance. En quit­tant la pièce, la son­ne­rie du télé­phone fixe reten­tit. Le gra­dé répond et reçoit la mis­sion de rem­pla­cer le ser­gent de jour. Habi­tué à prendre des piquets de der­nière minute, il acquiesce. « Ça repré­sente bien le rôle du capo­ral-chef : nous sommes un appui pour chaque maillon de la caserne, sur tous les fronts ! »

Pour Gian­ni, ce poste est une consé­cra­tion. « J’ai gran­di en Guyane. Tout petit, je sou­hai­tais déjà inté­grer la bri­gade de sapeurs-pom­piers de Paris. En 2009, à mes vingt ans, j’ai tra­ver­sé l’Atlantique et les 7 000 km qui me sépa­raient de la capi­tale, se sou­vient-il avec humour. Après ma for­ma­tion ini­tiale, j’ai été incor­po­ré à la 24e com­pa­gnie d’incendie et de secours dans laquelle je suis tou­jours. Ça fait donc onze ans. » Le jeune mili­taire passe rapi­de­ment les grades de capo­ral puis de capo­ral-chef entre 2013 et 2014. Pour lui, ces trois bar­rettes illus­trent la matu­ri­té acquise dans l’Institution. « Je suis mon­té en grade afin d’obtenir plus de res­pon­sa­bi­li­tés et désor­mais, je suis le plus ancien capo­ral-chef de ma caserne », s’amuse-t-il.

CAPORAL-CHEF, UN RÔLE ESSENTIEL

Pre­mier gra­dé à endos­ser le rôle de com­man­dant des opé­ra­tions de secours (COS), le capo­ral-chef assume de lourdes res­pon­sa­bi­li­tés. « Nous sommes les chefs d’agrès au véhi­cule de secours et d’assistance aux vic­times (VSAV), l’engin qui décale le plus dans la jour­née, sou­ligne Gian­ni. Le capo­ral-chef dirige l’intervention, mis­sionne ses hommes et les conseille. C’est une charge qui nous impose d’avoir les épaules solides mais nous sommes for­més et pré­pa­rés à com­man­der sur le ter­rain. » Il peut arri­ver que le chef d’agrès et son équi­page se retrouvent dans des situa­tions dif­fi­ciles, voire dan­ge­reuses. Dans ce cas de figure, il doit conser­ver son sang-froid et faire preuve d’un lea­der­ship exem­plaire. « C’est aus­si au VSAV que nous vivons les inter­ven­tions les plus mar­quantes, insiste-t-il. Quand on aide une femme à accou­cher et qu’elle donne notre pré­nom à son enfant, c’est un sou­ve­nir qui nous marque à vie ! ».

Sur le ter­rain, le capo­ral-chef est éga­le­ment un atout pré­cieux pour les cadres de la caserne. « Dans les engins-pompes, les sous-offi­ciers savent qu’ils peuvent se repo­ser sur nos com­pé­tences, pour­suit-il. Lors d’interventions pour secours à vic­time, notam­ment pour les acci­dents de la route, le cadre peut nous délé­guer cer­taines mis­sions pour prendre du recul ». Dans une moindre mesure, le capo­ral-chef est éga­le­ment chef d’agrès du véhi­cule d’interventions diverses. « Cer­taines opé­ra­tions peuvent être assez mémo­rables comme l’assèchement d’une immense fuite d’eau ou le sau­ve­tage d’un per­ro­quet coin­cé dans un sapin », plai­sante-t-il. Au quo­ti­dien, le plus gra­dé des mili­taires du rang est aus­si un ins­truc­teur. « J’assume un rôle de men­tor pour les jeunes recrues. C’est à moi de les for­mer, de leur mon­trer l’exemple, comme un guide ou un grand frère. J’ai déjà été par­rain de cinq jeunes recrues, insiste-t-il. Notre objec­tif final est d’emmener les sapeurs de 1er classe sur le che­min de l’avancement. Et ce tra­vail porte ses fruits : mon nou­veau filleul part au PEC le mois prochain ! »

Au niveau du ser­vice inté­rieur, le capo­ral-chef peut deve­nir un chef de ser­vice. « J’ai été chef du SSH et aujourd’hui je gère le caser­ne­ment. Per­ma­nent depuis le début de l’année, le capo­ral-chef Gar­con prend éga­le­ment le piquet de ser­gent de jour. « Nous pou­vons assu­mer de nom­breux postes, du capo­ral au sous-offi­cier. Au final, le capo­ral-chef est dis­po­nible pour toutes les guerres, c’est là sa véri­table force », conclut-il avec aplomb.

SAV — MTMA

SON ACTION MARQUANTE

Le 3 octobre 2020, le capo­ral-chef Gar­con inter­vient dans un pavillon à Noi­sy-le-Sec pour un mineur agres­sé. Sur place, il découvre une scène d’horreur : cinq morts, trois per­sonnes en urgence abso­lue et deux enfants en urgence rela­tive. Face à cette tue­rie fami­liale, Gian­ni demande des ren­forts consé­quents et porte les pre­miers gestes de secours, aidé par ses hommes.

L’INFO EN PLUS

Dans les armes mon­tées, ou dites « à che­val », l’équivalent du grade de capo­ral-chef est bri­ga­dier-chef. Il concerne l’arme blin­dée cava­le­rie, l’artillerie, le train et la Gen­dar­me­rie.
Dans la Marine, son équi­valent est le quar­tier-maître de pre­mière classe (QM1). Aus­si appe­lé « chouf » ou « crabe-chef ».

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